Rachid Azzahim, le porte-drapeau de l’e-sport marocain

Rachid Azzahim, classé parmi les meilleurs joueurs FIFA au monde, revient sur son parcours. L’occasion de lancer un appel du pied au Maroc, pour prendre le virage du Gaming, comme il se doit.

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Crédit : Alexander Hassenstein - FIFA

« L’e-sport est un sport ». Rachid Azzahim, pratiquant de gaming à haut niveau, figurant dans le Top 8 des meilleurs joueurs mondiaux du célèbre jeu FIFA en 2015, persiste et signe.« L’effort mental, les décisions qu’il faut prendre à une fraction de seconde près, le suspens, le défi qui oppose chaque concurrent… »  sont tout autant d’exemples cités par ce dernier pour témoigner de l’intensité d’une compétition de jeu virtuel. Nous invitant à regarder la finale de la FIFA interactive World Cup 2016, dernière grande compétition  internationale à laquelle il a participé en mars dernier, Rachid Azzahim veut nous prouver tout l’attrait populaire que provoque désormais une compétition de jeux vidéo. « Il y a des gens qui sont venus spécialement pour assister à la finale, retransmise sur écran géant. Certains pratiquants ont même une vraie base de fan venue les soutenir », confie celui qui devrait probablement participer à la prochaine édition, en 2017.

Du gamin passionné au pratiquant

En 1994, alors âgé d’une dizaine d’années, Rachid Azzahim voit son frère ramener pour la première fois chez lui, une console de jeux-vidéo. « C’était la première fois que j’en voyais une, mon frère l’avait loué pour le week-end », se souvient celui qui, depuis, n’a jamais vraiment lâché la manette. Organisant des tournois avec ses frères, et sa mère, il peaufine au fur et à mesure son apprentissage du jeu, au point de devenir un adversaire redoutable, quasi-impossible à battre. D’abord sur PES, l’éternel rival du jeu FIFA, il devient en juin 2010, vice-champion du Maroc, lors de la « Moroccan PES Cup ». « C’était le premier et dernier championnat au Maroc, et je me suis jusqu’en hissé en finale », se remémore-t-il nostalgique.

Plus que le jeu-vidéo en lui-même, le football occupe très tôt une place dans la tête de Rachid Azzahim. « Je voulais devenir un footballeur professionnel très tôt, seulement, je ne voulais pas lâcher les études. Concilier les deux était compliqué, mais pas impossible. » En 2011, Azzahim se marie. Sa femme, son premier soutien, a pris le relais sur ses frères. Pas question que Rachid mette de côté sa passion. Veillant à « suivre toujours des études », pour assurer ses arrières, il combine les deux. Les années passent et les compétitions se suivent peu. « En avril 2015, soit après trois ans d’échec, je reçois un email de la part de la FIFA, confirmant ma qualification pour la prestigieuse Fifa international world cup (FIWC) à Munich.» L’année suivante, il réitère l’expérience, cette fois à New York, pour l’édition 2016.

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Longtemps considéré comme un sport de seconde zone, l’e-sport est devenu en quelques années, une aubaine pour les marques, clubs sportifs, et grandes enseignes, qui voient chez les joueurs, des porte-drapeaux idéals pour leurs produits. Dès lors, à l’instar du football professionnel, celui pratiqué réellement sur les terrains, quelques clubs comme le Borussia Dortmund (Allemagne) Whest Ham (Angleterre) ou Valence (Espagne)  sponsorisent des joueurs d’e-sport, et les soutiennent financièrement au point que certains puisent en vivre. Selon le site esportsearnings.com, spécialisé dans le domaine du e-sport, révélait en 2015, que dans certains cas, les salaires des gamers professionnels pouvait atteindre plus de 10 000 dollars mensuel, sans compter les primes éventuelles en cas de victoire lors d’un tournoi.

Un virage que n’a encore pris le Maroc. « L’absence d’événements de ce genre, l’absence de sponsors, la non-couverture médiatique font que le Maroc est très en retard », regrette Azzahim. Selon lui, les dirigeants des clubs du Maroc ont un « réel manque de culture du ‘gaming’ et passent à côté de beaucoup d’opportunités. » « Vu le manque de considération au Maroc, je ne peux actuellement pas en vivre », confie-t-il en rappelant que seul son métier de graphiste, qu’il effectue en parallèle de ses compétitions, arrive à subvenir à ses besoins. « Si je vivais ailleurs qu’au Maroc, le gaming serait devenu ma profession. Là, ce n’est pas le cas. »

Devenir coach… de vrai football

Rachid Azzahim ne cesse de se montrer ambitieux. Toujours à la recherche de sponsors qui pourront l’aider à défier les champions étrangers, il envisage pourquoi pas, d’organiser une étape de la FIWC au Maroc et espère sincèrement que l’e-sport « deviendra dans quelques années, une discipline olympique. »

Revenant à son premier amour, Rachid Azzahim nous confie surtout vouloir « devenir entraineur de football. » De vrai football. Il explique : « certains grands entraîneurs n’ont pas été des grands joueurs, mais leur sens technique et tactique a suffit. » Et de citer l’exemple de José Mourinho, actuel entraîneur du club de Manchester United, qui s’est construit une vitrine de trophées impressionnante en tant que coach, en dépit d’une carrière de joueur passée plutôt inaperçue. Fan du FC Barcelone et de Mehdi Benatia, ce passionné continue d’entretenir son amour pour cette discipline, au point, il l’espère, d’accéder à son rêve. Car à défaut d’avoir été un grand joueur sur le terrain, Azzahim a prouvé qu’il était d’ores et déjà un fin tacticien…sur console. Du virtuel au réél, il n’y a qu’un pas.

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