Benkirane: "Le roi ne m’a pas dit qu’il nous aime, mais je suis sûr qu’il ne nous déteste pas"

Son rapport avec la monarchie et ses adversaires politiques mais aussi la longueur des barbe pjdistes et un discours rassurant. Benkirane est en campagne.

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Le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane.

Abdelillah Benkirane donne le ton pour cette année électorale en passant en revu l’évolution du PJD, les élections législatives, le rapport de son parti avec le roi et la place des « barbus » dans l’Islam.

PJD : De la répression à la tête du gouvernement

Benkirane introduit son allocution avec un bilan de ces 40 ans passées dans les rangs de la mouvance islamiste: « rappelez vous, on était en partie rejetés par la société, la police était à nos trousses mais grâce à Dieu, nous avons réussi à nous intégrer dans la société et le monde politique. Aujourd’hui on est à la tête du gouvernement (…) Nos ennemis voulaient qu’on échoue dans notre mission mais là aussi grâce à Dieu nous avons triomphé » dit-il avec satisfaction. « Je vous disais dans les années 1980 qu’on allait avoir des ministres et des ambassadeurs, c’est le cas aujourd’hui» raconte-t-il fièrement.

Le PJD et Mohammed VI

Au cours de son allocution, qui a duré plus de 1h30, Benkirane a parlé du rapport du roi au PJD. « Un jour, un journaliste m’a dit que Sa Majesté ne vous aime pas. Je lui ai alors répondu qu’il avait raison car il ne nous connaissait pas à l’époque et c’est ce qui est arrivé par la suite». Le chef du gouvernement reste cepedant mesuré en ajoutant « attention, il ne m’a pas dit qu’il nous aime, mais je suis sûr qu’il ne nous déteste pas »

De la taille de la barbe

Abdelillah Benkirane a aussi évoqué la question de la barbe dans l’islam dans le contexte actuel. « Nous avons opéré des révisions dans la manière de voir les choses. Et je le répète, ce ne sont pas des concessions mais des révisions. Par exemple la barbe, elle, n’a pas une grande place dans l’Islam » introduit-il. Et d’ajouter:  « je ne suis pas contre les personnes qui tiennent à l’apparence;  je ne suis pas non plus contre la sunna, mais chaque chose a sa place. Est ce que l’humanité a besoin d’un barbu ? ou des habits longs ? L’humanité a besoin d’écoute, d’attention, de personnalité comme le compagnon du prophète Omar » explique-t-il avec vigueur.

Benkirane et la domination

Benkirane rassure ses potentiels adversaires pour les prochaines élections législatives qui se tiendront en octobre 2016: « notre parti ne veut pas dominer, ce n’est pas notre but  ».

En s’adressant aux militants du parti, il dit « votre prestation au jour d’aujourd’hui est impeccable, mais je ne veux pas que vous dominiez. De la domination découle la tyrannie ». Le chef du gouvernement verse dans la rhétorique religieuse en disant que « la seule victoire dans la vie, c’est d’éviter l’enfer »

Humour, saillies et petites phrases assassines

Bien qu’il ait annoncé ne pas vouloir parler « de ces gens là » (comprendre principalement ses ennemis jurés du PAM), le chef du gouvernement n’a pas pu s’en empêcher. Le chef du PJD a confié apprécier l’ancien secrétaire général du PAM, Mustapha Bakkoury, « un homme gentil » qu’il « aime beaucoup ». Benkirane raconte même en rigolant qu’il l’a déjà invité à rejoindre le PJD, ce à quoi Bakkoury a répondu « un jour on devrait monter tous les deux un parti ». Brièvement, il a évoqué le cas du SG du parti de l’Istiqlal, Hamid Chabbat. « Il a fait un virage à 180 degrés et a déclaré qu’il allait s’allier avec le PJD. On espère qu’il va tenir parole ».

En réponse à une question d’un militant PJD sur la récente nomination de Khadija Rouissi au poste d’ambassadrice du Maroc au Danemark, le chef du gouvernement -qui a eu au passé différentes altercations avec la députée PAM et militante- a répondu avec son humour (parfois douteux) comme le rapporte Alyaoum24 « où est le problème ? Elle défend les libertés individuelles, elle va au Danemark au cœur de tout cela, elle verra bien khizou mahlah (que l’on pourrait traduire sommairement par « les difficultés qui attendent ») ».

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