Parution : Oualalou, le sinophile

L’ancien ministre de l’Économie et des Finances Fathallah Oualalou vient de publier son ouvrage : La Chine et nous, Répondre au second dépassement, aux éditions La croisée des chemins. Telquel.ma vous livre les bonnes feuilles d'un livre mêlant histoire, économie et géopolitique.

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Volonté de puissance

La Chine d’avant le XVIIIe siècle était la première économie mondiale et un pays d’une grande civilisation. On lui doit la découverte du papier monnaie, de l’imprimerie, de la poudre à canon et du compas : les Chinois l’ont rappelé au monde à l’occasion de l’ouverture des Jeux olympiques de 2008. Et aujourd’hui, le président XI Jinping appelle au « renouveau de la grande renaissance de la nation chinoise ». Il insiste sur le fait que la Chine « doit occuper sa juste position… la première ou la seconde, sans que cela n’effraye personne », car le monde, ajoute-t-il, est grand : « chaque pays doit y avoir sa part. Et nous ne céderons rien de la nôtre ». La question qui se pose est celle de savoir quand la Chine rattrapera effectivement l’Amérique. Déjà en 2014, son PIB, calculé en termes de pouvoir d’achat, a dépassé celui des États-Unis.

L’Afrique et la nouvelle route de la soie

Les pays africains seront-ils capables de répondre positivement à cette nouvelle donne (nouvelle route de la soie, NDLR) ? L’Éthiopie semble montrer une réelle capacité à tirer profit de cette offre nouvelle, et ce, grâce à la mise en place, dans ce pays, de structures industrielles nouvelles. La question est également posée aux pays d’Afrique du Nord, de l’Égypte au Maroc. Car la Chine, dans nouveau sentier, est aux portes des pays du sud de la Méditerranée qu’elle considère comme un relai pour renforcer sa présence en Europe. Une étude de la Banque mondiale, finalisée en 2015, a démontré que le changement du paradigme de croissance en Chine dans les années à venir créera 85 millions d’emplois hors de la Chine. L’enjeu des économies africaines et méditerranéennes est ainsi de se préparer à les accueillir.

« Cherchez le savoir, même jusqu’en Chine »

Les rapports entre la Chine et le monde arabe et plus généralement le monde musulman sont très anciens. Tout au long de son histoire, la Chine a eu des contacts commerciaux et culturels avec l’espace que l’on appelle aujourd’hui le Moyen-Orient et ses trois composantes arabe, perse et turque. Ces trois entités étaient alors un relai entre la Chine, la Méditerranée et l’Europe. La Chine occupait une place originale et réelle dans l’imaginaire des sociétés arabes. Elle représentait dans les esprits un monde de civilisation avancée et de savoir. C’est dans ce sens que l’on peut interpréter le hadith du prophète Sidna Mohammed (pbsl) : « Cherchez le savoir, même jusqu’en Chine ».

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Ibn Battouta et son avatar chinois, Wang Dayuan

Le premier élément de partage qui lie la Chine au Maroc est à trouver dans cette belle aventure qu’ont été les pérégrinations d’Ibn Battouta (1304-1377) en Chine où il est arrivé en 1345. Ibn Battouta a découvert ce pays lointain, côtoyé sa population et admiré sa culture et sa civilisation. Dans son livre célèbre, La Rihla, écrit sous sa dictée par Ibn Djuzay sur ordre du souverain mérinide Abou Inan, il a noté ses observations. Il a été le premier à révéler que les Chinois utilisaient pour leurs échanges du papier monnaie. Au même siècle, Wang Dayuan (1311-1350) a fait deux grands voyages qui l’ont conduit d’Aden jusqu’en Égypte puis aux côtes atlantiques marocaines, et en Tanzanie en Afrique de l’est. De retour en Chine, il s’installe à Quanzhou, et, comme Ibn Battouta, fait le récit de son voyage dans son ouvrage : Daoyi, Zhilüe Jiaoshi.

Visite royale en Chine

La visite d’État du roi Mohammed VI à Beijing (mai 2016) est appelée à ouvrir de nouveaux horizons, prometteurs, dans les relations sino-marocaines. La signature d’une déclaration « d’association stratégique » par les deux chefs d’État eux-mêmes, Mohammed VI et Xi Jinping, symbolise la volonté de leurs pays de rénover et approfondir leurs relations. Le Maroc intègre ainsi le groupe des 30 pays associés à la Chine par ce type d’accords axés sur 4 points : le dialogue politique, le partenariat économique, la coopération sécuritaire et les rapports humains. […] Pour la Chine, cette position géographique du Maroc lui permet d’être un relai pour ses productions et ses capitaux dans la politique de la Nouvelle Route de la Soie qui cible l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe.

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