Un ex-passeur marocain de migrants livre son histoire

Le site d’information Rue89 livre le témoignage d’un marocain ex-passeur de migrants, entre le royaume et l’Europe.

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Un Subsaharien regarde au large
Photo d'illustration. Crédit : Clair Rivière

Dans un long témoignage accordé au site Rue89, un passeur marocain « Malik » (son nom a été changé), se livre sur son activité. Condamné à cinq ans d’emprisonnement pour trafic d’êtres humains en Espagne, via la douane de Melillia, ce dernier explique comment il en est arrivé là.

Le site d’informations français Rue 89 revient sur son parcours : né d’une famille aisée de Nador,  Malik suit des études, aide son père dans l’entreprise familiale et cultive même des terres agricoles.

Une situation confortable qui ne laissait pas présager cette expérience de « passeur. » L’homme explique qu’à l’âge de 32 ans, « un patron africain » est venu le voir pour lui demander de « combiner » avec lui : « Il me proposait 1 000 euros par tête passée du côté de Melillia. Eux demandent 5 000 aux clandestins, 1 000 pour traverser par la mer. J’ai alors acheté une première voiture. La première fois, ils étaient deux, j’ai pris 2 000. J’avais les jambes qui tremblaient, mais c’est comme tout, on s’habitue » confie-t-il.

« J’ai chargé les deux personnes à Nador, ils se sont allongés sur la banquette à l’arrière. Il ne fallait pas qu’on les remarque. Ici, des Noirs avec des Marocains c’est louche. Près de la frontière, j’ai garé la voiture dans une forêt et les ai laissés seuls avec leur bouteille d’eau, le temps que je jette un œil. Je les ai camouflés, et je suis passé tranquille», détaille-t-il.

L’attrait de la grande vie luxueuse. Voici ce qui motivait Malik à poursuivre son activité illégale. Il explique, au cours du témoignage, les méthodes utilisées pour faire passer des migrants du Maroc jusqu’en Espagne. Sa spécialité sera de cacher les clandestins dans une voiture, dans des compartiments près du moteur et sous les banquettes. « Moi ma spécialité, c’était le moteur. Les jours de queue au poste de frontière, je coupais le contact et poussais la voiture, pour limiter la chaleur. Je pensais toujours à eux. J’ai parfois camouflé jusqu’à trois personnes. »

Au cours de son témoignage, Malik se défendra de tout acte mal attentionné, sans nier pour autant le côté illégal de la chose : « Je savais que ce n’était pas normal de cacher des gens dans le moteur d’une voiture, mais je ne voyais pas le mal. Je faisais ça pour les aider. »

Du stress au moment de passer la douane, à la récompense financière pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros, le passeur revient sur toutes les phases de son « métier » si particulier. « Je connaissais les visages des douaniers qui laissent passer facilement. Entre ceux qui reviennent de Melillia et les patrons qui rôdent, nous avions la possibilité de savoir si le passage était risqué ou pas…. Le moment de soulagement, c’est quand le douanier te dit pasa jéfé (tu peux passer, chef). 

Entre période de travail et soirée cocaïne

Rue 89 rapporte que pendant plus de dix ans, le marocain alternait les périodes de « travail », où il passait 1 à 2 fois par semaine le poste de contrôle et les « vacances » pendant lesquelles il dépensait tout son argent en soirées et cocaïne.

Au printemps 2013, Malik se fait prendre par un douanier vigilant. À bord de sa voiture, Malik passe sous un appareil de détection de pulsations, comme le rapporte le média français. La présence de Mamadou, 19 ans est ainsi détectée. Malik sera conduit au poste de la Guardia Civil de Melillia, où il passe la nuit.

Directement traduit devant le tribunal, il passe 3 mois en détention provisoire dans la prison de Melillia. Il est ensuite condamné à quatre ans de prison ferme, et envoyé purger sa peine en Espagne, à Coruña. Au bout de deux ans, il sera relâché et vit actuellement à Strasbourg, en France, auprès de son frère.

Malik veut désormais régler sa situation et travailler légalement. Il assure à Rue89 que le trafic d’humains est derrière lui. Avant de retourner à ses nouvelles occupations, Malik confiera au média français que selon lui, « les Africains qui contrôlent la plaque tournante du trafic dans le nord du Maroc sont des patrons subsahariens, venus des mêmes régions que ceux qu’ils extorquent. »

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