Plus d'une Marocaine sur deux a été violentée lors des douze derniers mois

Les premiers résultats de l’enquête du HCP sur les violences à l’égard des femmes font ressortir une tendance globalement à la baisse sur les dix dernières années, mais révèlent l’émergence de la violence sur Internet.

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Seules 10,5 % des femmes victimes de violences portent plainte, selon une étude du HCP. Crédit: Melanie Wasser / Unsplash

Le Haut-commissariat au plan (HCP) a réalisé entre février et juillet 2019 une enquête sur les grandes tendances de la violence à l’encontre des femmes et les perceptions de la société à son égard. Les premiers résultats ont été publiés lundi 9 décembre.

L’enquête, d’après le communiqué du HCP, “couvre l’ensemble du territoire national, avec un échantillon de 12 000 filles et femmes et 3000 garçons et hommes âgés de 15 à 74 ans”. Le constat est sans appel : un peu plus d’une femme sur deux a été violentée durant les douze mois précédant l’enquête.

En effet, sur les 13,4 millions de femmes âgées de 15 à 74 ans, plus de 7,6 millions ont subi au moins un acte de violence, tous contextes et toutes formes confondus, soit 57 % de la population féminine. La prévalence de la violence faite aux femmes est de 58 % en milieu urbain (5,1 millions de femmes) et de 55 % en milieu rural (2,5 millions de femmes).

Les victimes restent très peu nombreuses à dénoncer les actes de violence dont elles font l’objet. Seules 10,5 % ont déposé une plainte auprès de la police ou d’une autre autorité compétente. Un chiffre qui a toutefois triplé par rapport à l’année 2009 (3 %). “La résolution du conflit par consentement, l’intervention de la famille, la crainte de la vengeance de l’auteur de violence, le sentiment de honte ou d’embarras particulièrement en cas de violence sexuelle, sont déclarés comme principales causes qui empêchent les victimes de déposer une plainte auprès des autorités compétentes”, explique le HCP.

Une tendance globalement à la baisse

En milieu urbain, le taux a enregistré une baisse de 10 points, contre un point en milieu rural

Pourtant, les violences faites aux femmes baissent au Maroc. Entre 2009 et 2019, “la part des femmes ayant subi au moins un acte de violence a régressé de 6 points de pourcentage, passant de 63 % à 57 % si l’on considère uniquement la population cible de 2009 des femmes âgées de 18 à 64 ans”, nuance le HCP. En milieu urbain, le taux a enregistré une baisse de 10 points, contre un point en milieu rural.

Le HCP constate que les violences psychologiques et physiques sont en régression, comparé à 2009. La prévalence de la violence psychologique est passée de 58 % à 49 % en l’espace de 10 ans, tandis que la violence physique a chuté de deux points, passant de 15 % à 13 %.

En revanche, note l’enquête, les “violences économiques et sexuelles ont augmenté respectivement de près de 7 points, passant de 8 % à 15 %, et de 5 points, passant de 9 % à 14 %”. Et d’ajouter : “Les mêmes tendances sont relevées dans les deux milieux de résidence, hormis la violence physique qui a connu une hausse de 4 points en milieu rural, passant de 9 % en 2009 à 13 % en 2019.

Près d’une femme sur deux violentée par un conjoint ou un ex-conjoint

46 % des femmes (5,3 millions) interrogées affirment avoir été violentées par un mari, un ex-mari, un fiancé ou un partenaire intime. Il s’agit principalement de femmes mariées (taux de prévalence de 52 %), de jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans (tdp de 59 %), de femmes ayant un niveau d’enseignement moyen (tdp de 54 %) et de femmes en situation de chômage (tdp de 56 %).

46 % des femmes interrogées affirment avoir été violentées par un mari, un ex-mari, un fiancé ou un partenaire intime

Par ailleurs, par référence au profil du partenaire, la prévalence est particulièrement élevée parmi les femmes dont le partenaire a vécu dans un environnement marqué par la violence conjugale, avec un taux de 73 %, les partenaires jeunes âgés de 15 à 34 ans, avec un taux de 61 %, et ceux ayant un niveau scolaire secondaire collégial, avec un taux de 57 %”, renchérit l’enquête. Dans sept cas sur dix (69 %), les actes de violence en contexte conjugal sont dus à une violence psychologique, dans 12 % des cas à une violence économique, dans 11 % des cas à une violence physique et dans près de 8 % des cas à une violence sexuelle.

Les violences psychologiques prépondérantes au travail, à l’école et à l’université

Dans le milieu professionnel, 15 % des femmes actives sont victimes de violence sous toutes ses formes. Ce chiffre est plus élevé chez les femmes divorcées (22 %), les salariées (21 %), les citadines (18 %) et les jeunes âgées de 15 à 34 ans (19 %). Dans 41 % des cas, ces actes sont commis par des responsables hiérarchiques, et par des collègues dans 29 % des cas. La majorité de ces actes de violence (83 %) sont dus soit à des comportements psychologiquement violents (49 %) soit à la discrimination économique (34 %).

A l’école ou à l’université, 22 % des élèves et étudiantes ont déclaré avoir subi un acte de violence. Les auteurs de ces violences sont dans 46 % des cas des camarades des victimes, dans 28 % des cas des professeurs et dans 21 % des cas des personnes étrangères à l’établissement. Il s’agit, dans 52 % des cas, de violences d’ordre psychologique, dans 37 % des cas de harcèlement sexuel et dans 11 % des cas de violence physique.

Les violences électroniques émergent

L’enquête du HCP souligne également l’émergence de la “cyberviolence”, avec une prévalence de 14 %, soit près de 1,5 million de femmes qui déclarent avoir été victimes de violence électronique au moyen de courriels, d’appels téléphoniques, de SMS, etc.

Dans 77 % des cas, cette forme de violence est perpétrée par une personne inconnue

Les citadines (16 %), les jeunes femmes âgées de 15 à 19 ans (29 %), celles ayant un niveau d’enseignement supérieur (25 %), les célibataires (30 %) et les élèves et étudiantes (34 %) sont les plus touchées.

Dans 77 % des cas, cette forme de violence est perpétrée par une personne inconnue. “Le reste des cas de cyberviolence revient, à parts égales de près de 4 %, à des personnes ayant un lien avec la victime, notamment le partenaire, un membre de la famille, un collègue de travail, une personne dans le cadre des études ou un(e) ami(e)”, détaille-t-on.

 

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