Boycott: la réaction "menaçante" du gouvernement vivement critiquée

La sortie du porte-parole du gouvernement, jeudi 10 mai, en réponse à la campagne de boycott qui touche trois marques marocaines depuis le 20 avril, a été vivement critiquée par les internautes ainsi que les politiciens, de la majorité comme de l'opposition.

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Mustapha El Khalfi, ancien ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement. Crédit: Yassine Toumi/TELQUEL

Après près de 3 semaines de campagne de boycott des marques Sidi Ali, Afriquia et Centrale Danone lancée le 20 avril, le gouvernement a pour la première fois réagi collectivement. Mustapha Khalfi, en sa qualité de porte-parole de l’Exécutif, a déclaré lors d’un point de presse à la suite du conseil de gouvernement du 10 mai, que le sujet avait été discuté « de façon approfondie et sérieuse » lors de la réunion tenue quelques minutes plus tôt, « après avoir pris le temps nécessaire pour analyser son impact sur l’économie nationale ».

Mustapha Khalfi a également ajouté que Lahcen Daoudi, ministre délégué auprès du Chef du gouvernement chargé des Affaires générales, ainsi que le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit « ont chacun présenté un exposé consacré au boycott lors du Conseil », a-t-il ajouté. Une première réaction au goût de justification du retard accusé, alors que la campagne bat son plein et que les entreprises concernées répliquent à coups de communiqués de presse.

Les réseaux sociaux ripostent

Lors de son intervention devant les journalistes, Mustapha Khalfi a reproché à la campagne de boycott de « s’être appuyée sur des données erronées préjudiciable à l’économie nationale et aux 120.000 fermiers qui coopèrent avec Centrale Danone ».

Le porte-parole a en outre brandi « la menace de recours juridiques à l’encontre de personnes appelant au boycott en propageant de fausses informations de nature à porter préjudice à l’économie nationale ».

La réaction des réseaux sociaux ne s’est pas faite attendre. Un hashtag, , a aussitôt été lancé, reprenant les mots en arabe de Mustapha Khalfi (diffusion d’une publication à caractère diffamatoire). Il moque sa sortie par le biais de contre-vérités ironiques sur le Gouvernement et la qualité de vie au Maroc.


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Au sein du PJD, la réaction du gouvernement fait débat

Cette sortie du gouvernement ne fait pas l’unanimité, même dans les rangs du PJD. Amina Maelainine, députée du parti de la lampe à Hay Hassani et vice-présidente de la Chambre des représentants, a répondu de façon cinglante à son camarade de parti Mustapha Khalfi – sans le nommer – via une publication Facebook, où elle regrette « une attaque et une diabolisation d’une initiative populaire, pacifique et légale ». Pour elle, « les menaces sous-jacentes à l’encontre de ceux qui y adhèrent ne peuvent qu’exacerber les hostilités ». Et d’ajouter : « accordons-nous sur le fait que le gouvernement n’a pas à agir en porte-parole des entreprises, ni à parler de ses marges de profit et de leur raisonnabilité ».

Une position partagée par Ali Hamieddine, vice-président du Conseil national du PJD. « Le gouvernement n’aurait pas dû réagir à cette campagne. Les entreprises concernées sont privées, et le rôle du gouvernement doit se cantonner à maîtriser les prix et une concurrence loyale, non pas à prendre leur défense, encore moins en brandissant la menace de la poursuite judiciaire, ce qui relève de l’atteinte pure à la liberté d’expression », déclare-t-il à Telquel.ma, tout en nous confiant que « cette sortie du porte-parole fait vivement débat au sein du parti, et que des appels à une réunion du Conseil national ont été lancés dans ce sens ».

Même son de cloche du côté de l’opposition. Pour Mohamed Chrourou, chef du groupe parlementaire du Parti authenticité et modernité (PAM) à la Chambre des représentants, « cette attitude menaçante est incompréhensible« . Le député d’Oulmès reproche au gouvernement « d’avoir gardé le silence pendant trop longtemps et ne pas jouer son rôle qui est de réconforter la population ».

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