#SoisUnHomme, la campagne misogyne qui appelle les Marocains à « couvrir leurs femmes » – Telquel.ma

#SoisUnHomme, la campagne misogyne qui appelle les Marocains à "couvrir leurs femmes"

Une campagne menée sur les réseaux sociaux avec le hashtag #كن_رجلا (#Soisunhomme), incite les Marocains à empêcher « leurs femmes » de porter des vêtements « serrés » et des maillots à la plage.

Par

AFP

La campagne de boycott, lancée le 20 avril dernier sur les réseaux sociaux avec dans le viseur l’eau de Sidi Ali, le carburant d’Afriquia et le lait frais de Danone, en a inspiré plus d’un. Si certains ont appelé à élargir l’appel au boycott pour y inclure d’autres marques comme Jaouda, Coca-Cola, Maroc Télécom ou encore le festival Mawazine, d’autres y ont vu une opportunité pour faire la promotion de leurs discours intégristes et misogynes.

Depuis quelques jours, le hashtag #كن_رجلا (#Soisunhomme) appelle les internautes marocains à couvrir « leurs femmes » en cette période estivale. Sur Facebook, la première page à avoir relayé ce hashtag s’appelle « La campagne nationale pour réclamer une vraie banque islamique au Maroc » et compte plus de 170.000 membres. Dans un post publié le 9 juillet, celle-ci annonce le lancement de la campagne. «Sois un homme et ne laisse pas tes femmes et tes filles sortir dans des vêtements serrés », peut-on lire dans la publication.

En moins d’une semaine, le post en question a été liké plus de 3.300 fois et partagé à plus de 13.500 reprises.

Plusieurs autres pages ont suivi le mouvement, en partageant des publications appelant les hommes marocains à « couvrir leurs femmes ».

حملة #كن_رجلا ولا تترك نساءك وبناتك يخرجن بلباس فاضح تشتعل في الفيسبوك بشكل جنوني .. #بارتاجي

Posted by ‎الوعي المغربي‎ on Tuesday, July 10, 2018

#بارطاجي

Posted by ‎الوعي المغربي‎ on Tuesday, July 10, 2018

« La campagne #Soitunhomme connaît un succès grandissant et croissant. Aidez-nous avec beaucoup de partages, de publications, de commentaires et de likes », se félicite l’administrateur de la page, qui est visiblement à l’origine de la campagne.

D’autres publications plus récentes, partagées sur la même page, font les louanges en images de « la beauté » du voile intégral. « Les yeux habitués à regarder des femmes nues et impudiques », écrit l’auteur du post en commentaire, citant Abou Ishaq Al Heweny, prêcheur égyptien aux positions radicales pour qui notamment « l’excision est obligatoire ou recommandée ».

 

La majorité des posts partagés avec ce hashtag sont accompagnés de hadiths ou de versets coraniques.

Si plusieurs internautes défendent le mouvement, d’autres y voient un « pur retour en arrière », une « aberration » ou encore une « propagande de plus de la part des islamistes ». « Seuls les idiots et les hypocrites vont adhérer à cette campagne. La femme est un être humain indépendant. Tu es qui pour décider de ce qu’elle va porter ou non? », s’insurge une internaute.

Ce n’est pas la première fois que le débat sur les libertés individuelles s’invite au Maroc en saison estivale. En août 2017, une vive polémique avait été suscitée par Omar Al Kazabri, imam de la mosquée Hassan II de Casablanca qui avait alors dénoncé la « nudité obscène » qui selon lui envahissait les villes marocaines « été comme hiver ». « La nudité n’est plus affaire de saison, elle est étalée sous nos yeux, hiver comme été », avait-il estimé dans un message publié sur sa page Facebook, avant de faire marche arrière sur ses propos.

En 2016, l’interdiction du burkini par plusieurs établissements privés marocains avait fait beaucoup de bruit au royaume, poussant le ministre du Tourisme de l’époque, Lahcen Haddad, à donner des explications. « Sur les plages, les gens portent ce qu’ils veulent à condition de respecter les règles de pudeur. Mais pour des raisons d’hygiène qui leur sont propres, certains établissements et maisons d’estivage ne tolèrent pas le burkini. Au Maroc, cet habit n’est pas un sujet portant à polémique, car aucune interdiction n’a émané des autorités publiques. Nous respectons les valeurs de l’islam modéré. Bikini et burkini coexistent sur nos plages », avait-il notamment souligné dans une interview accordée à Jeune Afrique.

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