Le vin marocain, 2500 ans d’histoire – Telquel.ma

Le vin marocain, 2500 ans d'histoire

Lorsqu'on évoque la culture viticole au Maroc, on pense au protectorat. Pourtant, la conduite de la vigne et la production de vin remontent à plus de 2.500 ans, dès l'Antiquité. Boris-Romain Bille, sommelier Grand Sud Import, nous aide à retracer l'histoire du vin Marocain. 

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Crédit: Holgi/PIXABAY

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C’est à l’époque des comptoirs Phéniciens et des villes romaines, plus précisément dans la ville de Lixus (région actuelle de Larache) et tout le bassin allant jusqu’à Volubilis (Meknès) que tout a commencé. Réputés dans tout l’Empire romain, les vins étaient servis à la table des empereurs.

Fès a pris le relais au Moyen Âge. On produisait alors dans ce qui est communément appelé les jardins de vignes. Chaque famille avait un petit jardin qu’elle cultivait, souvent pour les besoins de la religion, notamment dans les familles juives. C’est à l’époque de Léon l’Africain qu’ont débuté les échanges commerciaux, aussi bien d’achat que de vente de vin entre la ville de Marseille et le Maroc.

Soubassement d’un pressoir à vin à Volubilis/WIKIMEDIA

Les Comptoirs portugais ont joué un rôle important. Ils ont en effet apporté avec eux le savoir-faire et ont créé de nombreux vignobles. Les Portugais sont d’ailleurs à l’origine des vins de la région de Doukkala. Leur influence se retrouve tout au long de la côte de Tanger à Larache, Essaouira.

À partir de 1910, le vignoble marocain se développe autour des villes comme Casablanca, avec l’arrivée des vignerons Français, Italiens et Espagnols, principalement poussés par l’exode économique dû à la crise du vin en Europe.

Commence alors en Afrique du Nord ce que l’on va appeler la période des « vins médecins ».

Et pour cause, depuis 1830, l’Europe a été frappée par le phylloxéra, un insecte piqueur apparenté aux pucerons venu des États-Unis. Ce dernier se délectait des racines de la vigne. Si en l’espace de 70 ans il va ruiner la viticulture européenne, il ne pourra cependant se développer au Maroc. Grâce à cette terre sablonneuse, le pays ne sera pas ou peu touché par le phylloxéra. Commence alors en Afrique du Nord ce que l’on va appeler la période des « vins médecins ». Ils sont utilisés comme coupage aux vins atteints de l’épidémie causée par le phylloxéra et donc les « soignent ».

Vin marocain mis en bouteille par un négociant français/WIKIMEDIA

L’Afrique du Nord, cave de l’Europe

C’est l’Algérie qui mettra en place les premiers vignobles à partir de 1830. Au Maroc, de 1910 à 1930, il s’agit plutôt d’un commerce national destiné aux Européens et à quelques Marocains. Les vignes sont à l’époque dans un périmètre urbain très proche du quartier L’Oasis ou encore Aïn Sebaâ à Casablanca, à Mohammedia, à Marrakech où la vigne et le vin trouvent un épanouissement naturel.  De nombreuses petites caves initiées par des agriculteurs français, italiens et espagnols, souvent en multi-culture, verront le jour.

Étiquette de vin rouge casher, 1930/WIKIMEDIA

À partir de la fin des années 1930, le Maroc va changer de dimension et va investir dans d’immenses vignobles. C’est ainsi que le pays construira de très grandes caves dans un style architectural de cathédrale, comme on en retrouve dans la région de Béziers en France. Ces traces du passé sont d’ailleurs encore présentes et visibles dans nos campagnes comme au domaine des Ouled Taleb Thalvin à Benslimane, la Cave de la Ferme Rouge à Had Brachoua ou encore la cave de l’Hacienda des Cigognes à Tiflet.

En 1936, une première expérience de cave coopérative dans la région de Tifrit va donner naissance à la plus grande cave construite au monde, qui le restera jusqu’au milieu des années 1970.

Nouveau souffle

C’est le traité de Rome, le 25 mars 1957, acte de naissance de la Communauté économique européenne, future Union européenne, qui mettra un coup d’arrêt à la viticulture nord-africaine.

La viticulture marocaine restera active grâce à deux hommes, Brahim Zniber et Guy Baconnet.

En effet, il sera interdit pour tous les vins produits dans les pays de la Communauté européenne d’assembler leur vin avec des effluves d’Afrique du Nord.

La viticulture marocaine restera active grâce à deux hommes, Brahim Zniber et Guy Baconnet qui feront perdurer la culture de la vigne et la production de vins de qualité dans le royaume. Au début des années 1990, Hassan II, sûr du potentiel viticole du Maroc va faire appel à des œnologues et négociants bordelais. Ce nouveau souffle donnera à ce secteur une formidable renaissance.

Vignes dans la région de Meknès/WIKIMEDIA

Aujourd’hui, de Berkane à Essaouira en passant par Meknès, Boulaouane Benslimane ou Rommani, le Maroc compte une douzaine de domaines viticoles à la philosophie qualitative bien affirmée, mettant terroir et histoire en avant. On retrouve ainsi sur les tables du monde entier, en France ou au Benelux notamment mais également en Amérique du Nord en Angleterre et au Japon, les belles bouteilles de la production marocaine Tandem, Château Roslane, Odyssée Ithaque, Orient, Volubilia, Première de Baccari, l’Oriental…

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