Leila Slimani au "Monde" : "Je n’aurais pas pu écrire ce que j’ai écrit si mon père avait été vivant"

Dans un entretien au journal "Le Monde", Leïla Slimani revient pour la première fois dans les médias sur l’emprisonnement et la mort de son père, Othman Slimani, ancien président du CIH.

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La journaliste et écrivaine franco-marocaine Leila Slimani, en janvier 2018 à Paris. Crédit : AFP / Lionel BONAVENTURE

En Une du quotidien français Le Monde daté du 25 mars, Leïla Slimani, écrivaine franco-marocaine lauréate du prix Goncourt en 2016 et représentante personnelle du président français pour la Francophonie, se livre dans un long entretien sur des épisodes de sa vie qu’elle se gardait jusque là d’évoquer dans les médias. Et notamment la mort de son père, Othman Slimani, ancien président du CIH, emprisonné à tort dans une affaire de détournement de fonds. « Je ne serais pas arrivée là si mon père n’était pas mort quand j’avais 22 ans, dans des circonstances assez tragiques », explique Leïla Slimani. « Tout s’est écroulé, on s’est rendu compte qu’un malheur est toujours possible, qu’il faut donc essayer de faire ce qu’on a envie de faire. Et puis je pense aussi que je n’aurais pas pu écrire ce que j’ai écrit si mon père avait été vivant. Peut-être qu’au fond sa mort m’a désinhibée », poursuit-elle avant de raconter l’enfer que sa famille a vécu dans l’affaire CIH.

Leïla Slimani raconte l’ascension « fulgurante » de son père issu d’un milieu modeste de Fès, devenu professeur à l’Université de Rabat, puis secrétaire d’État à l’économie avant de devenir président du CIH. « Il a été mis dehors quand j’avais 13 ans (en 1993, NDLR) et n’a plus jamais retravaillé. Il s’est retrouvé au cœur d’un scandale de détournement de fonds. Ça a été une longue descente aux enfers. Il n’a jamais voulu fuir le Maroc parce qu’il se savait innocent. Il a été incarcéré alors que j’avais 21 ans. Il est mort en sortant de prison. Quelques années après, il a été entièrement innocenté, à titre posthume. C’était une erreur judiciaire, il avait servi de bouc émissaire. Cela a bouleversé notre vie », témoigne l’écrivaine.

En 2002, il est placé en détention provisoire. « C’était très, très violent. […] La prison marocaine de droit commun, on n’imagine pas en France ce que c’est, vous entrez dans une autre dimension ! Mon père y a passé quatre mois alors qu’il avait déjà 61 ans… Ça m’a donné très jeune une forme de lucidité sur le statut social, le succès, l’amitié, qui ne me quitte pas, même quand je reçois le Goncourt », explique Leïla Slimani.

Elle remonte aussi plus loin dans le temps, avec la rencontre de son grand-père, officier spahi de Meknès dans le village alsacien de sa grand-mère à la libération. « Ce sera un roman, bien sûr ! Ma grand-mère a tout de suite appris à lire et écrire l’arabe. C’était la femme blanche mariée à un indigène… Vous imaginez, dans la société coloniale raciste de Meknès ! Les Français ne voulaient pas la fréquenter. Elle se battait aussi contre le machisme de la société marocaine », résume-t-elle.

La suite est plus connue, l’écrivaine revient aussi sur ses années au Lycée Descartes de Rabat, où elle se décrit comme « révoltée par une bourgeoisie un peu hors sol ». Des études en France, un début de carrière comme journaliste à Jeune Afrique et puis l’écriture d’un premier « roman de merde que j’ai envoyé à plein de maisons d’édition. Qui a été refusé. » C’était avant Dans le jardin de l’ogre et le Goncourt avec Chanson Douce. « La folie ! », décrit Leïla Slimani qui révèle avoir deux projets de roman sur le feu.

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