Desintox : Suicides au Maroc à cause du "défi de la baleine bleue" ?

Le "Défi de la Baleine bleue", jeu morbide sur les réseaux qui se termine par des suicides, aurait-t-il débarqué au Maroc, conduisant à trois suicides? Les autorités démentent. Lumière sur un serpent de mer virtuel.

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Brahim, 13 ans, est la première victime du "Défi de la baleine bleue" au Maroc. Crédit photo : DR

Le défi de la « baleine bleue » (The Blue Whale challenge) est de tous les phénomènes web celui qui est le plus morbide. Apparu en Russie en 2015, sur les pages et les forum de VK (VKontakte), le principal réseau social du pays de Poutine, ce jeu morbide consiste à se lancer des défis qui vont de l’automutilation au suicide.

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Comment ça marche ? Celui qui s’y inscrit est guidé par un « tuteur » qui lui dicte cinquante défis à relever. Les plus banals sont«  Ecris sur ta main », « Parle avec une baleine », « Dessine une baleine sur une feuille », liste lemonde.fr. Mais par la suite, le « tuteur » demande à son disciple de regarder des vidéos appelant au suicide,  à se scarifier, à monter sur une grue, à se couper les lèvres,  etc. liste encore la même source.

L’ultime défi est de se pendre ou encore, se jeter du haut d’un immeuble  de façon à imiter le sacrifice suprême de la baleine bleue qui peut se suicider en se laissant échouer sur une plage pour mourir.

Selon Novaya Gazeta,  cité par Vice, « le jeu serait lié à de nombreux cas de suicides d’adolescents en Russie, au Kazakhstan et au Kyrgyzstan entre 2015 et 2016 ».  Le journal en recense 130.

Pointé comme une des personnes qui ont lancé le phénomène, Philipp Budeikin, un étudiant en psychologie arrêté par les autorités russes dément ce grand nombre mais prétend tout de même avoir poussé 17 adolescents à se suicider.

Vice cite une de ses déclarations :

Ça a commencé en 2013. J’ai créé F57 [l’un des groupes sur VK où serait né le jeu] pour voir si ça marcherait. J’ai rempli le groupe de contenus choquants et ça a commencé à attirer des gens. En 2014, le groupe a été banni. Pendant un bon moment, je me suis marré en voyant plein de gens qui tentaient de comprendre ce que voulait dire « F57 ». En fait, c’est tout simple : le F c’est pour Philipp, mon prénom, et 57 était le dernier chiffre de mon numéro de téléphone à l’époque. J’ai réfléchi à cette idée pendant cinq ans. On peut dire que je me suis préparé. J’ai bien conçu mon projet, les différentes étapes. C’était nécessaire pour séparer les personnes normales et la vermine.

Le phénomène a depuis essaimé, et des réseaux sociaux comme Instagram commencent à rediriger vers des sites antisuicides quand des mots clés faisant référence au jeu sont tapés. Depuis quelques jours, la presse marocaine relate à son tour des cas de morts parmi des adolescents marocains qui y auraient pris goût.

Certains auraient mis fin à leur jour, à en croire plusieurs média qui ont repris une info qui s’est répandue comme une traînée de poudre : deux à Casablanca, deux à Agadir et une fille à Khénifra.

TelQuel a mené sa petite enquête, au cas par cas. Résultats : la baleine bleue est encore loin de nos frontières et de nos côtes.

A Agadir, l’une des présumées victimes est âgée de 25 ans et avait sauté, le 2 janvier, de la terrasse du domicile parental haut de 7 mètres. Souffrant de troubles mentaux, il a été confié aux services psychiatriques d’Inzegane.

A Tikiouine, près de la capitale du Souss, un adolescent de 17 ans s’est donné la mort, le 3 janvier, en avalant du raticide. Il aurait eu des problèmes avec sa mère. A Casablanca, on a évoqué le suicide d’un garçon de 8 ans, le 2 décembre 2017 à Hay Mohammadi. Une source autorisée à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) nous explique que le garçon ne s’est pas suicidé, mais s’est pris le cou dans un filet avec lequel il avait confectionné une balançoire avec ses cinq sœurs.

A Sidi Moumen, le 25 décembre, une fille naturelle de 25 ans, qui vivait avec sa grand-mère, a trouvé la mort en se jetant du haut de la baraque de bidonville. A Khénifra, le 6 janvier, une jeune femme s’est suicidée en ingurgitant de la mort-aux-rats. Elle a laissé des lettres manuscrites où elle parle de chagrins d’amour. « Nous nous sommes intéressés à ces cas comme à toute mort qui pourrait nous paraître suspecte et à aucun moment nous n’avons pu établir de lien entre ces morts tragiques et le ‘Défi de la Baleine bleue’ », tranche notre source à la DGSN. Aucune de ces quatre victimes ne disposait de smartphone connecté, ajoute-t-on.

Pas de F57

Les enquêteurs, en plus de perquisitionner les téléphones des proches, vérifient, pour plus de sûreté avec les opérateurs des télécommunications. Et dans tous ces cas, manquait aussi un élément essentiel : le symbole « F57 » que chaque participant doit se tatouer, parfois à l’aide d’un rasoir, sur la main pour prouver son appartenance à la communauté.

Mais cela ne veut pas dire que la police nationale ne reste pas vigilante. La DGSN dispose de cinq « laboratoires d’analyses des traces numériques » disséminées à travers le royaume. Ils traquent ainsi toute tentative d’intrusion de la baleine bleue sur le territoire national, nous confie-t-on.

Un volet coercitif qui doit aussi être accompagné de sensibilisation. De par le monde, des groupes ont été crées pour contrer le « Défi de la Baleine bleue ». Des internautes ont même inventé un jeu qui s’appelle #pinkwhalechallenge  (le défi de la baleine rose, ndlr) pour inciter les adolescents à aimer la vie. Dans certains pays comme la France et la Suisse, les enseignants et les services sociaux ont été appelés à contribution.

Au Maroc, l’association « Ne Touche pas à mes enfants » pour la protection de l’enfance a été la première à attirer l’attention quant aux risques de ce jeu. « Dans les jours à venir, nous allons organiser une rencontre de sensibilisation au profit des enfants et des parents« , affirme Najia Adib, présidente de cette ONG qui se désole de voir les parents totalement « largués » par l’évolution des nouvelles technologies et la « précocité » des enfants.

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