Quels robots pour l'Afrique demain?

Quels robots pour l'Afrique demain?

Et si pour une fois l'Afrique avait l'opportunité d'être aussi à la pointe de la technologie que l'Europe, l'Asie et l'Amérique du Nord?

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CHAPPiE, robot du film sud-africain éponyme réalisé par Neill Blomkamp. Crédit: DR

Et si pour une fois l’Afrique avait l’opportunité d’être aussi à la pointe de la technologie que l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord?

« Si Dieu a crée la terre en six jours, en robotique, il est encore cinq heure du mat’ », s’amuse Bruno Bonnel. Le serial entrepreneur et gourou français de la robotique rappelle ce que nous savions déjà un petit peu : la robotique est la révolution de demain. Mais le fondateur du fond d’investissement mondial « Robolition Capital », qui a réussi à lever 100 millions de dollars, nous confie son autre conviction : non seulement tout reste à faire, mais pour une fois, l’Afrique a une occasion de rouler des mécaniques.

C’est que « la belle au bois dormant qui se réveille » comme Bonnel surnomme l’Afrique, en est quasiment au même point que la plupart des pays développés : c’est à dire aux balbutiements.

Virage techno-logique

Ce 18 février, dans la salle de conférence de ce grand hôtel à Casablanca, il sont des centaines, essentiellement des jeunes, à s’être déplacés pour comprendre « comment la robotique va transformer l’économie africaine », thème de la soirée, animée par ce spécialiste multi-casquettes de l’industrie du numérique. Signe qui ne trompe pas : aucune place n’est libre, et aucune ne s’est libérée durant les deux heures de conférence.

Mais alors, science-fiction, comme s’amuse à dire une biochimiste qui a peur de laisser libre cours à une utopie ? Manque de moyens, s’inquiète pour sa part un étudiant subsaharien? Une lubie de pays riches, face à des besoins plus terre-à-terre, avance-t-on aussi ? Ces réflexions font sursauter l’entrepreneur qui décèle un « complexe » africain qui risque de nous faire « rater ce virage » déterminant. Un virage comme dans « V-Rally », simulation de voiture et bonne vente d’Infogrames, société européenne pionnière en jeux vidéo durant les années 1980, fondée par « BB » comme on le surnomme, et qui avait flairé le filon avant tous le monde.

« Il n’y a pas un territoire qui a le monopole de la robotique », s’époumone aujourd’hui l’auteur du livre « Viva la Robolition ». Il y a eu l’invention de l’outil, qui a amélioré la dextérité de l’Homme, puis celle de la machine, qui a servi à amplifier sa force et maintenant il y a la robotique, qui dope l’intelligence de l’être humain. Pour « BB », l’affaire est entendue : la robotique est la nouvelle révolution, après celle industrielle du 19è siècle.

En espèces sonnantes et trébuchantes -une pensée pour le robot R2-D2, ndlr-, la robotique dans le monde c’est déjà 30 milliards de dollars de chiffre d’affaire. Ce sera cent milliards en 2020 et le double, soit 200 milliards, en 2050. De quoi faire grincer les boulons de Blender, le robot grognon de la série Futurama.

Robot rock

Les pionniers en la matière sont le Japon et la Corée du Sud. Les Etats-Unis ont suivi, et l’Europe entre de plein pied dans la course.

En Asie, les robots sont plutôt humanoïdes car, pour ces nations à la population vieillissante et qui ont du mal à assimiler l’immigration, le besoin est de substituer des forces de travail au faciès rassurant d’humain. L’Europe et l’Amérique ont eux une vision industrielle de la robotique, pensée pour améliorer les process industriels des chaînes de montages déjà existantes, ou alors pour l’industrie des services.

Et l’Afrique dans tout cela ? « En Afrique, il y a une énorme opportunité car nous partons d’une feuille blanche », s’enthousiasme Bruno Bonnel. Un besoin à inventer certes, mais encore faudrait-il ne pas se tromper de robots. Vendre au Maroc des robots aspirateurs ultra perfectionnés n’est par exemple pas la meilleure idée business, selon Bonnel, dans la mesure où un employé de maison s’acquittera pour moins cher de cette mission,  mais penser aux besoins spécifiques des marchés, mettre au profit « l’ingéniosité » africaine de tous les jours, cela constitue une meilleur piste.

« Dans les pays africains, c’est surtout la réinvention des méthodes de production qui serait un axe important, ainsi que l’agriculture. Cela pourrait prendre la forme d’un robot qui économiserait l’eau et opérerait dans un désert pour y faire pousser des plantes. « On envoie bien des robots sur Mars, pourquoi pas dans le désert ?», compare Bruno Bonnel.

Les meilleurs robots du monde

Le Maroc qui avec Tanger Med dispose d’un des plus grands ports du continent, pourrait par exemple damner le pion à Singapour, en installant avant elle le premier port totalement automatisé grâce aux robots.

La future plus grande centrale solaire au monde, Noor, étalée sur un immense territoire visible depuis l’espace, à tout intérêt à se doter de robots de maintenance pour garder propres et fonctionnels ses immenses panneaux.

Ces technologies ne sont pas à acheter auprès de pays riches. La mauvaise nouvelle, c’est qu’ils n’en existe pas encore pour ces besoins spécifiques. La bonne nouvelle, en revanche, c’est que ce sera aux Africains et aux Marocains de les développer. « Il y a des ingénieurs marocains qui intègrent Stanford, Polytechnique, etc. Pourquoi ne créeraient-ils pas les meilleurs robots du monde ? », estime-t-il.

Cela d’autant que le Maroc a déjà un vivier de jeunes roboticiens, qui organisent des événements comme le Club de robotique de la faculté des sciences de Rabat ou encore le Moroccan Robotic Challenge sous l’égide de l’Ecole des mines.

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Pour l’heure, les travaux qui y sont menées ressemblent à ceux des premiers informaticiens. Avec comme un air de ressemblance avec ces passionnés qui ont donné naissance à la micro-informatique durant les années 1980.Rudimentaire? Non, une bonne nouvelle.

Et s’il suffisait d’y croire ? Bruno Bonnel nous raconte sa propre expérience, et les difficultés de l’entreprise innovante :

« Quand je suis allé voir les banques en 1983 pour fonder Infogrames, on m’a dit c’est quoi les jeux vidéo ? En 1995, quand j’allais voir les gens pour lancer la première société d’accès internet, Infony, on me disait c’est quoi Internet ? J’ai crée en 1999 la première chaîne de télévision dédiée au digital, Game One, on me disait alors c’est quoi le monde du digital ? Quand j’ai crée Robopolis en 2006, la première société de robots de service, les gens m’ont dit : la robotique ? Tu ne vas jamais y arriver. »

Et pourtant, la robolition est en marche.

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