Fact checking : « Aucun citoyen allemand n’a été affecté par l’accident de Bouknadel » – Telquel.ma

Fact checking : "Aucun citoyen allemand n’a été affecté par l'accident de Bouknadel"

Après le déraillement de Bouknadel, un auditeur de Hit Radio a livré un témoignage glaçant. Il affirme avoir été volé de ses affaires personnelles, accable l'incivilité de certains et pointe le manque de compétences des secouristes dans la gestion du drame. Mais, des preuves recueillies par TelQuel mettent en doute la véracité de son témoignage. Explications. 

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FADEL SENNA / AFP

Une voix encore tremblante, toujours sous le coup de l’émotion, de la colère. Ce témoignage poignant, repris par plusieurs médias, a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Au lendemain du terrible accident du déraillement du train, survenu près de Bouknadel, Khalid, un auditeur de Hit Radio s’est présenté comme l’un des 125 blessés lors de la matinale à grande écoute « Momo Morning Show ». 

Invité à réagir, celui qui se présente comme un ressortissant allemand d’origine marocaine, au micro, fait part de son calvaire qui a suivi le déraillement du train. Non sans une certaine force et un sens du détail rigoureux, il raconte son « enfer de Bouknadel » : des pilleurs venus voler les victimes – dont lui-même – au manque d’assistance psychologique, en passant par des secouristes incompétents. Sauf que cette  version poignante des faits souffre de plusieurs contre-vérités.

Vols et défaillances des secours

Mercredi 17 octobre, la très populaire matinale animée par Mohamed Bousfiha revient sur le déraillement du train, circulant entre Rabat et Kénitra, et qui a causé, la veille, la mort de sept personnes. La parole est donnée aux victimes et aux témoins du drame. Khalid est le premier d’entre eux. Il expose à l’antenne un témoignage glaçant, en témoigne ses premières paroles donnent le ton : « Nous avons, malheureusement au Maroc, des gens qui n’ont aucun sens de la morale ».

Et pour cause, l’homme explique avoir été dépouillé « de son cartable contenant son passeport, téléphone et porte-monnaie », alors qu’il venait d’être victime de l’accident. « Ce sont les pompiers et les gendarmes qui nous ont secourus… S’ils n’étaient pas venus aussi vite, on nous aurait trouvé tous nus, délestés de nos habits ». L’animateur compatit, souligne que l’auditeur parle sous le coup de l’émotion et que ce comportement n’est pas celui de tous les Marocains présents. Khalid approuve, mais n’en démord pas : « Dis-moi un seul blessé qui a pu conserver son téléphone portable, ses affaires ? (il marque un blanc, ndlr) Tu n’en trouveras pas. Ces gens-là disent t’aider pour te faire les poches après », tranche-t-il.

Un récit aux antipodes du sentiment général qui subsistait après le drame, montrant la mise en place spontanée d’un élan de solidarité. L’intervenant explique avoir été « dans la première voiture du train », et vu « la deuxième voiture s’écrouler » sur le wagon de tête. « Si je suis encore vivant, c’est grâce aux dépouilles des autres que je l’ai échappé belle… C’est incroyable ! », confie-t-il.

Sur les ondes, l’homme accable et le ton se veut plus dégoûté au moment d’évoquer la qualité des secours. « J’ai vu des gens blessés qui étaient bloqués entre des barres de fer », se remémore-t-il. Avant de trancher : « Certains secouristes  disaient à leurs collègues de tirer sur les bras, les jambes. La moitié des victimes risquent de terminer paralysées à cause de l’ignorance de certains. »

Chemin de croix

Consterné et sidéré, l’auditeur a également fait part de son calvaire pour accéder aux soins. « J’ai pris un grand taxi qui m’a facturé, de Kenitra à Casablanca, 600 dirhams », confiait-il, la voix anxieuse. Il dit avoir passé la nuit à la clinique Dar Salam de Casablanca, et dresse un parallèle entre son chemin de croix et ce qu’il serait passé en pareille situation en Allemagne. « Là-bas, si le métro s’arrête à cause d’une tentative de suicide sur les quais, les passagers font l’objet d’un suivi psychologique. Ce qui n’est pas le cas au Maroc, même après un aussi terrible accident », se lamente-t-il.

Ce ressortissant allemand « d’origine marocaine », comme il se définit, explique avoir « appelé l’ambassade d’Allemagne » l’après-midi suivant l’accident. « Des fonctionnaires sont venus me voir à la clinique à 23 heures avec un passeport provisoire et un billet d’avion de première classe. En première classe ! Alors que du côté marocain… rien », s’emporte-t-il.

« Fausse victime » ? 

Joint par TelQuel, l’Ambassade d’Allemagne à Rabat explique « qu’aucun citoyen ni ressortissant allemands n’a été affecté par le tragique accident de train ». Avant d’ajouter : « Dans un tel contexte, l’Ambassade allemande n’est pas compétente pour venir en aide à des citoyens ayant la double nationalité marocaine, car ils sont également considérés comme marocains. » 

Pour l’Ambassade, impossible d’avoir livré aussi vite un passeport provisoire, et encore moins un billet en première classe. « C’est impossible », assure notre interlocuteur. « Toute assistance consulaire est régie par la loi allemande. Celle-ci prévoit le minimum d’aide nécessaire ». Théoriquement, le soutien concernerait une aide de première nécessité comme l’accès aux soins d’urgence. « D’autant que le bénéficiaire est tenu de rembourserez les frais, une fois rentré en Allemagne »,  précise-t-on.

Contacté le 22 octobre, la clinique Dar Salam de Casablanca nie également toute prise en charge dudit l’accidenté : « Nous n’avons reçu aucune victime de l’accident dans notre établissement », nous explique-t-on. Même son de cloche pour la clinique Dar Essalam de Rabat – dont l’homonymie pourrait prêter à confusion – qui nous a confirmé n’avoir pris en charge aucune victime du déraillement du train. En effet, une grande partie des victimes du drame ont été transportées dans les hôpitaux de Salé et Rabat essentiellement. Les blessés les plus graves d’entre eux ont été conduits à l’hôpital militaire Mohammed V de Rabat. 

TelQuel n’a pu avoir accès aux coordonnées de Khalid et ignore encore,quelles ont été les raisons qui l’ont poussé à livrer ce témoignage. S’il n’est pas impossible que l’auditeur ait été présent dans le train accidenté, voire que ses effets personnels aient été volés, une partie de son témoignage est semble, preuves à l’appui, assurément faux. Émotion ou manipulation ?

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