Accusé de dumping par le RNI, BIM se défend

Une question orale soumise le 30 avril par les députés du RNI au secrétaire d’Etat à l’Investissement accuse l'enseigne turque de grande distribution BIM de pratiquer une concurrence déloyale aux commerces de proximité. Une source chez BIM s'en défend.

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En dix ans de présence au Maroc, BIM est parvenu à étoffer le plus grand réseau de magasins GMS au Maroc : 501 outlets dans 15 villes. Crédit: DR

Un géant qui étend ses tentacules dans nos quartiers, et des petits commerçants qui tentent de résister tant bien que mal. Voici l’image que dépeignent les parlementaires du Rassemblement national des indépendants, en parlant de la concurrence « agressive  » d’une enseigne de grande distribution turque. Même s’ils ne le nomment pas au Parlement, le « monstre d’Anatolie  » décrit par les parlementaires n’est autre que le hard-discounter turc BIM. Présent au Maroc depuis 2009, BIM dispose désormais de 408 points de vente. Les parlementaires reprochent à la société turque une concurrence « déloyale  » vis-à-vis des petits commerçants de proximité.

A l’occasion d’une séance parlementaire du 30 avril, une question orale a été soumise par le Rniste Abdellah El Ghazi au secrétaire d’Etat chargé de l’Investissement, Othmane El Ferdaous. Les élus du parti de la colombe ont notamment demandé l’intervention de l’Etat afin de protéger les petits commerçants.

Contacté par TelQuel, l’élu de la circonscription de Tiznit nous explique que « nous avons parlé de la situation des épiciers en général, notamment la couverture sociale, et aussi la concurrence déloyale. Avant de poser notre question orale, nous avons reçu un collectif de commerçants de proximité. Ils ont souvent soulevé la question de la concurrence déloyale.  »

BIM va-t-il tuer le commerce de proximité ?

« Les grands surfaces s’installent à l’écart des quartiers populaires et des quartiers résidentiels. S’ils ne sont pas en dehors de la ville comme les hyper-marchés, elles sont au moins isolés des centres villes. Là où le bât blesse, c’est que les magasins BIM se trouvent en plein quartiers résidentiels et quartiers populaires, » relève Abdellah El Ghazi.

Pour lui, cette stratégie de l’enseigne turque étouffe les commerçants de proximité. « Les petits commerçants craignent la banqueroute, » s’alarme-t-il.

Contacté par TelQuel, un haut cadre de la société turque, qui a préféré garder l’anonymat, rejette cette accusation. « J’ai assisté à l’ouverture du premier magasin BIM. La première réaction de l’épicier du coin était effectivement qu’il redoutait la fermeture de son commerce. On est entré chez lui, on lui a expliqué que grâce à BIM,il allait augmenter son chiffre d’affaires, et qu’on reviendrait dans quatre mois pour le confirmer. Quand on est revenu le visiter quatre mois plus tard, l’épicier avait bel et bien agrandi son épicerie, » témoigne notre source. Pour lui, l’installation de son enseigne crée au contraire des opportunités d’affaires :« Nous avons 600 références, ce qui est peu. La complémentarité se joue avec les épiciers sur de nombreux produits que nous ne commercialisons pas. »

La question du dumping

En filigrane les élus du RNI accusent BIM de pratiquer le dumping, en vendant à perte. « La question des prix cassés est incompréhensible. D’une part, BIM bénéficie de l’accord de libre-échange avec la Turquie. C’est normal, mais ça devrait tout de même être réciproque, » pointe le député. Il poursuit en accusant BIM de vendre à perte. « Cela fait huit ans que BIM est au Maroc, or, chaque année ils déclarent des déficits. On pourrait comprendre un déficit de deux, voire de trois années, pour un opérateur qui fait de lourds investissements et de nouvelles ouvertures, mais ce n’est pas le cas de BIM. D’abord, ils ne font que du locatif pour leurs magasins, ils n’achètent pas et ne construisent pas. Le déficit n’est donc pas motivé. La seule explication est que l’état turc subventionne cette société pour pénétrer le marché de cette manière. Puisqu’ils sont déficitaires, donc ils vendent à perte,  » raisonne l’élu.

Pour l’OMC, le dumping est défini comme étant une « discrimination internationale en matière de prix, dans laquelle le prix d’un produit vendu dans le pays importateur est inférieur au prix de ce même produit vendu sur le marché du pays exportateur. » 

Au Maroc, la loi n°15.09 adoptée en 2011 relative aux mesures de défense commerciale donne une description claire des cas de dumping. Ainsi, dans l’article 12 de cette loi, la contribution financière des pouvoirs publics ou de tout autre organisme ou établissement public, est établie dans les cas où « une pratique des pouvoirs publics comporte un transfert direct de fonds » ou indirect comme « des recettes publiques normalement exigibles sont abandonnées ou ne sont pas perçues. « 

« Nous avons un déficit parce qu’on a un plan d’investissement« , défend notre source auprès de BIM. « Nous ne vendons pas à perte, nous gagnons de l’argent, même durant les périodes de promotion, » assure-t-elle.

Concernant la politique de prix agressive, notre interlocuteur nous explique que cela reste limité. « Nous affichons des prix agressifs durant les promotions, comme pour l’ouverture d’un nouveau magasin. On peut dans ce cas offrir des cadeaux à des prix symboliques, mais avec un stock très limité, » détaille-t-il.

Pour lui, l’accord de libre-échange bénéficie à BIM de la même façon qu’il bénéficie à tous les autres concurrents. La différence pour lui réside dans le circuit d’approvisionnement, plus court chez l’enseigne turque : « le concurrent achète chez un intermédiaire en Turquie, qui vend à un intermédiaire au Maroc qui, à son tour, vend à une grande surface. Nous, nous nous approvisionnons directement auprès de l’usine turque, ce qui nous permet de contrôler nos coûts. »

« La politique de la société c’est que nous achetons et nous vendons à une certaine marge. Les économies sont donc réalisées à priori, durant l’achat« , conclut-il.

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