Assid : "Nous n'avons plus droit à l'erreur sur l'Amazigh"

Ahmed Assid affirme que l’enseignement de la langue amazighe est le principal secteur qui permettra l’application de la loi organique.

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Ahmed Assid. Crédit: DR

Comme le stipule la constitution, le gouvernement doit voter l’ensemble des lois organiques que compte la loi fondamentale avant la fin de la première législature. Le roi Mohammed VI l’a clairement rappelé, lors du discours inaugural du parlement vendredi 9 octobre, citant parmi les lois encore en souffrance celle sur la langue amazighe. Pour Ahmed Assid, militant et membre de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), l’officialisation de cette langue est désormais une urgence.

Telquel.ma : Comme le stipule la Constitution, la loi organique relative à la langue amazighe va être adoptée durant cette dernière année de la législature. Pourquoi à votre avis ce chantier a pris autant de temps ?

Ahmed Assid : La monarchie ne permet pas aux partis de légiférer ou de décider sur certains sujets sensibles comme le Sahara, la femme, l’islam et la langue amazighe. Les partis politiques se sentent obligés d’attendre des signaux de la part de la monarchie qui annonce le début du travail sur certains dossiers. Le gouvernement avait peur de s’approcher de ce dossier. Le dernier discours du roi est un des signaux pour que commence le travail.

Ce monopole de la monarchie dans certains dossiers est dû au caractère conflictuel du dossier de la langue amazighe. En l’occurrence, les adversaires de cette langue sont le PJD et les associations qui lui sont proches et les panarabistes.

Ce monopole a deux facettes, la première est négative puisqu’elle consacre un attentisme sur ce dossier. L’autre est positive, car elle permet des équilibres nécessaires pour ne pas revenir sur les acquis enregistrés par le mouvement culturel amazigh de 2001 à 2011.

Pensez-vous que le délai qui reste pour le vote de cette loi organique est réaliste ?

C’est sûr qu’ils ont perdu beaucoup de temps. Je ne sais pas quel est le degré de préparation de cette loi organique. J’ai entendu dire que le secrétariat général du gouvernement a conduit des consultations sur le sujet, mais je n’ai pas de détails.

Fin 2012, la chambre des conseillers a organisé une journée d’étude sur l’officialisation de la langue amazighe, une journée à laquelle nous (associations amazighes, ndlr) étions invités afin de donner notre avis sur la question. J’espère que tout cela servira utilement à combler ce retard enregistré.

Après le vote de cette loi organique, l’Amazigh va rentrer dans la vie institutionnelle du pays. On peut légitimement penser que ça va se passer d’une façon graduelle. Quels sont pour vous les domaines les plus urgents ?

L’enseignement est la base de la réussite de ce chantier et donc la priorité. Depuis 2003, l’enseignement de l’Amazigh dans l’école publique a commencé, mais  n’a pas été pris au sérieux. Maintenant avec cette future loi, nous n’avons plus le droit à l’échec, sinon d’où viendront les cadres dans l’ensemble des institutions qui seront appelés à utiliser l’Amazigh comme langue officielle :  la justice, les médias, l’administration territoriale, la santé… le réussite de l’enseignement de l’amazighe est la garantie de sa réussite dans tous les autres domaines.

Pour cela, il faut que la loi  fixe des dates et des échéances pour la généralisation de l’enseignement de l’amazigh. Par exemple, fixer 2020 comme une date pour la généralisation de cette langue dans le cycle primaire, 2025 pour le collège, et 2030 pour le lycée. Sans des échéances claires, cette loi ne servira à rien.

Il faut aussi que cette loi force au respect des cahiers de charge dans le domaine des médias en donnant un temps respectable dans les médias à cette langue.  Même chose pour la justice, pour que les conditions du procès équitable soient enfin réunies pour ceux qui ne comprennent pas l’arabe. Sur les façades des institutions,  les panneaux de signalisation.

 

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