Les raisons du comeback virulent d'Abdelilah Benkirane

Dans l'ombre pendant deux mois, Abdelilah Benkirane a fait un come-back médiatique, et politique, le 3 février lors du congrès de la Jeunesse du parti. En une heure, il a tiré à boulets rouges sur Aziz Akhannouch, Driss Lachgar et les technocrates. Il a rappelé au passage que son "attachement à la monarchie" n'a pas changé, malgré une photo polémique.

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Crédit : Yassine Toumi / TELQUEL

La jeunesse du parti de la lampe a élu, lors de son sixième congrès tenu en fin de semaine, son nouveau secrétaire national. Il s’agit de Mohamed Amekraz, un des avocats du Hirak, réputé proche d’Abdelilah Benkirane.

Sa victoire a pourtant vite été reléguée au second plan, au profit d’un autre événement qui fait les choux gras de la presse : un discours au vitriol de l’ancien patron du PJD. Au menu de cette intervention : argent et pouvoir, retraite des parlementaires, entourage royal…

Face à une assistance galvanisée, Abdelilah Benkirane signe son grand retour avec un pamphlet, après avoir érigé un mur entre lui et la presse depuis l’élection de Saad Eddine El Otmani à la tête du parti. « La jeunesse du parti m’est chère et je ne sais pas manier la langue de bois« , dit Benkirane à un de ses proches.

« Durant la période où il a gardé le silence, des choses l’ont frappé et il a tenu à en parler. Mais ça ne veut pas dire qu’il va désormais réagir à tout, surtout qu’il ne veut pas mettre à mal un gouvernement chapeauté par son parti « , explique un vieux compagnon de l’ancien chef du gouvernement.

 « À bas la colombe »

Adulé auprès de la jeunesse du PJD, Benkirane a encore fait le show le 3 février, sans se départir de sa gouaille habituelle et des mots assassins à l’adresse de ses adversaires. À leur tête Aziz Akhannouch, son ministre de l’Agriculture dans l’ancien gouvernement.

Décontenancé par les défaites successives subies par le parti de la lampe face au RNI aux élections partielles, Benkirane avait un message à faire passer : «  C’est votre droit, Ssi Aziz Akhannouch, de remporter les élections de 2021, mais on aimerait bien savoir quelle voyante vous a dit cela, et qui vous en a donné la garantie. On est loin de 2021« , lance l’ex-secrétaire général de la formation islamiste.

Il enfonce ensuite le clou, en mettant en garde le chef des Bleus contre le danger du « mariage entre politique et affaires« .  » Vous avez le gaz et l’argent, restez loin de la politique. Ne répétez pas la triste expérience de ce fameux parti« , lance-t-il, faisant allusion au PAM.

Et, comme pour tancer les technocrates, le l’ex-zaïm du PJD se remémore l’expérience passée : « Les hommes d’affaires sont meilleurs gestionnaires que les hommes politiques, c’est possible. Quand ils gèrent leurs affaires et leurs sociétés, leur argent et la bourse. Mais seuls les hommes politiques savent se comporter avec les citoyens« , estime-t-il, non rappeler cette vieille guéguerre qui l’avait opposé à l’ancien ministre de l’Éducation.

« Pourquoi me suis-je opposé à Belmokhtar quand il m’avait dit qu’il ne respectait que Sa Majesté ?« , poursuit Benkirane. « Je lui ai répondu que nous aussi on respecte le roi. Mais pour nous, même si Sa Majesté vous a donné une directive, son application, ce n’est pas vous qui saurez vous en occuper. Vous devez me dire quelle directive vous a donnée Sa Majesté pour que je la mette en application. Et d’ailleurs, il [Belmoktar, NDLR] n’a pas su l’appliquer et il est parti à la retraite« .

Et de revenir à Akhannouch : « En tout cas, vous devez savoir, Ssi Aziz, si ceux qui vous entourent le font pour votre argent ou pour autre chose« .

En conclave à Paris le 4 février, le président du parti de la Colombe a répondu à Abdelilah Benkirane sans le nommer : « La différence entre le RNI et d’autres partis politiques, c’est que nous préférons parler des projets de développement au lieu de perdre notre temps à parler des personnes (…) nous sommes un parti d’oulad nass« .

Lachgar is back

Autre (ancien) adversaire politique, l’USFP a eu droit à son chapitre dans le discours de l’ancien chef de l’Exécutif. « Il est impossible qu’on renonce à la réforme de la retraite des parlementaires. Je ne contrôle ni le secrétariat général ni le parti, car je suis un simple membre, mais certaines parties de la majorité protestent contre cette réforme au point d’en arriver à l’baltaja. Je veux leur dire qu’ils ne nous font pas peur. Si ce gouvernement – excusez-moi Ssi Saâd – a peur de partir parce qu’il doit rester à tout prix, alors ce gouvernement mettra la clé sous la porte. Et nous sommes prêts à partir« , assène encore Benkirane.

Le premier secrétaire du parti de la rose n’a pas manqué de réagir aux propos d’Abdelilah Benkirane. En effet, après avoir pris langue avec Saad Eddine El Othmani au sujet des déclarations de Benkirane jugées « de nature à nuire aux composantes de la majorité« , il a appelé aussi les chefs des partis composant cette dernière.

Il n’y a pas photo

Évincé par Mohammed VI en mars 2017, Abdelilah Benkirane tient à rappeler qu’il est « royaliste », voire « plus royaliste que le roi« . « Sa Majesté le roi me connait bien et il connait bien nos positions à son sujet. Je n’ai pas changé d’avis et il ne faut pas que vous changiez d’avis non plus, quelle que soit la situation« , dit-il à un auditoire acquis à sa cause.

« S’il est vrai que nous sommes royalistes – plus royalistes que le roi – diront certains, nous ne sommes pas des mkhaznia. Nous donnons notre avis et nous conseillons« , nuance-t-il par la suite.

Et, comme à l’accoutumée, Benkirane a brandi l’argument selon lequel la monarchie serait au-dessus des intérêts du PJD. « Si Sidna nous dit de dissoudre le parti, nous le dissoudrons. Mais c’est Sidna qui devra le dire et non les autres, baraka men lebsala [trêve de plaisanterie].  »

Photo benkirane avec le roi

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Ce come-back après deux mois au cours desquels il a refusé toutes les demandes d’interviews, intervient au moment où, sur les réseaux sociaux et dans certains médias, circule une photo de Benkirane avec le défunt Abdellah Baha, en lieu et place d’une photo souvenir avec Mohammed VI qui ornait le salon de sa villa à Rabat. « La photo qui circule sur le web est amputée. Benkirane a en effet mis une photo de lui avec Baha à la place de celle avec le roi, mais la photo avec Mohammed VI est toujours là, placée un peu plus haut« , nous déclare un membre du PJD qui a récemment rendu visite à Abdelilah Benkirane.

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