Le Parlement turc autorise Erdogan à déployer l'armée en Libye

Les députés turcs ont approuvé ce 2 janvier une motion permettant au président Recep Tayyip Erdogan d’envoyer des militaires en Libye pour soutenir le gouvernement de Tripoli. Une mesure qui risque d’aggraver le conflit fratricide qui déchire ce pays.

Par

AFP

Lors d’une session parlementaire extraordinaire, 325 députés ont voté pour et 184 contre ce texte qui donne à l’armée turque un mandat pour intervenir en Libye, valable pendant un an, a indiqué le président de l’Assemblée nationale turque Mustafa Sentop.

Reste à savoir désormais si le président Erdogan, à qui il appartient de décider, va effectivement dépêcher des troupes dans ce pays séparé de la Turquie par la Méditerranée, ou si le soutien militaire prendra une autre forme, comme l’envoi de “conseillers”.

Appel à l’aide du GNA

Le gouvernement turc affirme agir en réponse à un appel à l’aide du Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, confronté à une offensive de l’homme fort de l’Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, qui s’efforce de prendre Tripoli.

L’envoi de troupes turques en Libye risquerait d’aggraver les conflits fratricides qui déchirent ce pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, alimentés par des puissances régionales. La Libye est en effet devenue le théâtre d’une lutte d’influence entre deux camps : d’un côté, la Turquie et le Qatar, qui appuient le GNA, reconnu par l’ONU ; de l’autre, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte, qui soutiennent Haftar.

Peu après le vote, la présidence turque a annoncé qu’Erdogan s’était entretenu de la situation en Libye avec son homologue américain Donald Trump, sans donner de détails. L’adoption de la motion “est une étape importante pour assurer la paix et la stabilité en Libye et défendre nos intérêts en Afrique du Nord et en Méditerranée”, a réagi le porte-parole du président turc, Ibrahim Kalin, après le vote.

Le vote du Parlement turc jeudi s’inscrit dans le cadre d’un rapprochement entre Ankara et le GNA, illustré par un accord de coopération militaire et sécuritaire, et un accord controversé de délimitation maritime conclu fin novembre entre Erdogan et Sarraj.

Risques d’escalade

Mercredi 1er janvier, le vice-président turc Fuat Oktay a affirmé que l’armée turque était “prête”, mais a souligné que la nature et l’ampleur du déploiement seraient déterminées par “les développements au sol”. Il a ajouté qu’Ankara espérait que l’adoption du texte aurait un effet dissuasif. “Après le vote, si l’autre camp (pro-Haftar) change d’attitude et dit ‘On se retire, on arrête l’offensive’, alors pourquoi y aller ?”, a-t-il ainsi déclaré.

Les principaux partis d’opposition ont voté contre le texte adopté le 2 janvier, arguant qu’une intervention en Libye pourrait déstabiliser la région et entraîner la Turquie, qui a perdu plusieurs dizaines de soldats en Syrie, dans un nouveau bourbier.

Outre les difficultés propres au déploiement de troupes dans un pays qui n’est pas frontalier, contrairement à la Syrie où Ankara intervient actuellement, un déploiement en Libye s’accompagnerait d’un risque d’incident avec la Russie. Même si Moscou dément, l’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, et le président Erdogan affirment que des mercenaires russes sont engagés aux côtés des forces de Haftar qui s’efforcent depuis avril de s’emparer de Tripoli.

Des intérêts économiques

Le président Vladimir Poutine doit se rendre le 3 janvier en Turquie pour inaugurer un gazoduc avec son homologue turc, l’occasion pour les deux dirigeants de parler du dossier libyen. Le soutien de la Turquie à Sarraj s’inscrit dans le cadre de l’affirmation croissante d’Ankara en Méditerranée orientale, théâtre d’une course aux forages d’hydrocarbures avec la découverte d’importants gisements ces dernières années.

En raison de l’accord maritime conclu en novembre qui étend considérablement son plateau continental, la Turquie a plus que jamais besoin du GNA pour faire valoir ses revendications en Méditerranée orientale où plusieurs pays comme la Grèce, Chypre et l’Égypte font front commun face aux initiatives turques.

Le vote au Parlement turc était initialement prévu la semaine prochaine, mais le gouvernement a décidé de l’avancer en raison des difficultés rencontrées par le GNA à Tripoli, où l’offensive des forces pro-Haftar a redoublé d’intensité. Le Caire, qui soutient Haftar, a “fermement” condamné le vote du Parlement turc ce 2 janvier, estimant qu’une intervention turque “aurait un impact négatif sur la stabilité de la Méditerranée”.

 

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