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Ikea: Les zones d'ombre du projet

Faux départ pour la zone commerciale de la ville nouvelle de Zenata. Le report de l’ouverture du magasin Ikea répond-il à des impératifs autres qu’administratifs? Retour sur les zones d’ombre du projet.

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Crédit: AA.

Que se passe-t-il dans la zone industrielle de Zenata? L’inauguration du magasin Ikea, tant attendue, est en stand-by depuis le 29 septembre. Officiellement, la direction d’Ikea Maroc attend les autorisations administratives nécessaires, tout en évitant de répondre aux questions des médias. Mais le silence dans lequel se sont emmurés les dirigeants pourrait cacher un problème bien plus sérieux. Le torchon brûlerait-il entre les actionnaires du pôle commercial de la nouvelle ville de Zenata et Al Homaizi, dirigeant de SYH Morocco, détenteur de la carte Ikea pour le Maroc?

Les enjeux d’un appel d’offres

La genèse du projet de développement du pôle commercial de la zone de Zenata donne un éclairage précieux sur les enjeux actuels. En 2011, la Société d’aménagement de Zenata (SAZ), filiale de la Caisse de dépôt et de gestion, bras financier de l’Etat, lance un appel à manifestation d’intérêt international pour le développement d’une surface locative de 92 000 m². Quatorze candidats soumissionnent. A l’époque, les milieux d’affaires se font déjà l’écho de l’arrivée imminente de l’enseigne d’ameublement suédoise Ikea. « Le groupe koweïtien Al Homaizi avait à maintes reprises tenté d’implanter la franchise au Maroc. Le patron Salah Al Homaizi avait même été arnaqué suite à l’acquisition d’un terrain », explique une source qui a assisté aux négociations. Notre source poursuit: « Il subissait une grande pression de la part d’Ikea Suède. L’enseigne menaçait de lui retirer la carte sur la région MENA s’il n’opérait pas une ouverture de surface de vente ». Al Homaizi profite de l’opportunité marocaine et répond à l’appel d’offres. En 2012, il crée SYH Morocco, une société de droit marocain, entité qui porte encore aujourd’hui le projet Ikea Maroc. Une source auprès de la CDG se rappelle: « Marjane Holding soumissionnait avec le Portugais Sonea Sierra. De son côté, le groupe Al Futtaim déposait une offre, en s’appuyant sur l’implantation d’Ikea à travers son partenaire Al Homaizi ». La filiale du holding royal, séduite par le projet d’Ikea, aurait négocié pour l’intégrer dans son projet. Pour y arriver, Al Futtaim devait également intégrer l’opération, car des liens forts unissent les deux groupes du Golfe. L’Emirati Al Futtaim construit des malls dans lesquels le Koweïtien Al Homaizi implante des magasins Ikea.

Le roi, Al Futtaim et les autres

Il faudra attendre décembre 2013 pour que les choses s’éclaircissent. Le 10 décembre 2013, SYH Retail, filiale du groupe Al Homaizi, rompt le silence. Elle confirme son intention d’intégrer le marché marocain pour y installer le premier magasin Ikea. S’agissant de l’emplacement, la direction marketing reste évasive: « Nous étudions toujours différentes options de lieux et de sites. Il n’y a aucun lieu, ville ou site décidés pour le moment ». Dix jours plus tard, le consortium qui a remporté le projet de pôle commercial est dévoilé à travers une communication officielle de la part de la Société d’aménagement de Zenata. Il s’agit de Marjane Holding, du groupe Al Futtaim et du Portugais Sonae Sierra. Cette joint-venture a pris la forme d’une société, Zenata Commercial Project SA, dotée d’un capital social de 300 000 dirhams. L’enseigne de grande distribution de la SNI possède 39,5% des parts et doit édifier un hypermarché estampillé Marjane sur une superficie de 8350 m2. Le groupe émirati, Al Futtaim, gros investisseur au Moyen-Orient, est actionnaire à égalité avec Marjane Holding. Le nom d’Al Futtaim marque les esprits. Deux mois auparavant, le roi Mohammed VI était l’invité de Cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan, émir d’Abu Dhabi. Dans l’émirat, il visite notamment un méga-mall édifié par la famille Al Futtaim. C’est dire les liens existants entre cette famille et la monarchie marocaine. L’autre partenaire du consortium, le Portugais Sonae Sierra, détient quant à lui 11% des parts. Il est censé apporter son expertise dans le développement et la gestion des centres commerciaux. Les 10% restants sont réservés à SAZ, qui se charge «uniquement de l’aménagement de la ville nouvelle: infrastructures, routes, voiries », précise Mohamed Amine El Hajhouj, directeur général de l’entité. Et de poursuivre que « nous menons également des discussions avec l’agence urbaine pour le plan urbanistique. Mais la tête de file du projet revient à Marjane Holding ».
A l’annonce des résultats de l’appel d’offres, la communication officielle signale un investissement de l’ordre de 1,2 milliard de DH. Il est également fait mention explicitement du projet de magasin Ikea, sans pour autant indiquer le nom du porteur du projet. SYH Morocco et son propriétaire, le Koweïtien Salah Al Homaizi, ne sont cités à aucun moment. En revanche, des médias étrangers ont souligné à l’époque la présence de ce dernier, à Casablanca, aux côtés notamment de Omar Al Futtaim et Mohamed Lamrani, ex-PDG de Marjane Holding, durant la cérémonie de présentation du consortium. Al Homaizi y est présenté comme partie prenante dans la joint-venture en tant que franchisé d’Ikea pour le Maroc.

Une zone à la dérive

Le chantier est alors sur les rails, jusqu’à sa brusque interruption le 29 septembre dernier, quand la société SYH Morocco est sommée d’annuler la cérémonie d’inauguration de son magasin Ikea. Motif: elle ne disposerait pas des autorisations administratives nécessaires. Une attestation de conformité que les membres du consortium auraient omis de réclamer aux autorités communales.«Il revient au consortium propriétaire des murs du magasin Ikea de remplir cette formalité. L’entreprise d’Al Homaizi n’en est que le locataire », nous explique un source proche du dossier. Du côté de la préfecture de Mohammedia, il est précisé que« l’architecte en charge du projet ne s’est manifesté qu’une semaine avant la date d’inauguration. L’arrêt des festivités résulte du retard enregistré dans le déclenchement de la procédure ». Le doute est permis, car les membres du consortium ne semblent pas méconnaître les rouages administratifs. L’affaire d’Etat entre le Maroc et la Suède devient alors un argument: Ikea ferait l’objet d’une décision de boycott national. Mais loin de la politique et de la diplomatie, la sphère financière s’interroge sur les engagements financiers des actionnaires dans cette opération. Il se trouve que le montage juridique lié au projet Ikea n’est pas complètement verrouillé. Contactés par TelQuel, ni Marjane Holding, ni le groupe Al Futtaim, ni SYH Morocco n’ont répondu à nos sollicitations. Mais, sous couvert d’anonymat, une source proche du dossier confie : « Des négociations entre les membres du consortium et SYH Morocco sont en cours. Les parties cherchent à définir les parts de chacun dans le fonds de commerce du magasin Ikea ». Une chose est sûre néanmoins: les différends au sein du consortium entraînent également un retard pour le développement du reste du pôle commercial de Zenata. Alors que la commercialisation des locaux devait commencer en 2014, leur construction n’a toujours pas débuté.

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