La Ligue arabe rejette l'ingérence turque en Libye

Le Conseil de la Ligue arabe a souligné, ce 31 décembre au Caire, la nécessité de la mise en œuvre intégrale de l’accord politique signé à Skhirat en décembre 2015, et qui demeure la seule référence pour le règlement de la crise libyenne.

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Le Conseil de la Ligue arabe, lors d'une réunion le 10 janvier 2016 au Caire. Crédit: Khaled Desouki / AFP

La Ligue arabe a souligné, à l’issue d’une réunion urgente mardi 31 décembre à la demande du Caire, “la nécessité d’empêcher les ingérences en Libye”, où le gouvernement de Tripoli a signé deux accords avec Ankara, dont l’un porte sur la coopération militaire. Dans une résolution adoptée par les délégués permanents réunis au siège de la Ligue au Caire, l’organisation panarabe a dit “son refus et souligné la nécessité d’empêcher toute ingérence qui puisse contribuer à faciliter la venue en Libye de combattants extrémistes terroristes étrangers”.

Les pays membres ont exprimé “leur forte inquiétude face à l’escalade militaire qui aggrave encore davantage la situation en Libye et menace la sécurité et la stabilité des pays voisins et de la région tout entière”.

Plongée dans le chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est aujourd’hui déchirée entre deux autorités : le gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, et un pouvoir incarné par le maréchal Khalifa Haftar dans l’Est.

La Ligue arabe fait union derrière l’accord de Skhirat

En avril déjà, le ministre marocain des Affaires étrangères s’inquiétait de la tournure des événements en Libye. Au moment où il recevait, à Rabat, l’envoyé personnel du chef du gouvernement d’union nationale en Libye, Guma El-Gamaty, le chef de la diplomatie estimait que l’option militaire ne pouvait que “compliquer davantage la situation en Libye et affecter la stabilité et la sécurité de ses citoyens”, expliquait Nasser Bourita, rappelant que la question libyenne reste une “priorité” pour Mohammed VI.

De fait, le ministre des Affaires étrangères insiste sur “le dialogue” comme “voie idéale pour traiter toutes les questions entre les différentes parties libyennes”. Une ligne de conduite à laquelle Rabat se tient, depuis que le royaume a abrité les accords de Skhirat, signés le 17 décembre 2015.

C’est ainsi que le Conseil a appelé ce 31 décembre à “soutenir le processus politique à travers la mise en œuvre intégrale de l’accord de Skhirat, considéré comme seule référence pour le règlement de la crise et la participation des pays voisins aux efforts internationaux visant à résoudre le conflit libyen”.

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Le maréchal Haftar a lancé début avril une offensive pour conquérir la capitale, et annoncé le 12 décembre le début d’une nouvelle “bataille décisive” pour s’emparer de Tripoli. Il est soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis et la Russie. Fin novembre, la Turquie a signé deux accords avec le GNA.

L’un porte sur la coopération militaire et l’aide que la Turquie pourrait apporter au GNA dans sa lutte contre les troupes du maréchal Haftar. Et le second porte sur la souveraineté maritime. Il permet à la Turquie de faire valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale riches en hydrocarbures, au grand dam de la Grèce, de l’Égypte, de Chypre et d’Israël.

Bloc contre la Turquie ?

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a dénoncé le 17 décembre toute velléité de contrôler la Libye voisine, au surlendemain d’une rencontre à Istanbul entre le président turc Recep Tayyib Erdogan et le chef du GNA.

Nous n’autoriserons personne à contrôler la Libye […] c’est une question qui relève de la sécurité nationale de l’Égypte”, avait déclaré Abdel Fattah al-Sissi, cité par plusieurs médias contrôlés par l’État. D’autant que le 26 décembre, la Turquie a fait part de son intention d’envoyer des troupes militaires sur le terrain, à la demande de Tripoli, en soumettant un projet de loi au Parlement, dès le 7 janvier, date de reprise des travaux.

Et lundi, le président égyptien a évoqué, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue français Emmanuel Macron, “les risques d’une escalade militaire”. L’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, a regretté “l’internationalisation du conflit, son extension territoriale, notamment au niveau maritime, et aussi l’escalade militaire proprement dite”.

De son côté, la Turquie a accusé la Ligue arabe de garder le silence sur les attaques soutenues par des armées étrangères qui ont lieu depuis des mois en Libye, a rapporté ce 1er janvier 2020 l’agence de presse semi-officielle Anadolu. L’organisme panarabe n’a pas été capable de présenter une attitude déterminée entre la “légitimité internationale” et l’offensive militaire soutenue par l’étranger, a dénoncé dans un communiqué le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Hami Aksoy.

(avec AFP)

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