PJD/Monarchie: un deal gagnant-gagnant ?

Comment le PJD est arrivé à devenir la première force politique du royaume ? Quelle a été l'attitude à adopter avec le monarque ? Le politologue Mustapha Shimi livre son analyse lors du Forum politique organisé par le quotidien Akhbar Al Yaoum.

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A l’issue des élections législatives du 25 novembre 2011 dont le PJD est sorti gagnant, le roi s’est retrouvé pour la première fois dans une situation de compétence liée. Il n’avait d’autre choix que de nommer quelqu’un au sein du parti islamiste conformément à la nouvelle constitution. Une première parce que le PJD n’est pas ordinaire. Il a façonné les relations qu’entretient le parti à référentiel religieux avec le palais.

Bouder le 20-Février pour en récolter des voix ensuite

La révolution du 20-Février s’est faite sans le PJD. Le parti islamiste a même appelé à la stabilisation en donnant des consignes à ses membres pour ne pas épouser le mouvement contestataire. « Paradoxalement, le parti profite, lors des élections législatives le 25 novembre 2011, d’un effet d’aubaine. Alors qu’il n’a pas été instigateur, il a joui de bénéfices aux élections en 2011 en touchant des électeurs qui n’épousent pas forcément les doctrines du parti », explique Mustapha Shimi, professeur universitaire et analyste politique.

Le politologue estime que « les électeurs voyaient dans le PJD une mouvance moralisatrice qui fait preuve de responsabilité et peut conforter le cheminement démocratique. Aussi, ils pensaient qu’ils étaient tolérants et n’adhéraient pas au jeu politique ». Autre paramètre non négligeable, « une bonne tranche a voté pour le PJD par rejet du G8 (coalition réunissant le RNI, PAM, MP, UC, PT, PS, PRV et PGV, ndlr) » selon Mustapha Sehimi, pour qui « l’historique du PJD a joué un rôle non négligeable dans cet accès au pouvoir ». C’est par étapes que la reconnaissance du PJD en tant que parti politique s’est faite, basée sur la doctrine religieuse.

Un référentiel religieux doublement séduisant

Le PJD ne se présente pas comme étant islamiste, lui préférant « parti à référentiel religieux » selon Mustapha Shimi. « Revendiquer l’héritage religieux dans un champ où l’institution centrale historique est le roi, commandeur des croyants » est un premier pari qui le rapproche systématiquement du pouvoir. « Adhérer à la monarchie devient en quelque sorte une expression de loyauté et d’engagement à l’égard de l’institution centrale qu’est la commanderie des croyants ».

« La difficulté pour le PJD était de ne pas être concurrentiel dans la maîtrise et la gestion du champ religieux. Parce que l’essentiel de ce domaine est occupé par le roi », explique l’analyste. Le monarque est en charge de l’organisation de l’islam officiel, assurer son institutionnalisation et faire face à toutes les dérives politiques usant de l’islam comme façade.

Du côté du peuple, la carte de la religion fait son effet. « A la différence des partis du mouvement national, le PJD correspond à ce en quoi croient unanimement les Marocains », détaille le politologue. Le parti « ne défend pas le communisme ou le nationalisme arabe, personne n’y croit aujourd’hui », analyse Mustapha Sehimi. « La nation marocaine s’est faite dans le cadre d’une religion, c’est un socle qui est frappé d’immutabilité » selon l’universitaire, qui appuie l’efficacité de ce positionnement auprès des électeurs. « D’autant plus que l’environnement international nous pousse à assumer davantage notre islamité », précise le professeur.

La politique étrangère n’appartient qu’au roi

Si auparavant le PJD n’était pas dans le système partisan (il a été réprimé, toléré puis a failli être frappé d’interdiction en 2003), c’est une formation hors pair qui s’est retrouvée du jour au lendemain propulsée comme premier acteur politique du royaume. « Le parti a assuré la stabilité politique. A quoi aurait ressemblé la vie politique au printemps 2011 si ce même PJD avait soutenu les contestations ? », se demande le politologue.

Le PJD a préféré garder des relations normalisées avec le roi. « Il y a eu quelques débordements mais le PJD a compris quelles étaient les règles du jeu et a même réussi à occuper la plénitude de son champ d’attribution », concède Mustapha Shimi. Du côté de la politique étrangère, « il n’y a pas de présence du parti dans ce champ ». « Il y a un seul chef de la politique étrangère, c’est le roi », tranche le politologue. Mustapha Semihi va jusqu’à comparer l’évolution de la monarchie avec celle du parti. « Le PJD s’inscrit dans le temps, pas dans un calendrier électoral. Ça me fait penser au calendrier makhzénien », conclut le politologue.