Imbroglio sur les visas à destination du Cap-Vert

Depuis quelques mois, plusieurs usagers RAM se sont plaints de l'impossibilité pour eux d'embarquer dans des vols en direction du Cap-Vert en raison d'absence de visa.

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Où vous avez peu de chance d'aller cet été. Crédit : DR

Alors que la Royal Air Maroc (RAM) assure, depuis quelques années, des dessertes au départ de Casablanca pour le Cap-Vert, destination prisée les usagers marocains, plusieurs d’entre eux sont confrontés à deux discours contradictoires. Faut-il ou non un visa au préalable avant de se rendre à l’archipel aux dix îles volcaniques?

D’une part, le centre d’appel de renseignements de la RAM ainsi que les autorités consulaires du Cap-Vert déclarent tout à fait possible pour les marocains d’obtenir un visa touristique de 15 ou 90 jours à leur arrivée à l’aéroport de Praia, en présentant simplement leur passeport et en payant 25 euros (environ 250 dirhams). De l’autre, une source proche de la compagnie aérienne qui, tout en confirmant le maintient des même procédures de visa, avance l’existence d’un « problème au niveau de la sûreté au niveau de l’aéroport qui bloque les passagers ».  Et pour cause, une circulaire relative à la sécurité aux frontières, effective depuis décembre 2015, selon laquelle les voyageurs Marocains à destination du Cap-Vert doivent disposer d’un visa ou une promesse de visa. D’après Ismael Oudghiri, chef de division chargé des médias au ministère des Affaires étrangères, la circulaire est une réponse aux plaintes du gouvernement cap-verdien, de personnes arrivant sur son sol sans promesse de visa.

Situation kafkaïenne

L’affaire est encore plus compliquée, car l’obtention de cette promesse de visa ne peut se faire que dans les pays où les ambassades cap-verdiennes sont présentes. En effet, le Cap-Vert ne dispose pas de représentation diplomatique habilitée à délivrer de visas au Maroc, où seul un consulat honoraire fait office de médiation. Les touristes marocains voulant se rendre au Cap-Vert doivent soit passer par l’ambassade du Cap-Vert au Sénégal, au Portugal et en France, en s’y prenant le plus tôt possible ou demander à l’une de ces ambassades la délivrance d’un visa. Autre solution selon notre source diplomatique : le transit dans l’un de ces pays afin de pouvoir demander un visa… à l’aéroport de Praia.

Pire, la RAM qui assure les vols entre Casablanca et Praia n’informe pas les voyageurs des restrictions auxquels ils pourraient être confrontés. «Le rôle de la RAM n’est pas de faire de la prévention. C’est au ministère des Affaires étrangères d’informer les citoyens voyageurs des changements de procédures et de formalités diplomatiques» nous confie une source au sein de la compagnie aérienne. Pourtant en vertu de l’article 3 de la loi 31/08 édictant des mesures de protection des consommateurs, les fournisseurs doivent permettre au consommateur de connaître par tout moyen approprié, les caractéristiques essentielles d’un produit, d’un bien ou d’un service. Et le cas échéant, fournir les renseignements qui lui permette de faire un choix rationnel selon ses besoins et ses moyens.

Les usagers face au mur

Ce manque d’information impacte directement les clients de la RAM. C’est notamment le cas d’un passager qui a tenté de rallier le Cap-Vert en compagnie d’un ami marocain, et qui a alerté notre rédaction. Dans un mail adressé à la compagnie nationale, il assure avoir demandé à deux reprises la confirmation du voyage au Cap-Vert sans visa pour son ami marocain auprès du « call center et en se rendant à l’agence commerciale de Tanger ». Mais lorsqu’ils arrivent à l’aéroport, ce passager et son ami peinent à enregistrer leurs bagages et à obtenir une carte d’embarquement.

En se présentant aux contrôles de la police des frontières on leur a rétorqué qu’une « circulaire du ministère marocain de l’intérieur a changé  “les règles du jeu“ », voyant ainsi leurs projets de voyage annulés. « Ce soir-là, plusieurs passagers se sont retrouvés dans la même situation que nous et sont restés bloqués à Casablanca » ajoute-t-il. Certains usagers venant de Tanger et d’Agadir ont dû prendre une chambre d’hôtel avant d’effectuer les démarches de remboursement auprès de la RAM. Dans le cas de notre contact et de son ami, un remboursement « moyennant une retenue de 200 euros (2000 dirhams) par billet, c’est à dire plus de la moitié du prix ».

En attendant, face aux tumultes administratif et diplomatique, les usagers marocains désireux de découvrir ou revivre l’aventure cap-verdienne devront se doter d’une prévoyance aguerrie et s’armer de patience.

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