Comment Mohammed Emwazi est-il devenu « Jihadi John » ?

«Jihadi John», le bourreau de l'Etat islamique, a été identifié par plusieurs médias. Mohammed Emwazi, de son vrai nom, était un jeune informaticien londonien.

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Jihadi John
Crédit : AFP

Mohammed Emwazi, un informaticien londonien d’une vingtaine d’années, a été présenté jeudi 26 février par divers médias et experts comme étant le mystérieux « Jihadi John », bourreau masqué apparu dans des vidéos de décapitation d’otages par le groupe Etat Islamique (EI), et traqué depuis lors sans relâche. La BBC, The Guardian, le Washington Post et le New York Times figurent parmi les premiers organes de presse à avoir rendu public le nom présumé de l’un des jihadistes les plus recherchés au monde.

Scotland Yard s’est refusé à tout commentaire, se retranchant derrière le secret de « l’enquête en cours  » confiée aux services anti-terroristes avec le concours du MI5 et du MI6.  A Washington, une porte-parole du Conseil National de Sécurité, Bernadette Meehan, a fait preuve de la même réserve pour les mêmes motifs. Elle s’est contentée de réaffirmer que les Etats-Unis « faisaient tout leur possible pour traduire ces meurtriers en justice  ». Il y a cinq mois, le directeur du FBI avait assuré « nous l’avons identifié  ».

Un jeune sans histoires

Les témoignages sur Mohammed Emwazi alias « Jihadi John », bourreau du groupe Etat Islamique (EI), retracent l’itinéraire d’un jeune Londonien d’origine koweïtienne sans problème, fan de football et de jeux vidéo, jusqu’à sa radicalisation pour devenir un tueur décrit comme «  froid, sadique et impitoyable ».

« Je veux devenir joueur de football et marquer des buts », expliquait à 10 ans Mohammed Emwazi, sur une fiche de renseignements scolaires publiée par le Sun. Le journal dévoile aussi une photo de classe où il apparaît souriant, assis en tailleur, uniforme rouge et col blanc, au milieu de ses camarades. «  L’aspect peut-être le plus saisissant dans le parcours de Jihadi John, l’homme le plus recherché du monde, c’est à quel point il peut être ordinaire » dans sa jeunesse, souligne le Daily Telegraph à propos de cet homme présenté comme étant le bourreau masqué apparu dans des vidéos de l’EI de décapitations d’otages.

Emwazi est né au Koweït en 1988. Ses parents, Jasem et Ghaneya, s’installent dans la capitale britannique en 1993 après la première guerre du Golfe, il a alors six ans, d’après les médias. A Londres, la famille Emwazi,« paisible  » et « appréciée » selon un ancien voisin, coule une existence tranquille dans l’ouest de la ville. Son père dirige une entreprise de taxi, sa mère est femme au foyer. Le jeune Emwazi est lui « un petit Londonien typique  », qui tape le cuir avec ses copains, et ne semble «  guère porté sur la religion à cette époque », décrit un ancien camarade, cité par le Telegraph.

La radicalisation

Bon élève, il rejoint l’université de Westminster en 2006 pour suivre des études d’informatique, et conserve, en tout cas dans un premier temps, la réputation d’un jeune homme « poli  », « avec un penchant pour les vêtements à la mode ». Mais son comportement évolue, signe, peut-être, d’un début de radicalisation : il se laisse pousser la barbe, évite les contacts visuels trop appuyés avec les femmes. 2009 semble être une année charnière pour Emwazi, qui commence à faire l’objet d’une attention particulière du service de renseignements intérieurs britannique (MI5).

Diplômé, il part pour la Tanzanie avec deux amis, prétextant un projet de safari. Mais à Dar es Salaam, il est brièvement emprisonné, les autorités locales ayant semble-t-il reçu des instructions de Londres, qui craignait qu’il ne tente de rejoindre la Somalie. Il est ensuite renvoyé vers l’aéroport de Schiphol, aux Pays-Bas. Selon son propre récit, livré par Cage, une organisation de défense des droits des musulmans basée à Londres, il est alors cuisiné par le MI5, qui aurait tenté de le recruter. Interrogé par un agent secret sur la guerre en Afghanistan, il répond : «  Ce que j’en pense ? C’est qu’on voit des innocents se faire tuer tous les jours aux informations ». Emwazi se rend ensuite au Koweït, son pays d’origine, pour vivre dans la famille de sa fiancée, puis retourne à Londres en mai 2010.

« L’Anglais qui tuait des gens »

Le renseignement britannique est alors convaincu qu’il y a quelque chose de louche chez Emwazi. Selon des documents judiciaires évoqués dans les médias britanniques, le jeune homme est lié aux « London Boys » un réseau extrémiste proche des shebab, la branche d’Al-Qaïda en Somalie. Emwazi fréquente aussi à Londres Bilal al-Berjawi, un combattant des shebab qui sera plus tard tué dans une frappe de drone en janvier 2012.

La suite de son parcours au Royaume-Uni est plus floue. Début 2012, il cherche à quitter le pays, mais les autorités britanniques l’en empêchent, avant qu’il ne disparaisse. En 2013, Emwazi est en Syrie. Il a définitivement basculé, et plusieurs témoignages le décrivent comme un tueur de sang froid. « Au cours des deux dernières années, il a gravi les rangs de l’organisation (Etat islamique) pour jouer un rôle important au sein des combattants étrangers », affirme The Guardian.

Comme nombre de combattants de l’EI, il change de nom pour devenir « Abu Abdullah al-Britani », et se fait remarquer à Raqa, fief de l’EI en Syrie. « Je me souviens l’avoir vu à plusieurs reprises », raconte un ancien membre de l’EI cité par le Guardian. «  Pour nous, c’était l’Anglais qui tuait des gens ».

« Un type froid, sadique et impitoyable », décrit également un ancien otage

Par Edouard GUIHAIRE

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