Affaire Ben Barka: le Mossad a enterré le corps de l'opposant

Affaire Ben Barka: le Mossad a enterré le corps de l'opposant

Selon l’enquête de deux journalistes israéliens, le Mossad a fourni les voitures utilisées dans l’enlèvement de Mehdi Ben Barka et a également enterré le corps de l’ancien opposant dans une forêt aux alentours de Paris. 

Dans son édition du 20 mars, le quotidien israélien Yediot Aharonot  a publié un dossier consacré à l’implication des services secrets israéliens, le Mossad, dans l’enlèvement de l’homme politique marocain Mehdi Ben Barka le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp à Paris.  Les deux auteurs de l’article, Ronen Bergman et Shlomo Nakdmon, ont accordé une interview au quotidien français Le Monde dans laquelle ils dévoilent l’implication des services secrets israéliens dans la disparition du leader de l’opposition de Hassan II.

Des informations notamment tirées de documents officiels israéliens secrets, que les journalistes ont réussi à consulter. En particulier les minutes, « rédigées par l’un des plus proches conseillers du premier ministre » lors des rencontres entre le chef du Mossad, Meir Amit, et le premier ministre israélien Levi Eshkol.

Echange de bons procédés

Ainsi, le Mossad ne souhaitait pas être impliqué dans l’enlèvement de Mehdi Ben Barka, selon les journalistes de Yediot Aharonot, qui indiquent que cette volonté apparaissait « clairement dans les documents et les rencontre entre les dirigeants de l’époque ». Mais, les hauts dignitaires de l’état hébreu considéraient les relations secrètes avec le Maroc comme « stratégiques » et avait réussi à créer des intérêts communs avec le roi Hassan II en le convainquant notamment « de laisser les juifs de son pays émigrer vers Israël ».

D’après les documents consultés par les journalistes, l’état israélien fournissait « une aide militaire et en matière de renseignement au Maroc » tandis que les services du royaume transmettaient des informations à leurs homologues israéliens.  Un échange de bons procédés qui a pris une toute autre dimension lorsque « les Marocains ont fourni au Mossad des documents » décrivant les délibérations du sommet de Ligue arabe organisé en septembre 1965 à Casablanca. Ces documents montraient que les pays arabes n’étaient pas prêts à entrer en guerre contre Israël et qui « ont été une des bases de la confiance en eux des chefs militaires israéliens, au moment de la guerre des Six jours, en 1967 ».  Un conflit qui s’était soldé par une victoire éclatante de l’armée israélienne au détriment des armées égyptiennes, syriennes, et jordaniennes.

Dissous à l’acide

Néanmoins la transmission de ces informations par les services secrets marocains avait un prix.  Selon les journalistes d’Yediot Aharonot, les services marocains ont demandé de l’aide à leurs homologues israéliens afin de « localiser et […] tuer Ben Barka ».

Ainsi, suite à cette demande, le Mossad a aidé à repérer Ben Barka à Genève et a ensuite fourni de « faux documents pour louer des voitures et ils (le Mossad, ndlr) ont donné des passeports aux Marocains et aux mercenaires français pour pouvoir prendre rapidement la fuite après les faits ». Les services secrets israéliens ont également fourni un logement ayant servi de cache aux services marocains. Toutefois il n’est pas certain que ce logement « fut celui où Ben Barka a été conduit », précisent les deux journalistes.

Ronen Bergman et Shlomo Nakdmon ajoutent que « le Mossad n’était pas présent au moment des faits et n’a pas autorisé sa mise à mort » mais selon eux, «quelques minutes après le drame, Ahmed Dlimi [adjoint de Mohammed Oufkir] a appelé le Mossad de l’appartement en disant : ‘Je ne voulais pas, il est mort’». Le Mossad a ensuite évacué le corps de l’homme politique. Le service a ainsi eu l’idée de « dissoudre le corps […]avec de l’acide». Les restes ont ensuite été enterrés dans « une forêt près de Paris [St germain, selon l’enquête publiée parYediot Aharonot, ndlr], très prisée pour les pique-niques familiaux ».  A ce jour, l’ « affaire Ben Barka » n’a toujours pas été élucidée par la justice marocaine.

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