L’affaire Atlantic Beach Paradise Resort revient sur les devants de la scène

Lancé en 2007, le projet immobilier et touristique Atlantic Beach Paradise Resort à Tanger est au point mort. Son ex-gérant se présente devant la justice depuis mai. Explications.

Par

Crédit: AIC Presse

Jeudi 22 septembre, le tribunal de première instance de Tanger abrite une audience opposant Larbi Tadlaoui, l’ex-gérant de la société Atlantic Beach Paradise Resort (ABPR) au ministère public. Il est inculpé dans une affaire d’escroquerie et d’inexécution d’un contrat et poursuivi sur la base des dispositions 540 à 551 du code pénal.

Aux origines du projet

Le 10 mai 2007, la société Atlantic Beach Paradise Resort (ABPR0), dirigée à l’époque par Larbi Tadlaoui, signe une convention d’investissement avec l’Etat pour la réalisation d’un complexe touristique et immobilier au niveau de la zone de Boukhalef Haoura. L’opération portait sur un budget d’investissement de 915 millions de dirhams et le promoteur disposait d’un délai de 36 mois pour l’exécuter. Mais le projet rencontre des difficultés. L’affaire éclatera lorsque des clients anglais mécontents manifestent devant l’ambassade du Maroc à Londres pour dénoncer le retard pris dans la livraison de logements pour lesquels ils avaient déjà effectué des versements pour réservation.

Elle s’active lorsqu’un courrier de Mohamed Hassad, ministre de l’Intérieur, réclame l’ouverture d’une enquête judiciaire à Mustapha Ramid, son collègue de la Justice. Un document daté du 10 février 2016, dont Telquel.ma détient une copie. Motifs avancés ? ABPR a manqué à son obligation de réaliser son projet immobilier, objet d’une convention avec l’État en 2007 et « des clients anglais mènent une campagne médiatique à l’étranger qui nuit à l’image du pays ». Le 13 février, Larbi Tadlaoui est interpellé et incarcéré. Après l’instruction, l’ordonnance de renvoi datée du 11 mai ouvre la procédure judiciaire.

Rien ne va plus avec Amendis

Selon la convention d’investissement que Telquel.ma a pu consulter, la société ABPR s’engageait, via sa composante touristique, à réaliser un village de vacances, un parcours de golf de 18 trous, des équipements sportifs et des commerces. Sur le volet strictement immobilier, elle était tenue à édifier 212 appartements. Mais en 2009, les choses se compliquent. Selon la défense de Larbi Tadlaoui, « lorsque les travaux du chantier ont commencé, il se trouvait que la zone n’était pas assainie ». « La convention avec l’État garantit un terrain loti et nous disposons d’un permis de construction » tient à préciser la défense de l’ancien gérant d’APBR. Les discussions commencent avec le délégataire Amendis. Elles portaient sur la répartition des frais liés aux travaux de lotissement. Dans le PV d’une réunion de suivi, du 29 mai 2009, présidée par le wali de Tanger de l’époque, Mohamed Hassad, ayant pour objet d’examiner les réclamations des promoteurs amenés à participer financièrement à ces travaux, nous pouvons lire que le directeur exécutif d’Amendis Tanger souligne que « ces financements ne sont pas prévus par le contrat de gestion déléguée ».

De plus, les conclusions d’une consultation commandée par Larbi Tadlaoui au cabinet d’avocats international Norton Rose Fulbright, en août 2016, soulignent que « ce procès verbal est particulièrement intéressant car il confirme que l’État n’avait nullement pris la mesure des besoins, en termes d’infrastructures, associés aux projets de la zone où devait être développé le projet, et n’avait pas apprécié la portée de ces engagements, sans doute par négligence, au moment de la signature du contrat ».

Illusion d’un dénouement

Ce n’est qu’en 2015 qu’ABPR a signé une convention de financement avec l’autorité délégante, la wilaya et Amendis. « ABPR devait débourser un montant de plus 70 millions de dirhams pour la réalisation de ces travaux », selon la défense de Larbi Tadlaoui. Et de préciser : « Les ouvrages d’assainissement prendraient le même délai que celui imparti à l’exécution du projet de complexe d’Atlantic Beach Paradise Resort ». D’ailleurs, le document du cabinet Norton Rose Fulbright précise au sujet de cette convention qu’elle ne prévoit « ni délai de réalisation des infrastructures hors site (pour aucun des services), ni garantie quant au volume de réutilisation des eaux usées pour couvrir les besoins d’arrosage pouvant être fournis par Amendis ». Selon cette même source, ABPR est toujours à ce jour redevable d’une somme de plus de 32 millions de dirhams à Amendis.

 

article suivant

Bank Al-Maghrib adopte de nouvelles mesures en faveur de l’accès au crédit bancaire