Vins: la place du Maroc dans la concurrence africaine

Afrique du sud, Tunisie, Ethiopie, Nigeria et autres pays du continent produisent leurs vins. Où se situe le Maroc dans la concurrence à l’export ?

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Vigne dans la région de Meknès. Crédit : Raoul Rives/Wikipedia.

Si l’Afrique du sud reste le premier producteur de vin en Afrique (et 7ème au niveau mondial), le continent compte une quinzaine de pays producteurs. Le secteur est en pleine croissance. Entre 1998 et 2008, la production, en hectolitres, a augmenté de 30 % (et 50 % hors Afrique du sud) d’après l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV). Le Maroc, qui exporte environ 1/6ème de sa production, a des concurrents, plus ou moins sérieux (historiques ou plus jeunes).

Pays Superficie (1 000 ha) Production (1 000 hL) Exportations (1 000 hL)
Afrique du sud 131 9 726 3 574
Algérie 77 627 8
Egypte 70 43
Maroc 48 333 54
Tunisie 22 244 37[/encadre]

                                                                                      Source : OIV

S’il produit moins que l’Algérie, le Maroc est deuxième exportateur en Afrique. L’enjeu est important pour l’économie des pays. Non seulement, ils doivent faire face à la hausse de la demande intérieure (de la part des touristes et de la classe moyenne supérieure), mais espèrent bien en profiter pour exporter leurs vins. Du coup, si la création de ces domaines émane d’initiatives personnelles, elles ont souvent le soutien des autorités.

Les gouvernements s’en mêlent

En Ethiopie, c’est même le gouvernement qui a décidé de développer ce secteur. Le pays produit du vin depuis plusieurs années à travers l’entreprise Awash Wine, qui vend 8 millions de bouteilles chaque année, sous les marques Axumit, Gouder et Kemila. Mais le pays voit maintenant plus grand. Un projet ambitieux a été lancé en 2007 par le gouvernement et le français Pierre Castel, qui fabrique déjà de la bière en Ethiopie (et du vin au Maroc). D’après les propos rapporté par la Radio France internationale, le gouvernement ambitionne même de concurrencer la production sud-africaine.

Selon les chiffres de 2014 donnés par l’hebdomadaire Jeune Afrique, il sort de cette nouvelle cave 1,1 million de bouteilles par récolte. Et une partie de la production est bien exportée. Des Chinois en réservent un peu moins d’un tiers. La diaspora éthiopienne, installée en Amérique du nord notamment, en achète également. Et Castel exporte aussi vers d’autres pays du continent comme Djibouti, le Kenya, la Tanzanie ou le Nigeria. « Pour l’export, c’est encore modeste actuellement mais année après année ou mois après mois les ventes vont croître très rapidement », expliquait confiant à l’AFP en août 2014 Olivier Spillebout, responsable du vignoble Castel en Ethiopie.

la Tunisie, concurrente à l’export

Namibie, Tanzanie, Kenya… une poignée de pays se lancent progressivement dans la viticulture. Mais si l’on regarde les chiffres, à l’export, les vins marocains sont pour le moment surtout en concurrence avec les breuvages algériens et tunisiens. En Algérie, de la production à la commercialisation, l’essentiel des vins émane du secteur public, à travers l’Office national de commercialisation des produits vinicoles. Dans les années 1970, de nombreux hectares ont été arrachés sur demande des pouvoirs publics pour la réorientation des terres vers d’autres productions. Donc l’Algérie est encore loin des 22 millions d’hectolitres produits et exportés dans leur quasi-totalité au cours des années 1930, mais la filière se redresse, explique le site d’actualité économique Econostrum.

La Tunisie, dont les exportations sont principalement à destination de l’Allemagne et de la France, possède sept Appellations d’origine contrôlée (AOC), parmi lesquelles celle du Tébourba ou Sidi Salem. On retrouve les mêmes cépages qu’au Maroc : Chardonnay, Cabernet Sauvignon ou Syrat par exemple. Certains sont vendus jusqu’au Brésil et à Hong Kong, mais au total, les chiffres des exportations sont encore derrière ceux du Maroc.

Pour sa part, le royaume compte désormais 14 Appellations d’origine garantie (AOG), cultivées essentiellement dans l’arrière-pays de Casablanca et vers Meknès. Parmi eux : Boulaouane (6 millions de bouteilles par an), Benslimane, Berkane, Guerrouane… La seule AOC (appellation d’origine contrôlée) est celle des Coteaux de l’Atlas, produit par Brahim Zniber. Selon des chiffres non officiels relayés par France TVInfo, l’activité viti-vinicole dans le royaume a généré en 2011 des recettes fiscales de plus de 128 millions d’euros. Et emploie entre 17.000 et 20.000 personnes.

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