Doukkala, terre de cavaliers  

Doukkala, terre de cavaliers  

Au sud de Casablanca, l’activité de la région des Doukkala tient aujourd’hui une place importante dans l’économie du royaume.

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La 9e édition du  Salon du cheval s’est ouverte officiellement le 10 octobre et au public le 11 octobre et se tiendra jusqu’au 16 octobre. Comme les précédentes, la nouvelle édition de cet événement qui se veut une vitrine pour la filière équine au Maroc se tient à El Jadida.

C’est une région agricole qui, de par son histoire, abrite un grand nombre d’éleveurs de chevaux et fournit la majorité des jockeys pour les courses hippiques dans tout le Maroc. Ces jockeys sont originaires de Bir Jdid, une petite ville de la région. “C’est une tradition. Ces jeunes gens ont appris dès leur plus jeune âge à monter à cheval parce que les habitants de cette localité maîtrisent cet art depuis des générations”, explique un responsable de la province. On recense dans la région 195 éleveurs et propriétaires de chevaux de course détenant près de 1500 pur-sang arabes et anglo-arabes, mais aussi près de 200 éleveurs de chevaux arabes barbes. Une autre catégorie d’éleveurs, une quinzaine, se sont spécialisés dans l’élevage de chevaux arabes de show et comptent 253 têtes. Autre structure qui fait de la région le fief du cheval, le Haras national d’El Jadida, dédié au développement et à l’encadrement de l’élevage équin. Il abrite 11 stations de monte et centres d’insémination artificielle, dont deux relevant de la province d’El Jadida.

Le Moussem de Moulay Abdellah Amghar

Cette intense activité n’est pas un hasard, si l’on songe que la région abrite l’une des plus mythiques structures équestres du royaume, le moussem de Moulay Abdellah Amghar. Célébré depuis des centaines d’années, ce moussem compte parmi les plus importantes manifestations du genre à l’échelle nationale. Les troupes de tbourida de tout le Maroc viennent s’y produire, et il a longtemps été le fief de l´une des tribus les plus célèbres du Maroc : les Doukhala.

Ces guerriers émérites sont connus comme de grands éleveurs de chevaux barbes, réputés pour leur endurance et leur docilité. À ce moussem réputé, près de 28 troupes de tbourida participent aux concours officiels avec plus de 450 chevaux. Lors de cette manifestation, qui se tient dans “la cité des tentes”, à 9 km de la ville d’El Jadida, “les Chorfa Amgharyine et les habitants de la région ont pour coutume de venir dresser leurs tentes aux pieds du sanctuaire. Ils y manifestent, durant sept jours, leur ferveur et leur joie, afin de garder vivant le souvenir des batailles victorieuses contre l’occupant. Ils manifestent leur reconnaissance au saintpatron des lieux, ainsi qu’à ses descendants, pour avoir élevé cette mosquée fortifiée dédiée à la gloire de Dieu”, lit-on sur le site Web dédié à la manifestation. Selon cette même source, plus de 500 000 personnes participent annuellement et les visiteurs s’adonnent à de nombreuses festivités d’ordre religieux ou autre, dont la tbourida, qui rassemble pas moins de 3600 cavaliers.

Les raisons qui expliquent le choix d’El Jadida

Comment El Jadida a été choisie comme capitale du cheval ? Le moussem Moulay Abdellah est le point de départ. C’est une fête qui réunit chaque année des centaines de milliers de personnes après la période des moissons. Si au départ la manifestation est religieuse, elle comportait aussi des aspects économiques et socioculturels. Côté économique, les grands fellahs organisaient des échanges de semences agricoles. À l’époque, pour avoir une bonne production agricole, il fallait éviter d’utiliser son propre blé, et prendre celui qui venait d’ailleurs. Les gens profitaient donc de cet événement pour commercialiser leurs semences. Pour le volet socioculturel, le moussem coïncidait avec les périodes de mariages. Les grandes familles de la région se rencontraient lors de cette fête et en profitaient pour tisser des liens matrimoniaux entre leurs tribus. C’était ainsi l’occasion d’admirer les jeunes gens parader sur leurs chevaux, pour choisir avec qui nouer des alliances. Aujourd’hui, les visiteurs viennent de beaucoup plus loin parce que les moyens de transport le leur permettent. Tout cela a contribué à faire du moussem un centre du cheval, avec plus d’une centaine de troupes et un nombre de chevaux qui avoisine 2000 chaque année. C’est donc pour cet événement que le souverain a choisi El Jadida comme capitale équestre et y fait organiser chaque année le Salon du cheval. Grâce à ce Salon, la région a un parc d’expositions qui va bientôt devenir un parc généraliste. Voilà comment, à travers le cheval, cet événement est devenu un moment phare de l’année, où l’on parle d’El Jadida.

Ce que rapporte le Salon du cheval à la région

Elle profite de chaque édition pour promouvoir El Jadida non seulement comme capitale du cheval, mais aussi comme une capitale économique. Le cheval lui sert à revenir dans la course interrégionale en vue de devenir le deuxième pôle économique après Casablanca. Aujourd’hui, toute la zone de Jorf Lasfar se développe et attire de grandes sociétés, comme l’OCP, Taqa Morocco ou encore SONASID. Ces sociétés sont en train de faire de la ville un nouveau poumon économique du pays. Le Salon du cheval, de son côté, attire les projecteurs sur la ville. Demain, avec le parc d’expositions devenu généraliste, elle pourra accueillir d’autres évènements à valeur ajoutée, comme un salon de la médecine, de l’automobile ou de l’emploi. La région y gagne donc doublement, puisque ce parc servira à son tour de vitrine au cheval. Cette installation est située en face de la grande infrastructure hôtelière qu’est le Mazagan, à seulement une heure de Casablanca.

Le parc d’expositions qui a un emplacement stratégique fait partie d’un projet appelé Pôle urbain Mazagan (PUMA) qui sera officiellement présenté le 13 octobre. Il consiste en une nouvelle zone urbaine, qui accueillera une zone résidentielle, un pôle académique, un espace de recherche et d’innovation, des équipements touristiques et culturels. La phase de commercialisation a déjà commencé et doit se concrétiser dans les années à venir. Il s’agit d’une ville nouvelle destinée à accueillir 120 000 habitants.

Carte-Cheval

 

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