Procès du Hirak : Retour sur les événements du 26 mai 2017, le jour où les choses se sont envenimées

Lors de l'audience des 54 détenus du Hirak poursuivis à Casablanca ce mardi, il a été question des événements du 26 mai et des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre.

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Le vendredi 26 mai 2017, Omar Bouhras se trouvait dans la mosquée où Nasser Zafzafi a fustigé le prêche de l’imam qui dénonçait « la fitna » (« la discorde ») orchestrée par les militants du Hirak. Le même jour, il se trouvait également sur le toit de la maison du leader du mouvement de protestation.

Nasser Zafzafi avait pris la parole devant la foule massée au pied de sa maison. Alors que des affrontements avaient éclaté entre forces de l’ordre et manifestants autour de son domicile, le leader avait disparu quelques jours, recherché par la police. Poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat et tentative d’homicide volontaire, Omar Bouhras risque la réclusion à perpétuité et la peine de mort.

Lorsqu’il comparaît devant le juge Ali Torchi en cette après-midi du lundi 5 mars, Omar Bouhras s’attarde longuement sur les circonstances de son arrestation. « Chez la Brigade nationale de la police judiciaire, on ne cessait de me répéter que je finirais à Tazmamart, et qu’on avait rouvert ce bagne spécialement pour nous autres, militants du Hirak« , raconte-t-il.

D’une voix faible et hésitante, il assure avoir été « violenté » par ses interrogateurs. Résultat : deux dents cassées. « Ils me poussaient à témoigner contre Nasser Zafzafi, qui, selon leurs dires, possédait une villa au Polisario (sic) et plus d’un milliard de centimes en liquide chez lui« , jure-t-il. « Comment pourrais-je mettre à mal mon voisin de palier avec qui j’ai partagé les moments de joie et de souffrance ?« , se défend-il.

L’interrogatoire a duré six jours. Une « torture« , pour Omar Bouhras. « La nouvelle de l’arrestation de Nasser m’a soulagé. Je savais que ça allait s’arrêter. Bizarrement, du jour au lendemain, le comportement de mes geôliers s’est adouci« , se souvient-il. Un « changement de façade« , puisqu’au final, « leurs stylos ne m’ont pas raté« , dit-il en dénonçant les « procès-verbaux mensongers et les dépositions fabriquées de toutes pièces« .

« Tu te prends pour l’Inspecteur Colombo ?« 

Après plus d’une quarantaine de minutes d’énonciation des faits face à un juge attentif, l’accusé présente enfin sa version des événements du 26 mai. Il assure que Nasser Zafzafi, qui accomplissait sa prière à l’extérieur de la mosquée, n’a pas interrompu la khutba de l’imam, « puisqu’il avait déjà quitté l’estrade lorsque le leader du Hirak est intervenu« .

Un témoignage appuyé par son avocat Me Aghnaj, qui a remis au juge une photo de l’intérieur de la salle de prière, arguant qu’il est physiquement impossible d’accéder au minbar directement depuis la salle de prière, et qu’il faut obligatoirement passer par une antichambre.

Omar Bouhras est ensuite appelé à s’expliquer sur les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants sur le toit de la maison de Nasser Zafzafi. Des affrontements qui se sont soldés par « l’hospitalisation d’un policier, grièvement blessé à l’arrière de la tête, aujourd’hui partiellement paralysé« , rappelle le juge.

L’accusé assure avoir été caillassé par des individus qui se tenaient à une trentaine de mètres de lui. « Je n’ai fait que me défendre en renvoyant les cailloux« , confie-t-il à la Cour. S’il ne déclare pas expressément qu’il s’agissait de policiers, il soutient néanmoins avoir reconnu certains d’entre eux dans la fourgonnette de police qui l’a conduit au commissariat à la suite de son arrestation.

« Si je comprends bien, dans le groupe qui se tenait sur le toit, seuls Nasser et toi avez renvoyé les cailloux ?« , demande Me Karrout, représentant du parquet. La question de l’avocat de la partie civile a provoqué l’ire de la défense et de Nasser Zafzafi qui lui a reproché de « se prendre pour l’Inspecteur Colombo« .

Me Aghnaj a pour sa part fustigé « le caractère frauduleux de la question« , dénonçant une tentative de la partie civile de « piéger l’accusé en l’incitant à témoigner contre Nasser Zafzafi« .

En quelques secondes, la salle d’audience s’est alors transformée en champ de bataille entre avocats de la défense et de la partie civile, qui s’accusaient mutuellement d' »interruption et de violation des us et coutumes du tribunal« . A l’issue de cette énième joute verbale, le juge annonce le report de l’audience à l’après-midi du 6 mars.

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