Sara El Bekri, la nageuse marocaine multi médaillée lâchée par le Maroc

Cela fait trois ans que Sara El Bekri réclame son argent à la Fédération royale marocaine de natation (FRMN). La structure lui devrait la modique somme d’ 1,38 million de dirhams. Explications.

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Sara El Bekri aux Jeux panarabes de Doha en 2011. Crédit : KARIM JAAFAR / AFP

Au Maroc, trois organismes sont susceptibles de rémunérer les athlètes en fonction de leurs performances à l’international : le ministère de la Jeunesse et des sports, les fédérations, et le comité national olympique marocain (Cnom). Des barèmes précisent les montants. Sara El Bekri, cette Casablancaise qui a commencé la natation à neuf ans un peu par hasard parce que ses parents vivaient à côté du complexe Mohammed V, a multiplié les titres ces dernières : six médailles au championnat d’Afrique de 2010, dix médailles aux Jeux panarabes de Doha de 2011, sans compter plusieurs records nationaux entre 2004 et 2012. Elle a aussi participé aux Jeux Olympiques de Pékin de 2008 et à ceux de Londres en 2012. Mais l’athlète n’a toujours pas été rémunérée, comme le prévoient pourtant les procès verbaux et décrets des institutions.

En 2012, elle a commencé à s’en inquiéter auprès de la fédération royale marocaine de natation, chargée de recevoir l’argent des différentes structures et de le reverser aux athlètes. « La fédération m’a répondu qu’elle n’avait pas encore reçu la totalité, qu’elle attendait de tout recevoir pour me distribuer les primes », nous explique Sara El Bekri. Pourtant, d’après les preuves écrites du ministère et la confirmation orale du Cnom, l’argent qui lui est destiné a bien été transféré à la fédération. « L’argent en question existe bien. Donc il y a des choses à éclaircir », réclame la sportive.

Une carrière avortée

Triste histoire quand on sait qu’elle s’accompagne d’un désengagement plus global de la fédération à son égard, à peu près depuis le changement de présidence. « Lors de la préparation des JO de Pékin, nous avions une relation de confiance. Je ne recevais pas la totalité des primes rapidement mais elles étaient là si j’avais vraiment besoin de fonds pour le matériel ou les stages. Nous nous étions mis d’accord sur un projet sportif entre 2009 et 2012. Mais maintenant plus rien ». La Marocaine promise à un grand destin sportif a donc arrêté toute compétition. « Depuis 2012, à aucun moment nous avons parlé d’un projet. Je n’ai jamais eu l’ambition de vivre de la natation [diplômée d’une école d’ingénieur, elle est maintenant  salariée, ndlr] mais si j’avais eu un soupçon d’intérêt, j’aurais tenté ma chance pour aller à Rio. Je ne vois pas pourquoi me battre contre des moulins à vent », regrette la jeune fille.

Et maintenant c’est trop tard. A la question de savoir si elle pourrait reprendre le chemin des bassins si elle recevait enfin ses primes, l’athlète est claire : « Cela fait trois ans que je ne suis plus dans les circuits. Je ne sais pas si j’aurai la force mentale, tout en sachant que je peux à tout moment ne plus avoir d’appui ».

Absence de soutien des sportifs au Maroc

Est-ce que son histoire personnelle est anecdotique ou illustre le manque d’intérêt que le Maroc accorde à ses sportifs de haut niveau ? Pour Sara El Bekri, cela ne fait aucun doute : « Normalement, les fédérations doivent être au service des athlètes qui sont eux-mêmes au service de leur sport et de leur pays, et non l’inverse. Normalement, on demande aux sportifs de nager, de courir, et le reste devrait aller tout seul. Mais ce n’est pas le cas ». Elle ajoute : « C’est symptomatique du pays. Il faut toujours qu’il y ait une instance supérieure qui tape du point sur la table ».

Sara El Bekri ne veut pas passer pour une profiteuse : « Je n’ai jamais exigé qu’il y ait des primes. C’est le ministère et la fédération qui l’ont décidé, il ne fallait pas le promettre ». Et la jeune fille ne serait sans doute pas la seule. Si elle n’a plus vraiment de contact avec ses anciens camarades de bassin, beaucoup n’avaient toujours pas été payés des Jeux panarabes de 2010 et 2012, mais des sommes beaucoup moins importantes étaient en jeu.

De son côté, la FRMN se défend. Son président Driss Hassan, en poste depuis mai 2014, répèrte que « la fédération est gérée par un budget », avant de reconnaître qu’ « il n’y a plus d’argent dans les caisses ». Pour lui, la responsabilité incombe à l’équipe précédente , avant de mettre le doigt sur le fait que le père de Sara El Bekri était lui-même secrétaire général de la fédération à cette époque. « Mon père s’est retiré en 2012, année à laquelle je suis allée voir le vice-président de l’époque. Or, cette personne est toujours dans l’équipe dirigeante actuelle. Comme c’est une institution il devrait y avoir une continuité, et en plus il y a bien des membres de l’époque qui sont toujours en poste ».

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