Elalamy: « Peugeot-Citroën a été convaincu par notre écosystème industriel »

Elalamy: « Peugeot-Citroën a été convaincu par notre écosystème industriel »

Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'Industrie, du Commerce, de l'Investissement et de l'Économie numérique répond aux questions de Telquel.ma sur l’installation de l’usine PSA Peugeot-Citroën dans la zone franche de Kénitra.

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Crédit : DR / PSA

Comment a eu lieu le rapprochement avec PSA ?

Dans le cadre du plan d’accélération de l’industrie, le ministère a défini une stratégie particulière pour le secteur automobile. Elle se base sur les acquis dont dispose le Maroc, notamment son tissu d’écosystèmes industriels. Nous avons donc défini une liste de cibles à rencontrer pour leur expliquer l’état de l’industrie au Maroc et les intentions du pays pour la développer. Le président de PSA en faisait partie. Il y a un peu plus d’un an, nous avons eu l’occasion de lui présenter notre stratégie et de trouver des intérêts communs.

PSA, en la personne de son président Carlos Tavares, a-t-il été facile à convaincre ?

Un opérateur économique n’est jamais facile à convaincre. Il faut qu’il trouve un intérêt au marché, une croissance potentielle pour son entreprise ou son pays. J’ai le sentiment que ce qui l’a le plus interpellé, c’est la capacité de production et le savoir-faire des 200 équipementiers qui travaillent déjà pour Renault et pour l’international. Cette logique d’écosystème au Maroc est aussi le moyen de procéder de PSA. Le second élément, c’est le positionnement du Maroc par rapport au marché africain et moyen-oriental qui sont des marchés importants dans la stratégie actuelle de Peugeot.

L’installation de Peugeot va-t-elle profiter au réseau de sous-traitants déjà existant ou favoriser la création de nouvelles entreprises ?

Je pense que ça en créera d’autres. Elles se créent d’ailleurs sans même l’installation de Peugeot, donc ça devrait encore accélérer le processus. Avant même l’arrivée de Peugeot, nous avons structuré le secteur avec la fédération de l’automobile, de façon à démultiplier la capacité de production de pièces. En structurant, nous nous sommes rendu compte qu’en réunissant des pièces produites au Maroc on obtenait des parties entières de véhicule. C’est un vrai plus pour l’exportation.

Lorsque Renault s’est installé à Tanger, l’investissement total de 700 millions d’euros a été supporté à 48 % par la caisse de dépôt et gestion (CDG). L’enveloppe pour l’installation de Peugeot s’élève à 557 millions d’euros, mais la CDG n’investit qu’à hauteur de 5 %. Pourquoi une telle différence ?

C’est que l’exemple de Renault a été un succès total. Renault a d’ailleurs racheté des parts auprès de la CDG et se retrouve aujourd’hui dans une situation à 95 %. L’investissement de la CDG était une manière de mutualiser les risques de l’investissement entre le Maroc et Renault. J’ose espérer que l’exemple de Renault prouve que de telles précautions ne sont plus nécessaires.

L’Algérie est-elle un concurrent sérieux ?

Tous les concurrents sont sérieux. Le marché algérien est un marché substantiel, donc les constructeurs vont souvent s’y installer pour produire localement. C’est déjà le cas de Renault par exemple. Mais en Algérie, tout investisseur ne peut pas détenir plus de 50 % d’une société. À l’inverse, au Maroc, depuis plusieurs décennies, on peut détenir son entreprise à 100 %, dégager des plus-values et rapatrier le capital dans son pays. Ce sont des avantages qu’il n’y a pas dans tous les pays du monde. Nous sommes deux pays frères qui auraient pu travailler dans la complémentarité sur usine unique, mais les frontières ne sont pas ouvertes.

Le roi a présidé une séance de travail consacrée à la coordination du plan d’action pour la venue de PSA. Quelle était la teneur de cette réunion ?

Le roi a suivi ce projet dès les premiers instants. Ce sont des projets stratégiques qui transcendent le mandat d’un ministre. Une mandature dure le temps d’une législature. Or, l’engagement que l’on peut prendre avec des constructeurs court sur plusieurs décennies. Les constructeurs ont besoin d’être rassurés sur le fait qu’ils sont les bienvenus dans le pays et que les engagements tiennent sur le long terme. Sa majesté a donc voulu s’enquérir des dernières évolutions du projet avec PSA et donner ses orientations pour la mise en place du port dans les plus brefs délais et dans le respect de l’environnement. C’est un dossier qui est suivi au plus haut sommet de l’état et le sera jusqu’au démarrage de l’usine.

Qui seront les prochains constructeurs ?

Dans le business, avant l’heure ce n’est pas l’heure, après l’heure c’est plus l’heure. Tant qu’une affaire n’est pas signée, toutes les raisons du monde peuvent conduire à ce qu’elle ne se réalise pas. Et inversement, j’ai vu des affaires qui ne devaient pas se faire et qui, au dernier moment, retrouvaient le chemin de la concrétisation. Nous ne pouvons pas vous parler des autres constructeurs tant que ce n’est pas officiel. Mais nous travaillons en ce moment même avec de gros acheteurs internationaux, qui réfléchissent à la possibilité de faire du sourcing au Maroc, au moins autant que Ford. On parle tout de même de sourcing à 600 millions de dollars par an. Nous sommes en contact permanent avec des constructeurs de tous bords, asiatiques, américains, européens. Nous discutons avec tous ceux que nous pensons être en mesure d’être intéressés par la compétitivité que nous pouvons offrir.

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