Des militantes africaines partagent leur combat à Essaouira

Un forum sur les femmes en Afrique était organisé lors du festival d'Essaouira. Un concentré de paroles militantes.

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Irabiha Abdel Wedoud, de Mauritanie. Crédit : Rachid Tniouni.

Depuis quelques années, le Festival d’Essouira Gnaoua musiques du monde ne se résume plus à la musique puisqu’il propose un lieu de débat : le forum. Intitulé cette année « Femmes d’Afrique, créer, entreprendre », il a accueilli une quinzaine d’intervenantes venues parler de leur expérience de militante, aussi bien dans le milieu associatif, de l’entreprise ou de la politique.

Lors d’une table ronde dédiée à la création féminine, Awa Meité, créatrice malienne du festival Daoulaba, dédié au coton, a fait sensation. Elle a défendu l’idée qu’ « être créatrice en Afrique est une forme de reconstruction de soi, un acte de résistance » et l’importance pour les femmes d’avoir un « ancrage » sur le continent en créant une véritable valeur ajoutée.

En Mauritanie, un quota de femmes au parlement

Si certains pays africains s’en sortent mieux que d’autres, la plupart sont bien loin des 30 % de femmes dans les instances décisionnelles, défi fixé par la conférence de Beijin en 1995. Même les pays occidentaux ont d’ailleurs du mal à le respecter.

Mais en Afrique, les femmes jouissent des conditions singulières : sous-estimées par rapport à l’homme d’un côté, mais valorisées, notamment pour leur place dans la famille, de l’autre. C’est sur cet atout que Irabiha Abdel Wedoud a choisi de fonder sa lutte. La présidente de la Commission nationale des droits de l’Homme en Mauritanie a en effet fait remarquer que : « le monde moderne ne valorise pas les coutumes » qui reconnaissent l’importance de la femme, et qu’il faudrait selon elle « davantage les exploiter ». En Mauritanie, une coalition de défenseurs des droits des femmes a obtenu il y a quelques années l’instauration d’un quota de 20 % de femmes au parlement et de 33 % aux conseils municipaux. « On a eu notre lot de postes bidons mais aujourd’hui, des femmes sont à la tête de postes régaliens comme le ministère des affaires étrangères par exemple », s’est félicitée la Mauritanienne.

En Tunisie, des acquis menacés

De son côté, la Tunisienne Souhayr Belhassen a montré en quoi la Tunisie, pendant longtemps prise en exemple pour les droits qu’elle accorde aux femmes, risquait de régresser en la matière, du fait de l’influence des islamistes dans le pays. « Les Tunisiennes, fer de lance de la région ont senti qu’elles risquaient de ne plus faire exception », a-t-elle expliqué. En 2013, une immense manifestation a été menée contre le mouvement Ennahdha qui voulait instaurer le concept de « complémentarité » de la femme.

Cette journaliste et militante des droits de l’Homme s’est voulue optimiste malgré tout : des batailles sont remportées par la société civile et les acquis sont anciens. Avant la révolution, l’hémicylcle était composé à 27 % de femmes. En 2011, la nouvelle obligation pour toutes les listes électorales de proposer des alternances entre hommes et femmes a beaucoup ému  l’ensemble de la société civile.

 

Souhayr Belhassen, présidente d'honneur de la Fédération internationale de la ligue des droits de l'Homme. Crédit : Rachid Tniouni.
Souhayr Belhassen, présidente d’honneur de la Fédération internationale de la ligue des droits de l’Homme. Crédit : Rachid Tniouni.

Malheureusement, seuls 12 % des têtes de listes étaient tenues par des femmes, qui sont maintenant «  une minorité influente en politique, mais non déterminante ». Parce que les chiffres parlent d’eux-même, la militante tunisienne les a énumérés. Aussi, seuls trois des 140 partis politiques sont dirigés par des femmes. Les femmes n’arriveraient pas à s’introduire en politique faute de réseau, « parce qu’elles ne sont pas dans les bars et les cafés, elles ne font pas partie de la chefferie », lui aurait expliquée une élue tunisienne.

D’après elle, tout comme beaucoup d’intervenantes, la lutte des femmes doit inévitablement passer par le droit, qui lui seul peut changer la société et les mentalités.