L’INDH n’a toujours pas d’effet sur les indicateurs de développement humain

L’INDH n’a pas encore d’impact sur l’éducation et la santé infantile.

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L'INDH a permis d'augmenter le revenu moyen en zone rurale. Crédit : Makunin/Pixabay

Lancée en 2005, l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) peine pour le moment à relever son objectif principal : l’amélioration des indicateurs de développement humain du Maroc. Elle a un effet sur la pauvreté, mais pas sur les populations les plus pauvres, et n’a encore aucun impact sur l’éducation et la santé. C’est ce que révèle un rapport de l’Observatoire national du développement humain (ONDH) qui évalue les réalisations de l’INDH entre 2005-2010. Cette première phase a bénéficié d’un budget de 16 milliards de dirhams et a financé 23 000 projets. L’étude, fondée sur une comparaison des populations ayant bénéficié du dispositif avec un échantillon quasi identique qui n’en a pas profité, pointe du doigt plusieurs problèmes, dans le ciblage des populations notamment.

Aucun effet sur le revenu moyen en zone urbaine

Dans les zones urbaines ciblées, le revenu des ménages n’a pas augmenté plus qu’ailleurs. Au contraire, il aurait plus augmenté dans les zones non ciblées, un paradoxe que l’ONDH explique par le manque de robustesse statistique. Par contre, dans les zones rurales ciblées, le revenu moyen a augmenté de 20 %, contre 10 % dans les territoires non ciblés. En revanche, ici comme à la ville, les projets de l’INDH n’ont pas bénéficié aux plus pauvres mais à la classe moyenne. A ce sujet, l’ONDH va jusqu’à parler de « contre-performance ».

Il faut dire que les dotations de l’INDH par habitant ont été plus élevées dans les provinces au taux de pauvreté entre 10 et 20 % que celles avec un taux de plus de 20 %. Le rapport préconise alors l’affinement des méthodes de ciblage. Le rapport reconnaît que ces méthodes ont été prises « dans l’urgence en 2005 » mais qu’elles doivent maintenant être affinées, en se basant à la fois sur les provinces et les communes.

Trop peu d’activités génératrices de revenus

« Le traitement à égalité en matière d’allocation budgétaires de la pauvreté rurale et de l’exclusion urbaine se retrouve être remise en question » s’inquiète l’ONDH qui montre que le programme de lutte contre la pauvreté en milieu rural n’a pas entièrement profité du budget qui lui était alloué (-20 %). D’après l’observatoire, cela est peut-être dû aux rigidités des procédures d’allocation et à la faible capacité de la population à concevoir et à réaliser les projets.

Aussi, l’ONDH regrette que les activités génératrices de revenus (AGR) ne soient pas plus nombreuses (16 % des projets) étant donné qu’elles sont efficaces. Elles seraient peu nombreuses notamment à cause du coût du microcrédit ou de l’adhésion à une coopérative, trop élevé pour inciter les populations à entreprendre.

Aussi, ces AGR s’insèrent dans le volet de l’INDH nommé « programme transversal », censé entre autres renforcer la capacité des acteurs en charge du développement humain et  favoriser l’insertion des populations pauvres. Or, ce programme, qui  a explosé son budget de plus de 790 %, a finalement surtout été utilisé pour financer de grands projets d’infrastructure coûteux (écoles, terrains de sport etc.).

Pas encore d’effet sur la santé et l’éducation

Alors que lors du lancement de l’INDH en 2005 le roi avait dans son discours expliqué que l’ambition à long terme de ce dispositif était d’ « hisser les indices de développement humain dans notre chère patrie à un niveau comparable à celui des pays développés », l’INDH n’a pas encore d’effet sur ces indices. Elle a eu un impact positif sur la santé des adultes mais aucun sur celle des enfants. Ce qui conduit l’ONDH à écrire que l’INDH n’a pas eu un effet probant en matière de santé. Même conclusion pour l’éducation.

Pourtant, comme le rappelle le rapport, il s’agit « des deux principales dimensions du développement humain » qui constituent des « facteurs clefs pour rompre les mécanismes de transmission intergénérationnelle de la pauvreté ». L’étude précise tout le même que dans ces deux domaines, les effets de tels projets ne se font sentir qu’à long terme.

La seconde phase de l’INDH (2010-2015) touche bientôt à sa fin. Elle bénéficie d’une enveloppe totale de 18 milliards de dirhams.

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