Comment l’Institut Montaigne veut réformer l’islam français – Telquel.ma

Comment l'Institut Montaigne veut réformer l'islam français

Alors que les préfectures françaises organisent en ce moment « des assises territoriales de l’Islam de France », l’Institut Montaigne vient de publier un rapport sur l’islamisme. Hakim El Karoui, essayiste normalien et ancien banquier d’affaires, y décrit l’essor de cette idéologie et propose des idées fortes pour "organiser" l’islam en France.

Par

Vue de la Grande mosquée de Paris. Crédit: AFP

Depuis presque 30 ans, le sujet de la place de l’islam en France est prépondérant », a exposé Hakim El Karoui au micro de RTL le 9 septembre. Invité à réagir dans les médias après la sortie de sa dernière publication, cet essayiste expose les grandes lignes du nouveau rapport de l’Institut Montaigne. Mis en ligne le 9 septembre, ce document, élaboré par le think tank et groupe de réflexion français, présente un ensemble de propositions pour lutter contre l’islamisme en France.

Intitulée La fabrique de l’islamisme, cette publication n’est pas « consacrée à l’islam », mais à un « sujet toujours au cœur de l’actualité française et européenne [qui] reste paradoxalement très mal connu », peut-on lire en présentation du rapport sur le site de l’institut. Il s’agit du troisième rapport publié en trois ans par ce normalien agrégé de géographie et ex-banquier d’affaires chez Rothschid. Son étude, longue de 600 pages, revient sur la « généalogie des courants islamistes », son implantation en France à partir des années soixante-dix et sa diffusion notamment par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Rendu public au moment où est débattue l’organisation de l’islam en France, le rapport propose un ensemble d’idées pour réguler l’islam en France.

L’islamisme, un « projet total »

Sous cette appellation « d’islamisme », l’auteur propose une définition rassemblant les différents courants existants. Parmi eux : le wahhabisme, le frérisme ainsi que d’autres mouvances comme le « turco-islamisme » ou encore « l’école indienne ». « Ils forment un ensemble qui, au-delà de la croyance religieuse et de la spiritualité personnelle, porte une interprétation du monde, une vision de l’organisation de la société – y compris le monde profane – et un rôle donné à la religion dans l’exercice du pouvoir », explique Hakim El Karoui.

S’il la définit comme « une véritable idéologie politique contemporaine », l’auteur du rapport voit dans « l’islamisme » « un projet total visant à codifier et normer les rapports sociaux » à l’image du rapport hommes-femmes, du rapport à l’autre ,voire des normes économiques, alimentaires et vestimentaires.

« En quelques années, ces normes ont créé un nouveau mode de vie, de plus en plus autarcique et communautaire », constate le texte. Hakim El Karoui, également fondateur du Club XXIe siècle – une association visant à promouvoir la méritocratie -, voit en Internet le terreau de propagation des idées islamistes. « Sur Internet, les islamistes, et plus particulièrement les salafistes, se placent en situation de quasi-monopole pour toutes les questions relatives à la foi musulmane », peut-on lire. De quoi préconiser, en guise de conclusion, un ensemble de propositions.

Propositions fortes

« Ce n’est pas la peur qui doit nous guider pour imaginer une réponse à l’islamisme. C’est plutôt la raison », avance Hakim El Karoui. Au cœur de son projet, la création d’une « nouvelle structure indépendante » : l’Association musulmane pour l’Islam de France (AMIF). Celle-ci devrait, à son sens, prendre la place du Conseil français du culte musulman (CFCM) et de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Une fois ce cadre « chargé d’organiser et de financer le culte musulman » établi, l’auteur énumère un ensemble de propositions visant à « poser les bases d’un islam français ».

Parmi les plus notables, l’instauration d’une « taxe halal » pensée sur le modèle de la « taxe cacherout » de la communauté juive de France et gérée par le rabbinat. « Il y a aujourd’hui beaucoup d’argent qui circule en France en lien avec l’islam : les dons, le pèlerinage, le marché du halal constituent une économie de l’islam importante, mais mal organisée et absolument pas régulée  ». Cet impôt permettrait également de former et rémunérer des imams, voire participer à la construction de lieux de culte.

Le rapport souligne également la volonté de «  relancer l’apprentissage de la langue arabe à l’école  » plutôt qu’à la mosquée, laquelle est « devenue pour les islamistes le meilleur moyen d’attirer des jeunes dans leurs mosquées et écoles. » Des propos qu’il confirme au micro de RTL le jour de la sortie de sa publication : « En vingt ans, le nombre d’élèves qui apprennent l’arabe au collège et au lycée a été divisé par deux », alors qu’« il a été multiplié par dix dans les mosquées ».

Polémiques

Des idées fortes qui, comme attendu, ont dès leur sortie longuement fait parler. Notamment auprès des deux associations visées par cette proposition de réforme : l’UOIF et le CFCM. Il est à rappeler que lors d’un précédent rapport, publié en septembre 2016 et intitulé Un islam français est possible, Hakim El Karoui avait qualifié leur représentativité comme « plus avérée« .

« C’est la montagne qui a accouché d’une souris  », a commenté pour sa part Abdallah Zekri, délégué général du CFCM. Si le CFCM, d’après l’AFP, est régulièrement critiqué pour son manque d’efficacité, Abdallah Zekri estime quant à lui que c’est « aux musulmans de s’occuper de leur religion, ce n’est pas à l’État de l’organiser ».

Même son de cloche dans les colonnes du Monde pour le militant associatif Marwane Muhammad. Bien qu’il pense qu’El Karoui est « sincèrement tourné vers les solutions  », cet ancien directeur du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) estime qu’il « n’a aucune légitimité ». Avant de poursuivre : « C’est un républicain laïc élitiste, il a du mal à se détacher de son expérience personnelle, de sa jeunesse dorée tunisienne. Il ne sait pas ce que c’est que d’être un jeune musulman en France ». 

Le rapport a également déplu du côté de la mosquée de Paris qui, dans un communiqué publié le 11 septembre, évoque un texte « opportuniste », « partial » et « faisant l’amalgame aisé entre islam et islamisme ».

Rapport salué par l’Intérieur

La publication de ce rapport intervient dans un contexte où la question de l’Islam s’inscrit dans le calendrier politique français. Jusqu’au 15 septembre des « assises territoriales de l’Islam en France » sont organisées sous l’égide des préfets pour faire émerger des propositions nouvelles, indique France 24. Une concertation qui permettrait à l’Exécutif français  de donner« à l’islam un cadre et des règles garantissant qu’il s’exercera partout de manière conforme aux lois de la République », avait déclaré Emmanuel Macron en juillet devant le Congrès réuni à Versailles.

Pour le think tank, il s’agit « d’entrer dans ce débat et pourquoi pas de convaincre le chef de l’Etat sur la pertinence de son projet  », constate le Journal du Dimanche. L’hebdomadaire français ajoute que l’Institut Montaigne, connu pour ses idées libérales, « est réputé proche d’Emmanuel Macron« .

Pour la Place Beauvau, où siège le ministère de l’Intérieur dirigé par Gérard Collomb, le rapport a suscité des réactions positives. Dans un communiqué de presse, relayé le 10 septembre sur le compte Twitter du ministère de l’Intérieur, il a été « salué par Gerard Collomb  ». Ce dernier considère que « les propositions sont très intéressantes et appellent à un rassemblement et une mobilisation des musulmans républicains de France. »

article suivant

Migration, coopération, Mondial 2030… ce qu'il faut retenir de la première visite de Pedro Sanchez au Maroc

Engagez-vous à nos côtés, pour un journalisme indépendant et exigeant.
Abonnement 100% numérique.

Tout TelQuel en illimité

Accédez à tous nos articles sur
ordinateur, tablette et mobile.

Les alertes confidentielles

Recevez par mail, les informations
confidentielles, en avant-première.

Le magazine en numérique

Recevez le magazine TelQuel en format
numérique en avant première.

Abonnement 100% numérique, à partir de 10DH le premier mois, puis 49DH par mois.