Vestige du Maroc précolonial, le grenier collectif d’Imchguiguilne restauré

Laissé à l'abandon et en ruine depuis des années, le grenier collectif d’Imchguiguilne a été inauguré le 6 juillet suite à sa restauration. Retour sur l’histoire et les coulisses d'un sublime vestige qui donne un aperçu de l’organisation sociale de l'époque précoloniale. 

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Le grenier collectif d’Imchguiguilne. Crédit: DR

Après des années en état de dépérissement, plusieurs greniers collectifs de la région de Souss-Massa et datant de l’époque précoloniale, ont été sortis de l’oubli. C’est suite à une intervention de l’Etat que ces bâtiments – servant à la fois à la protection des habitants et au stockage de produits en tout genre – ont pu être réhabilités dans le cadre d’un programme de sauvetage du patrimoine de la région, initié dans les années 2000.

Parmi les vestiges de cette tranche de l’histoire du Maroc, le grenier d’Imchguiguilne. Édifié en terre sèche et perché sur une colline, le bâtiment se trouve à quelques kilomètres d’Ait Bacha. La restauration du bâtiment a pu être réalisée grâce au conseil régional de Souss Massa qui a financé le projet avec une enveloppe budgétaire, allouée en 2017, de 1,3 million de dirhams. Les autorités locales ont également octroyé au Centre de restauration en charge du projet le budget nécessaire pour mener à bien cette « périlleuse » mission de restauration.

« Nous avons tenté d’entamer des études sur le grenier d’Imchguiguilne dans les années 1990, mais ça n’a rien donné. D’une part parce que nous n’en avions pas les moyens, mais aussi en raison de la sensibilité de certains habitants qui craignaient un pillage », nous explique Mohamed Bousalah, directeur du Centre de conservation, de restauration et de réhabilitation du patrimoine architectural des zones atlasiques et sub-atlasiques et qui a chapeauté le projet.

Vue sur le grenier Imchguiguilne. © CERKASCrédit: CERKAS

Héritages et collecte d’informations délicate

Juridiquement, un grenier collectif est une propriété privée dotée d’une gestion collective réunissant plusieurs familles (dans sa conception la plus large). Mais, souvent, ce statut juridique ne permet pas de mettre l’ensemble de ses propriétaires (avec leurs différentes sensibilités) en accord sur la succession du bien. Dès lors, un travail de sensibilisation à ce sujet a été effectué par le Centre de conservation auprès des habitants du village.

Après les réticences des villageois concernant l’héritage et l’avenir du grenier, les équipes en charge de la restauration du bâtiment ont été confrontées à une autre problématique : celle de l’accès à l’information et aux archives, perdues ou jalousement gardées par les familles. « Nous avons vraiment eu du mal à recouper nos informations sur la tribu qui a sorti de sous terre ce grenier, sur sa datation ou même sur la signification d’Imchguiguilne », explique Mohamed Bousalah. Son équipe n’a, en effet, pas pu réaliser d’expertise à la technique « atomique » (au carbone 14) pour définir la date de construction et n’est pas parvenue à mettre la main sur les documents de droit coutumier. Mais, selon les estimations de Mohamed Bousalah, cet « agadir » (grenier en amazigh) aurait réuni « sept clans (« takatine », en amazigh) depuis le XVIIesiècle« .

Véritable lieu de vie

Ce grenier, composé de deux bâtiments en longueur et disposés face à face sur trois niveaux chacun, abritait sur trois étages 131 « cabines » ou magasins (« ahanou », en amazigh). Ces espaces permettaient aux habitants du village de conserver, par exemple, leurs actes de ventes ou de mariages, des bijoux, des denrées alimentaires et même de l’eau. « À l’intérieur du grenier, il y a un système qui permettait de récupérer l’eau de la pluie, mais aussi un système de ventilation qui permettait de garder les aliments pour de longues durées », raconte Mohamed Bousalah.

Plan du grenier Imchguiguilne. © CERKASCrédit: CERKAS
Plan du grenier Imchguiguilne. © CERKAS

L’édifice disposait également d’un atelier de ferronnerie où « les villageois confectionnaient les outils métalliques, mais aussi les armes pour se défendre », ajoute notre interlocuteur. Le grenier d’Imchguiguilne servait également d’abri en cas d’attaque ennemie. « Dans son entrée, il y avait un vestibule central incrusté de plantes à épines pour prévenir des attaques. A l’intérieur ils pouvaient se réfugier et n’y manquaient de rien ».

Plus surprenant encore : la structure de cet agadir a, non seulement, été pensée pour les êtres humains, mais aussi pour les animaux. Des ouvertures ont été spécialement conçues pour laisser passer les chats ou encore les vipères, qui permettaient de nettoyer le grenier des rongeurs trop gourmands.

Pour le moment, une vingtaine de greniers ont déjà été restaurés dans la région, mais beaucoup d’autres restent à sauver.

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