Procès du Hirak :armes et financements étrangers s'invitent à l'audience de jeudi

Photos d'armes et financements étrangers étaient une nouvelle fois au centre du procès des détenus du Hirak à Casablanca. Récit.

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Crédit : Yassine Toumi/TELQUEL

Une nouvelle audience des 54 détenus du Hirak s’est ouverte jeudi à la salle 7 de la Cour d’appel de Casablanca, en l’absence du journaliste Hamid El Mahdaoui et d’un autre prévenu. Le journaliste a, selon le substitut du procureur général Hakim El Ouardi, « refusé d’assister à la séance, malgré l’intervention du directeur de la prison d’Oukacha« .

Le premier détenu à se présenter devant le président Ali Torchi était Fahim Ghattas. Il est accusé, entre autres, d’« incitation contre l’unité territoriale du pays à travers la réception de sommes d’argent pour le financement d’une organisation » et de « recel d’individu recherché par la Justice« . Et pour cause, Ghattas était en compagnie de Nasser Zafzafi et de deux autres détenus la nuit de leur arrestation, dans une maison en bord de mer à quelques kilomètres d’Al Hoceïma.

« Je dormais seul dans une pièce, quand un individu noir de peau et grand de taille a fait irruption dans la chambre, armé d’un énorme poignard. Une fois à l’extérieur, je me suis aperçu que Nasser Zafzafi saignait de la tête et Mohamed Haki boitait de la jambe. On nous criait dessus « paix et bénédiction sur le prophète » à la manière des mariées et on nous ordonnait de chanter l’hymne national », raconte Ghattas qui dit avoir été « filmé« , tout en se demandant « ce que sont devenues ces images ».

 

Ali Torchi a ensuite projeté sur les écrans de la salle une série de photos retrouvées sur le téléphone de l’accusé, ainsi que des publications Facebook qu’il a relayées. Sur l’une d’entre elles, datée du 6 mai à midi et publiée par un certain Mourad El Moussaoui, des individus, armes à feu à la main, posent devant des drapeaux du Rif et de Tamazgha. La légende lit : « telles seront les conséquences de l’arrestation ou l’enlèvement de Nasser Zafzafi ».

L’accusé a, selon sa déposition à la BNPJ, citée par le substitut du procureur, « aimé et partagé cette publication car il rejoint ce qu’a écrit Mourad El Moussaoui, même s’il ne le connait pas ». Devant les magistrats, c’est pour une toute autre raison. « Mourad et moi nous échangions régulièrement les likes sur Facebook, rien de plus normal« , a-t-il expliqué au juge Ali Torchi.

Fahim Ghattas a-t-il participé au financement du Hirak ? « Jamais, si ce n’est par 20 dhs », répond le serveur au café Galaxy, où les activistes du mouvement avaient pris l’habitude de se réunir. « 40 jours après la mort de Fikri, nous avons organisé une cagnotte au café pour financer la commémoration de la mort de Mouhcine Fikri. Au final, nous avons pu rassemblé 350 dirhams », poursuit-il.

Débats sémantiques

Alors que la défense protestait contre l’insistance du ministère public sur cette question du financement, Hakim El Ouardi a demandé au juge « la permission d’interroger l’accusé ». Une formule qui a provoqué l’ire des avocats, qui lui ont signifié que l' »interrogatoire » se déroulait chez la BNPJ, et non au tribunal.

La séance s’enlisait dans des débats linguistiques autour de la définition de l' »interrogatoire« , le substitut du procureur a tenté de faire comprendre à ses adversaires que « les questions du Parquet adressées à l’accusé était une des conditions essentielles du procès équitable« . Mais ce n’était pas suffisant pour calmer la colère de Me Khalid Omeza : « c‘est une première que l’histoire retiendra contre le Parquet« , répétait-il nerveusement.

Lorsque le juge annonça une pause vers le coup de 19h00, la voix de Nasser Zafzafi s’éleva pour « exprimer son soutien au détenu politique Elmortada Iamrachen ». Celui-ci a été, à en croire les dires du leader du Hirak, « victime d’une atteinte à sa dignité à travers la diffusion de ses photos privées en compagnie de sa femme », accusant la partie derrière cet acte « d’être la même qui a fait fuité des images de lui presque nu il y a quelque mois de cela ».

Les nouvelles dettes de Zafzafi

A la reprise, ce fut au tour d’Ilias Hajji, parfumeur et bijoutier, de se présenter à la barre. L’essentiel de son passage devant le juge a été dominé par une histoire de financement étranger du Hirak. Le Parquet l’accuse d’avoir réceptionné, en décembre 2016, un montant de 2.000 dirhams destiné à Nasser Zafzafi, envoyé par une certaine Hayat Boulayla, expatriée en France. « C’est une aberration », a-t-il commenté.

« Nasser me devait depuis plusieurs mois 4.000 dirhams. Un jour, il est venu me voir pour m’informer qu’il était en mesure de rembourser la moitié de son dû. Il m’a demandé si j’avais sur moi ma carte nationale, que je devais présenter une fois à l’agence de transfert de fonds« .

Qui est le réel destinataire de ces 2.000 dirhams ? Ilias Hajji, selon le procureur, qui se réfère à sa déposition à la BNPJ, dans laquelle il admet connaitre Hayat et son rôle dans le financement du Hirak. L’accusé nie en bloc, dénonçant les propos « falsifiés » de PV.

Me Omeza ne put pas s’empêcher d’exprimer toute sa rogne : « certains fonctionnaires devraient être condamnés à mort pour falsification de documents ! » Des propos qui n’ont pas laissé de marbre le substitut du procureur, qui a exigé « que la défense assume ses responsabilités face à ce qu’elle avance ».

Chakir Lmakhrout était le troisième et dernier accusé à comparaître devant le juge ce jeudi. Mais il se faisait tard et « la fatigue apparaissait sur les visages de tous les protagonistes » pour reprendre les termes de Me Mohamed Aghnaj, le président a donc renvoyé son audience à l’après-midi du lendemain.

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