Rabat s'attaque à son réseau de bus défaillant

Près de six ans après le départ de Veolia et la reprise en main de Stareo par la collectivité, la ville de Rabat est à la recherche d'un délégataire en mesure de résoudre les problèmes de bus que connaît la capitale.

Par

Les bus de Stareo circulent à Rabat, Salé et Temara. Crédit : Facebook de Stareo.

Les villes de Rabat, Salé et Témara ont débuté les démarches pour trouver un nouveau délégataire au service de transport en commun par autobus, pour résoudre un problème qui grève la capitale et sa région depuis des années. Un appel à préqualification a été lancé le 27 février pour désigner les entreprises qui pourront participer à l’appel d’offres, avant la mise en service du nouveau service début 2018.

En 2009, le contrat de délégation de 15 ans signé par la commune de Rabat avec Veolia transport était censé améliorer la qualité du service à travers la création de l’entreprise Stareo. Le consortium est alors conjointement détenu par l’entreprise française Veolia et les sociétés Hakam et Bouzid. Stareo devait porter le parc à près de 600 bus, mais l’objectif fixé par le Conseil de la ville n’a jamais été atteint.

Deux ans plus tard, Veolia, embourbé dans des problèmes financiers, quitte le tour de table de Stareo. Les parts de l’entreprise sont rachetées par le groupement  Al Assima composé du conseil de la ville de Rabat et des conseils communaux de Salé et Temara. Cependant, le service offert par Al Assima, de l’aveu même de son président, Jamaâ Moatassim, maire PJD de Salé, est « inefficace ».

Stareo: trop d’employés, trop peu de véhicules

En héritant du transport public, les pouvoirs publics ont aussi hérité du gouffre financier structurel qu’il représente. La société Stareo est maintenue à flot par des subventions du ministère de l’Intérieur et des communes qui composent Al Assima, pour 10 millions de dirhams mensuels.

Outre le coût financier important pour le contribuable, plusieurs problèmes minent la société. Le premier évoqué est le sureffectif qui sévit dans le groupement Al Assima. Ce dernier a hérité des employés de la Régie autonome des transports de Rabat et des concessionnaires qui exploitaient les différentes lignes de bus de la ville avant l’arrivée de Veolia. « Le problème est celui des receveurs.  En comparaison des villes comme Marrakech n’ont qu’un seul employé par véhicule: le chauffeur qui s’occupe également de la billetterie« , nous explique Omar El Hyani, élu FGD de la capitale. Les receveurs, au nombre de 900, constituent près du tiers des employés de la société selon Jamaâ Moatassim. « Cette catégorie d’employés est concernée par un plan de départs volontaires pour alléger la masse salariale de la société« , précise néanmoins l’élu du parti de la lampe.

Si la société est en sureffectif, le parc d’autobus est quant à lui en sous-effectif. Pour fonctionner correctement à Rabat, le parc doit compter au moins 500 à 600 bus. Selon Jamaâ Moatassim, « la flotte actuelle est constituée de 500 véhicules dont seulement 350 sont en circulation ». L’immobilisation de 150 véhicules est due au manque de ressources financières pour l’entretien et la réparation de ceux qui sont hors service nous précise l’élu PJD. Autre handicap minant Stareo, les « problèmes de gestion et de management » notamment au niveau de la direction « qui bénéficie de villas et de voitures de fonction en location », nous révèle un élu de la capitale sous couvert d’anonymat.

Un appel d’offres pour un nouveau départ ?

Comme nombre d’élus de la capitale et ses environs, Jamaâ Moâtassim est conscient de la défaillance totale du réseau. C’est ce qui a poussé Al Assima à publier un appel à préqualification et ainsi préparer le retour à la gestion déléguée dans le but de « stopper l’hémorragie ». En effectuant une présélection, le groupement espère ne retenir que les meilleures offres. Selon Omar El Hyani, l’appel à préqualification publié par la mairie de Rabat « est un pas dans le bon sens, puisqu’il permettra de choisir les meilleurs soumissionnaires avant l’attribution du marché« . L’appel d’offres est remporté sur le critère du mieux-disant, plutôt que du moins-disant, ce qui privilégiera la meilleure offre du point de vue de la qualité, plutôt que la moins chère.

Pour Jamaâ Moatassim, la qualité du service offert ne pourra pas faire l’objet de compromis avec le soumissionnaire. Il nous explique que le réseau sera « entièrement restructuré, les lignes revues, pour créer une complémentarité avec le réseau de tramway, notamment avec un ticket unique« . « Nous sommes également en train d’étudier la possibilité de créer des couloirs spéciaux pour les bus, afin qu’ils puissent circuler en site propre et améliorer la fluidité, la régularité et la ponctualité du trafic » poursuit-il.

Le fiasco de Veolia et le gouffre financier qu’il a entraîné pour le contribuable restent dans toutes les têtes. Plus question aujourd’hui de laisser la collectivité supporter le risque commercial et le risque d’exploitation, qui seront « entièrement à la charge du soumissionnaire », explique le maire de Salé.

article suivant

Othman El Ferdaous : “La culture est le troisième secteur le plus touché par la crise”