Le «plein d'étoiles» et de grâce au Festival des musiques sacrées de Fès

Un impressionnant mapping de Bab Al Makina et des musiciens venus d’Azerbaïdjan, d’Iran ou d’Ethiopie à l’ouverture du festival de Fès des musiques sacrées, qui se tient du 6 au 14 mai.

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Mapping de Bab Al Makina. © KO

Il pleut des cordes en cette soirée du samedi 6 mai à Bab Al Makina à Fès. Et, tout de suite, on s’exclame : l’ambiance pluvieuse allait-elle plomber l’ouverture du festival de Fès des musiques sacrées du monde ? Que nenni. Le spectacle, majestueux, a conquis l’audience et le public contrasté (femmes en tekchitas ou robes de soirée pimpantes ou encore des touristes avec des imperméables). Pour donner le coup d’envoi de cette 22e édition du festival, l’organisation a tablé sur «Un Ciel plein d’étoiles», un conte musical traçant, en plusieurs plateaux, les histoires de femmes illustres d’Orient, anonymes ou célèbres: les poétesses Rabia Al Adawiya ou Al Khansa, les rebelles de l’Atlas ou encore les cavalières de Mongolie. La création originale est signée par Alain Weber, le directeur artistique de la manifestation.

Bab Al Makina, divinement mappé

Comme à l’accoutumée, Lalla Salma a été attendue avec impatience par le public. Policiers en civil et membres de l’organisation ont eu du mal à calmer quelque peu l’enthousiasme du public. Après une trentaine de minutes d’attente, la princesse arrive en compagnie de Cheikha Moza, épouse de l’ancien émir du Qatar sous une pluie d’applaudissements et de «Sla ou Slam Al Roussoul Allah (chant de louange au prophète)». Après les discours de formalité (en arabe, en français et en anglais), le spectacle peut commencer.

Un très beau mapping d’étoiles est projeté sur la monumentale porte qui remonte au 19e siècle. Ce mapping, notre coup de cœur du spectacle, est signé par les scénographes français de Spectaculaire-Allures d’Images. Une jeune fille, tablette en main, entre sur scène en chantonnant, elle fait défiler une playlist sur son appareil : on y découvre des morceaux de Oum Kalthoum, de Fairouz et du dessin animé Shéhérazade (les images sont projetées sur la porte). Et à la conteuse des Milles et Une nuits Shéhérazade (incarnée par l’actrice Nadia Kounda), de faire son apparition. Elle rejoint la petite fille (Dunyazäd) pour raconter les différentes histoires des femmes d’Orient. Avec sa déclamation scolaire, elle sera le point faible du spectacle.

Pour la première scène, Shéhérazade nous emporte dans la perse mystique et poétique d’antan. Et c’est à la chanteuse de radif (corpus musical iranien) Sahar Mohammadi d’entrer sur scène. Accompagnée de ses musiciens, la divine iranienne a fait retentir sa voix à Bab Al Makina. Sur la porte, Pégase traverse les étoiles et on change d’ambiance. Direction les steppes de Mongolie, là où des cavalières et poétesses ont conquis les cœurs et les esprits.  Pour ce plateau, la chanteuse mongole Ösökhjargal a sublimé la scène avec son Khöömii un chant diphonique (une seule personne chante à deux voix : un bourdon et une mélodie) tout droit venu de Mongolie. La chanteuse marocaine Zinaib Afailal nous a guidé, quant à elle, vers Tatouan, une ville qui fait écho à Sayyida Al Hurra, princesse qui gouverna la cité au 16e siècle. Al Ala (musique andalouse) retentit sur fond d’un très beau mapping de la ville. Du côté du public (parfois brouillon), la pluie a créé quelques désagréments entre ceux qui ont des parapluies gâchant la vue à ceux qui serrent les rangs derrière.

Scène de Tétouan. © KO
Scène de Tétouan. © KO

 

Scène d'Azebaïdjan. © KO
Scène d’Azebaïdjan.. © KO

D’Azerbaïdjan à Tafraout, en passant par l’Ethiopie

Avec l’arrivée sur scène d’Ingie, un ensemble de joueuses de qanûn venues d’Azerbaïdjan, des colonnes de calligraphie perse ont projetées. Pour le second morceau du groupe, le décor change : une porte d’un palais de Samarcande (Azerbaïdjan) est mappé et la danseuse chinoise Mukaddas Mijit entre sur scène. La performance est sublime.

Ni une ni deux, on prend le voile direction l’Ethiopie ou une tribute est donnée à la reine de Saba -qui a gouverné un royaume qui s’étend du Yémen à l’Ethiopie. La température monte d’un cran avec la chanteuse éthiopienne Zewditou Taddese, qui nous a gratifié d’un twerk qui ferait pâlir de jalousie la rappeuse américaine Nicky Minaj. Elle est rejointe par Imebiet Tegegne, une danseuse éthiopienne. Les deux compères mettent le feu. La princesse ne reste pas impassible, elle applaudit vigoureusement. Après un passage en orient avec, entre autres, la chanteuse libanaise Abeer Nehmé, une troupe de femmes de Tafraout couvertes d’un unique et long voile doré fait leur entrée sur fond de bendir. Elles effectuent l’Addal, une danse de l’Anti-Atlas en chantant à la lueur d’un feu. Elles seront rejointes par la danseuse italienne Maristella Martella.

Après le passage de la chanteuse indienne Parvanthy Baul, «les mamas» des marionnettes géantes de femme d’Afrique s’introduisent au ralenti sur scène. Les mamas font un tour avant de s’éclipser. Sur fond d’un mapping psychédélique, le très célèbre morceau d’Abdessadek Chakara «Ya bint bladi» est interprété par Zinaib Afailal, Abeer Nehmé et Sahar cloue le spectacle. «Un Ciel plein d’étoiles» a ainsi donné un ton flatteur pour cette 22e édition du festival de Fès des musiques sacrées du monde.

Scène étoiles. © KO
Scène étoiles. © KO
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