Le Maroc souhaite intégrer le marché international du carbone

Le gouvernement lance une étude sur les instruments d'atténuation des gaz à effets de serre. Sur le long terme, l’objectif est de revendre des crédits de carbone sur le marché international.

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La COP22 est terminée, mais l’engagement environnemental continue. Alors que les pays signataires de l’accord de Paris se sont engagés à limiter le réchauffement climatique à 2°C, le gouvernement marocain lance une étude pour évaluer les instruments d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour cela, il souhaite utiliser une partie des 3,5 millions de dollars des dons de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD).

L’étude a pour objectif d’effectuer un panorama des politiques existantes. À partir de là, le gouvernement souhaite évaluer les différents dispositifs de création de « crédits d’émission », trouver les instruments de tarification de carbone adaptés au contexte marocain, estimer le coût de la réduction de ces émissions et soutenir les secteurs visés dans la mise en place des instruments de marché.

Vers le marché international du carbone

L’objectif ne s’arrête pas à réduire les émissions de GES. Le gouvernement cherche surtout à préparer le Maroc, au cours des six prochaines années, pour intégrer le marché international du carbone. Pour cela, il faut que le pays soit capable de générer des crédits de carbone de qualité et de trouver le moment opportun pour s’y insérer. « Ces activités permettront de renforcer la capacité du Maroc en termes de collecte, de gestion et de traitement des données sur les émissions de GES, au niveau des institutions nationales et les installations dans chaque secteur », explique le ministère délégué chargé de l’environnement.

Afin d’intégrer le marché carbone, le Maroc cherche donc à mettre en œuvre un mécanisme sectoriel de crédit de carbone (la commodité environnementale échangée au sein du marché du carbone, NDLR). Pour l’instant, trois secteurs sont ciblés : la production d’électricité avec l’ONEE, le ciment avec l’Association professionnelle des cimentiers et la production et le traitement de phosphate avec l’OCP. Des secteurs qu’il paraît logique de cibler. Pour l’énergie, le Plan marocain des énergies renouvelables qui vise à développer 4 000 MW permettra à termes de réduire les émissions de GES de 9,3 millions de tonnes équivalent CO2 par an. S’agissant du secteur industriel, les émissions totales de l’OCP sont d’environ 3 MteqCO2/an.

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Un marché carbone est au plus bas

Le Maroc cherche, en fait, à se positionner en prévision d’une amélioration des conditions du marché carbone. Créé en 2005, ce marché est une sorte de bourse où les pays en développement vendent leurs crédits d’émission à des pays développés et très pollueurs. Euphorique à ses débuts, le marché s’effondre petit à petit depuis 2008, le prix de la tonne de CO2 a chuté. En 2013, il est même devenu trop faible pour pouvoir financer les investissements dans les énergies renouvelables.

Ce marché est pourtant vu au Maroc comme un levier de croissance. Le pays était déjà entré dans le programme de Mécanisme pour le développement propre (MDP) qui incite les pays pollueurs à investir dans des projets de réduction des émissions de GES dans les pays en voie de développement. En 2014, le gouvernement avait aussi déjà parlé de préparer le pays et la région à entrer dans le marché international du carbone, alors que seul l’OCP était estimé d’avoir la possibilité de le faire.

À présent, le gouvernement marocain estime que cette approche sera bénéfique, « indépendamment de l’évolution du contexte national et international et pour tous les instruments d’atténuation que le gouvernement marocain décide de mettre en place, fondés ou non sur les marchés », peut-on lire dans le document explicatif de l’appel à manifestation d’intérêt. Et d’ajouter : « Plus tard, si les signaux nationaux et internationaux sont positifs, en particulier concernant la demande de crédits carbone, le gouvernement sera prêt à avancer et mettre en œuvre la prochaine phase des activités pour opérationnaliser le mécanisme ».

 

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