« Thé de la fraternité » : opération portes ouvertes dans les mosquées de France

En France, une centaine de mosquées ont ouvert leurs portes aux non-musulmans les 9 et 10 janvier lors d’une opération baptisée « thé de la fraternité ».

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Des participants à un "Thé de la fraternité" dans une salle de prière musulmane d'Ajaccio. Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP

C’est la première fois qu’une telle journée est organisée à cette échelle en France. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) avait appelé les mosquées de France à accueillir les non-musulmans les 9 et 10 janvier, afin de faciliter les rencontres, les échanges et partager un « thé de la fraternité ».

L’opération n’a pas concerné l’intégralité des 2500 mosquées et salles de prières du pays, mais la plupart des lieux importants — telle la Mosquée de Paris habitué à le faire. Selon le président du CFCM Anouar Kbibech, plusieurs centaines d’entre elles se sont mobilisées dans toute la France.

« Peur de déranger »

La presse française a multiplié les reportages dans les mosquées participant à l’opération, décrivant des visiteurs curieux échangeant avec des fidèles soucieux de répondre aux questions. Joëlle et Michel se sont rendus à la mosquée Vigneux-sur-Seine (Essonne) où ils ont été interrogée par une journaliste de Libération : « Nous avons l’habitude de rentrer dans les églises, car nous y avons nos marques. Mais pour les mosquées, nous n’osons pas trop parce qu’on a peur de déranger, parce que nous ne savons pas non plus si elles sont ouvertes à tout le monde ».

Mohamed Azaroual, vice-président de l’association Annour qui gère la mosquée d’Orléans (Centre) témoigne au Monde : « Au fur et à mesure qu’on se connaît, on s’aime. Il faut donc ouvrir nos portes, mais aussi interpeller les musulmans sur la nécessité de s’ouvrir aux autres. »

« Chez nous, c’est ouvert tout le temps »

En Gironde, aucune mosquée n’avait prévu de suivre le mouvement. Une position qu’explique l’imam de la mosquée de Cenon et président de l’association des Musulmans de la Gironde, Mahmoud Doua, auprès du quotidien régional Sud Ouest. « L’ouverture des mosquées, on la fait toute l’année. Nous organisons des rencontres tous les mois entre l’islam et les collèges et lycées. Nous avons accueilli 1200 élèves l’an dernier, c’est-à-dire 1200 familles. Pour nous, l’ouverture est quelque chose d’évident, pas quelque chose que l’on décide après des attentats, dans un climat de peur. C’est regrettable d’attendre un climat de peur pour ouvrir les mosquées. Nous n’avons rien contre, mais c’est la façon de faire qui ne convient pas. Chez nous, c’est ouvert tout le temps ».

La concurrence des soldes

Pour Anouar Kbibech, « cette première journée est une opération réussie, tant du côté des mosquées, que celui des visiteurs ». Chaque mosquée aurait reçu la visite de plusieurs centaines de personnes — entre 100 et 300 — de toutes religions confondues, et ce malgré la concurrence du premier week-end des soldes. La vraie réussite, c’est peut-être ce symbole fort envoyé par les fidèles d’Ajaccio (Corse). Leur salle de prière a été saccagée le 24 décembre au soir par des manifestants. Mais ce week-end, les portes étaient ouvertes pour partager un « thé de la fraternité ».

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