Cour des comptes : le paysage audiovisuel national en souffrance

Le rapport de la Cour des comptes publié le 24 avril pointe le manque de coordination, et une dépendance trop forte aux subventions de l'État du paysage audiovisuel national.

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Dans sa livraison concernant l’année 2015, le rapport de la Cour des comptes, publié le 24 avril, revient sur l’état du secteur de l’audiovisuel public, au sujet duquel il relève de nombreuses déficiences. Les deux composantes du pôle public en particulier, SNRT et 2M, souffrent de problèmes d’orientation stratégique et de financement. La première souffre d’une trop grande dépendance aux financements et subventions de l’État, tandis que la deuxième est en état de déficit structurel depuis bientôt 10 ans.

Le financement du PAN en berne

Le paysage audiovisuel national (PAN) est principalement financé à travers les fonds publics. Outre le Budget général de l’État, il tire ses ressources du Fonds pour la promotion du paysage audiovisuel et des annonces (FPPAN) ainsi que de la Taxe pour la promotion du paysage audiovisuel national (TPPAN). Les recettes publicitaires complètent ces ressources publiques.

Entre 2006 et 2015, c’est la SNRT qui s’est taillé la part du lion dans le soutien public. L’héritière de la RTM a bénéficié sur cette période de 10,5 milliards de dirhams, soit 88 % du montant de la subvention publique. En comparaison, 2M a reçu 430 millions de dirhams, tandis que le Centre cinématographique marocain a obtenu 995 millions de dirhams sur la même période.

Le FPPAN, « l’instrument majeur pour le développement du secteur de l’audiovisuel« , a vu ses recettes baisser de manière systématique. Elles sont ainsi passées de 529 millions de dirhams en 2004 à 266 millions en 2013 et 375 millions en 2014. La Cour des comptes note que paradoxalement, les bénéficiaires du fonds se sont multipliés, malgré « des recettes toujours limitées« .

Ce fonds, alimenté à 40 % par la TPPAN, souffre justement du déficit de recouvrement de cette taxe, prélevée sur les factures d’électricité, de la part des organismes collecteurs que sont les régies de distribution et l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONE). Le rapport de la Cour des comptes pointe particulièrement les régies de Marrakech (RADEEMA) et Larache (RADEEL).

Le pôle audiovisuel cumule les retards sur ses programmes

En 2006, un avis du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle recommandait la mise en place d’une holding sous une présidence commune pour le pôle audiovisuel public. Une recommandation qui n’a jamais abouti, bien que les deux acteurs du secteur soient sous la coupe d’un président unique, Fayçal Laraïchi. Pour les magistrats, la non-mise en place de cette stratégie fait que « les deux sociétés audiovisuelles publiques œuvrent sans synergie réelle et des insuffisances ont été constatées au niveau de la coordination des actions et la mutualisation des efforts« .

La Cour des comptes relève que la SNRT souffre d’une « dépendance accrue aux subventions de l’État« , tandis que son chiffre d’affaires est en baisse constante depuis 2010. Celui-ci couvre à peine la moitié des charges de l’entreprise. À titre d’exemple, ses recettes publicitaires en 2015 s’élevaient à peine à 169 millions de dirhams. Le rapport de la Cour rappelle que la SNRT n’a conclu aucun contrat-programme avec l’État depuis l’expiration de celui couvrant la période 2009-2011, et dont certains engagements prévus n’ont été que partiellement honorés.

Quant à SOREAD-2M, sa situation financière est « alarmante » pour la Cour des comptes. La société d’Aïn Sebaâ « ne réalise que des résultats nets depuis 2008« , et son chiffre d’affaires n’arrive pas à absorber ses charges. La Cour revient par ailleurs sur les fameux cahiers des charges de 2012, qui auraient mis en évidence un manque à gagner sur les recettes publicitaires de l’ordre 190 millions de dirhams. L’équipement dont dispose la chaîne est par ailleurs vétuste à en croire le rapport de l’instance dirigée par Driss Jettou, avec une moyenne d’âge de 12 ans.

Le cinéma sur le déclin

Selon la Cour des comptes, l’industrie cinématographique souffre elle aussi de sa « dépendance vis-à-vis de l’aide publique« . Celle-ci lui a certes permis d’augmenter sa production, mais pas d’atteindre la maturité suffisante pour s’en défaire.

Et si la production cinématographique nationale est en hausse constante, le nombre de salles de cinéma ne cesse de s’effondrer. En 2014, on n’en compte que 32 regroupant 59 écrans. La fréquentation des salles obscures suit la même tendance baissière. Leurs recettes sont ainsi passées de 130 millions de dirhams en 2002 à 74,85 millions en 2014, avec à peine 1,64 million de places achetées. Cette baisse se répercute sur l’ensemble de l’industrie, le nombre de sociétés de distribution passant de 129 à 9 entre 2005 et 2014.

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