Portrait. Mohamed El Krimi, le discret syndic de la Samir

L’expert-comptable, désigné syndic judiciaire par le tribunal, est chargé de superviser la liquidation de la Samir. Mohamed El Krimi devient ainsi l’un des principaux protagonistes du feuilleton de la raffinerie de Mohammedia.

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Mohamed El Krimi. Crédit : Toumi

L’expert comptable qui va piloter la procédure de liquidation judiciaire du raffineur — assortie d’un plan de continuation de trois mois — n’en est pas à son coup d’essai. Il a pratiqué la mission de syndic pendant douze ans en assistant plusieurs sociétés en difficulté aussi bien au Maroc qu’à l’étranger. Il a ainsi accompagné CIH, BCP et Paul dans leur processus de reprise. Mais, en 2007, il décide d’arrêter l’expertise judiciaire parce que ça lui “coûtait beaucoup de temps et d’argent”, nous confie-t-il. Sa récente désignation par le tribunal de commerce de Casablanca est donc une surprise pour lui. “Je ne savais pas que j’allais être désigné comme syndic pour Samir. Maintenant que c’est fait je ne peux qu’être favorable à cette décision”, assure-t-il. Il a pris ses fonctions le jour même de sa désignation.

Multi-diplômé

Né en 1951 dans la région de Khouribga, Mohamed El Krimi est expert agréé par l’État auprès des tribunaux depuis 1985. Il exerce également l’expertise judiciaire depuis 1988. Après une licence en économie à Casablanca, il part en France pour suivre une formation de 3e cycle et décroche un doctorat en sciences de gestion de l’université de Bordeaux I en 1983. La thèse qu’il développe est “la reprise des entreprises en difficulté”. Sur son cursus universitaire figure également un diplôme d’études approfondies (DEA) en droit public à Montpellier. Et ce n’est pas la seule corde à son arc. “Je suis formateur agréé en matière de médiation et d’arbitrage auprès de la Banque Mondiale. Je pratique aussi l’arbitrage et la médiation au sein de mon cabinet”, explique-t-il. Il gère actuellement le cabinet d’audit et d’expertise comptable Financial business consulting group, qu’il a créé en 1996. Au sein de la corporation, on lui reconnaît son dynamisme, mais on s’étend peu à son sujet.

Une ancienne histoire de carrières.

Discret, El Krimi a rarement été propulsé sur la scène médiatique. Avant la Samir, le nom de l’expert a néanmoins été cité dans une autre affaire : la fermeture d’Amal Carrière en 2005. El Krimi était l’un des associés de l’entreprise (Sograr) qui l’exploitait. La préfecture de Fahs-Anjra (wilaya de Tanger) a forcé Sograr à arrêter ses activités, sans donner d’arguments. Pas moins de 30 employés de Sograr se sont alors retrouvés au chômage. Et El Krimi, pour défendre son entreprise, n’avait pas hésité à faire quelques sorties médiatiques virulentes, dénonçant par exemple à l’Economisteune décision arbitraire” prise par les autorités provinciales “pour des raisons occultes”.

Optimiste ou utopiste?

Je reste persuadé que Samir est une société viable économiquement. Elle dispose d’une richesse économique et humaine considérable”, tempête El Krimi. D’après une source interne à la raffinerie de Mohammedia, le syndic aurait d’emblée évoqué la reprise de l’activité lors de la première réunion avec le management, tenue le 21 mars. Une ambition jugée démesurée par quelques experts financiers. “Entre les achats de pétrole brut, les charges financières et du personnel, il faut disposer de 3 milliards de dirhams par mois pour faire tourner la Samir à nouveau. Sans oublier que Samir n’a plus de marché pour écouler ses produits. Les distributeurs locaux concluent des contrats de 6 mois avec les importateurs”, relève notre source en interne. Mais rien ne semble décourager El Krimi : “Je suis et demeure optimiste. J’ai pour habitude de me battre jusqu’au bout”.

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