Abdelhak Khiame : "Grâce au travail de nos équipes, plusieurs projets d'attentats ont pu être déjoués à travers le monde entier"

Abdelhak Khiame, le directeur du Bureau central d'investigations judiciaires (BCIJ), a accordé un entretien à la MAP pour dresser le bilan de la structure qu'il dirige et apporté des éclairages sur la stratégie du Maroc dans la lutte contre le terrorisme.

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Abdelhak Khiame. Crédit: Yassine Toumi.

Le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ) profite de la fin de cette année 2016 pour dresser le bilan de ses activités. Son directeur Abdelhak Khiame, cité par MAP, affirme que le BCIJ a réussi à démanteler 40 cellules terroristes et à arrêter 548 personnes (275 en 2015 et 273 en 2016), depuis sa création en mars 2015.  36 de ces cellules sont liées à l’organisation terroriste auto-proclamée « Etat islamique » (EI).

«Quelque 21 cellules ont été mises hors d’état de nuire en 2015 et 19 autres lors de l’année en cours, dont 4 cellules liées à la nébuleuse terroriste « Al Faye Wa Al Istihlal », grâce à la politique proactive adoptée par le Maroc» a-t-il déclaré dans une interview accordée à la MAP. Et d’ajouter, «De 2015 à 2016, le BCIJ a procédé à l’arrestation de 71 individus qui ont regagné le Maroc en provenance des rangs de l’EI. Et sur les 47 personnes arrêtées en 2016, 39 proviennent de la zone de conflit syro-irakienne et 8 autres de la Libye».

Par ailleurs, le BCIJ a arrêté trois personnes qui ont tenté de joindre les rangs de l’EI. Deux ont tenté de se rendre en Libye et une vers la zone syro-irakienne. Ces prévenus ont tous été traduits devant la justice. Il a également fait mention des « combattants » marocains ayant péri dans les zones de conflit. Ils sont au nombre de 553 personnes, selon les propos du directeur du BCIJ.

Une stratégie globale et intégrée

Abdelhak Khiame a profité de cette sortie pour donner un aperçu sur le stratégie adoptée par le Maroc en matière de lutte contre le terrorisme.  «Le Maroc a adopté une démarche globale, proactive et multidimensionnelle sur le plan politique, institutionnel, économique, social, culturel, éducatif, religieux et médiatique visant la lutte contre l’extrémisme, la pauvreté, l’exclusion sociale, la précarité et l’analphabétisme par le truchement du développement humain et le renforcement de l’Etat de droit », a-t-il déclaré citant pour illustration l’ensemble des projets structurants et de développement, ainsi que les programmes de formation lancés par le Roi à travers le Royaume : la restructuration et l’encadrement du champ religieux, la mise à niveau de la législation pénale et la lutte contre la précarité à travers l’INDH et le dispositif de sécurité renforcée Hadar.

«Cet engagement multidimensionnel du Maroc a été plus d’une fois salué par la communauté internationale, d’où l’élection du Royaume à la coprésidence du Forum global de lutte contre le terrorisme (GCTF)», a ajouté Khiame. De même, a indiqué Khiame, la coopération régionale et internationale à tous les niveaux relève également d’une importance cruciale pour bien mener une action efficace et efficiente contre le terrorisme. Khiame a, à cet effet, rappelé la collaboration probante et efficace du Maroc avec de nombreux pays, dont la France, l’Italie, les Pays-Bas, le Danemark, l’Espagne, la Belgique, les Etats-Unis d’Amérique et plusieurs autres du monde arabe et d’Afrique.

«Grâce au travail de nos équipes, plusieurs projets d’attentats ont pu être déjoués à travers le monde entier. Outre la France, nous avons également fourni des renseignements à l’Italie, aux Pays-Bas, au Danemark et même en dehors de l’Europe et des États-Unis», a-t-il tenu à préciser.

Toutefois, Khiame a qualifié de « piètre », voire d’ »inexistante » la coopération dans la lutte contre le terrorisme au niveau du Maghreb. «L’Algérie refuse de coopérer avec nous. Pourtant, les périls qui menacent aujourd’hui de frapper la région sont transfrontaliers. Il est donc important de collaborer. A mon avis, il existe tout un effort à déployer au niveau interarabe et pas seulement à l’échelle du Maghreb», a-t-il estimé. Et d’ajouter, «l’Organisation Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) contrôle toute la partie australe de l’Algérie. Au vu de cette situation, ce pays a intérêt autant que nous à coopérer». Il a également fait observer que «la situation créée par l’Algérie avec Tindouf et les milliers de personnes séquestrées et abandonnées à leur propre sort, en proie à la pauvreté, à l’indigence et au dénuement le plus honteux, joue un rôle fondamental dans le « ravitaillement » des filières jihadistes dans la région».

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