Les éditeurs marocains occupent une place de choix dans la littérature jeunesse

De plus en plus d’éditeurs marocains misent sur le jeune public. Une stratégie qui va souvent de pair avec des opérations de sensibilisation à la lecture.

 Fini le temps où le rayon jeunesse des librairies était trusté par les livres importés. Les éditeurs marocains occupent désormais une place de choix sur les étagères dédiées au jeune public. « Les livres jeunesse sont plus réussis qu’avant. Ils mettent en avant le patrimoine marocain et leur prix est abordable », commente Stéphanie Gaou, de la librairie Les Insolites, à Tanger. Récemment, la maison d’édition casablancaise Afrique-Orient a publié quatre livres destinés aux enfants. Des histoires drôles et bien écrites par la conteuse franco-marocaine Nezha Lakhal-Chevé et illustrées par la dessinatrice Chadia Loueslati. « Ce sont des livres d’une qualité égale à la qualité européenne, à prix raisonnable », se félicite Camille Hoballah, directeur d’Afrique-Orient, qui a fait du livre jeunesse une stratégie éditoriale pour contribuer à combler un vide.

La pionnière dans le domaine est Nadia Essalmi. En 1998, elle a fondé Yomad, la première maison d’édition entièrement consacrée à la jeunesse. « J’ai ouvert une voie longtemps fermée. Aujourd’hui, plusieurs thèses ont été consacrées au sujet, un salon de littérature jeunesse existe… Les choses bougent », se réjouit-elle. La maison d’édition rbatie a publié plus de 40 titres en français, arabe et amazigh. Parmi les ouvrages phares, on retrouve un livre de comptines marocaines et des romans historiques sur Abdelkrim El Khattabi ou Saladin. « Quand j’ai commencé, ce qui m’importait c’était de restituer les traditions, les mots de chaque jour, la culture du pays… L’enfant a besoin de lire sa littérature à lui », précise Nadia Essalmi. Pour cela, elle a fait appel à des écrivains comme Driss Chraïbi, Abdellatif Laâbi, Abdelhak Serhane…

Editeurs et militants

Plus qu’une éditrice, Nadia Essalmi est une militante qui a vite compris qu’« il faut créer le lectorat ». Comment ? « Par des activités : aller faire le tour des écoles, accompagner les jeunes, inviter des conteurs, créer cette génération qui lit et aime le livre. » Récemment, elle a lancé l’opération « Lire pour grandir », en coopération avec la Bibliothèque nationale du royaume du Maroc (BNRM), qui met à la disposition des jeunes des livres et des animateurs tous les dimanches matin. « Nous essayons d’installer à notre niveau une tradition de lecture, d’ouvrir l’appétit ».

La libraire Stéphanie Gaou constate une « prise de conscience des éditeurs depuis deux ans. Avant, les livres étaient seulement pédagogiques, aujourd’hui il y a une progression dans l’illustration et la mise en page ». L’expérience de Yomad a fait des émules. A Casablanca, en 2006, Amina Hachimi Alaoui a créé les éditions jeunesse Yanbow Al Kitab. Pour elle, c’est le militantisme qui fait vivre son homme : « Si nous avons fait des ventes, ce n’est pas dans le contexte classique de distribution dans les librairies, mais dans le cadre d’une action citoyenne ». Depuis 2007, Yanbow Al Kitab mène l’opération « Un livre, un enfant », qui consiste à distribuer des livres dans tout le Maroc et dans les écoles des régions défavorisées. « Chaque élève reçoit un livre, l’objectif étant qu’il se l’approprie et l’introduise chez lui. Plus de 100 000 livres ont ainsi été distribués et une trentaine de bibliothèques installées », explique l’éditrice.

En quête d’un lectorat

Si les éditeurs commencent à se « bouger », le lectorat est-il au rendez vous ? Difficile à mesurer. « Nos lecteurs sont les élèves de la Mission française, précise Camille Hoballah, mais aussi ceux des écoles privées marocaines. Même si cela peut paraître étrange, nos livres se vendent mieux en France car ils abordent des sujets différents et le pouvoir d’achat y est plus élevé ». Mais le jeu en vaut la chandelle : « Une catégorie socioprofessionnelle francophone, tournée d’ordinaire vers le livre jeunesse français, est attirée par cette nouvelle édition marocaine de qualité, avec des thématiques locales. C’est une nouvelle part de marché que nous grignotons sur l’édition française ». Reste que pour Amina Hachimi Alaoui, les éditeurs ne peuvent mener seuls ce combat : « Pour qu’il y ait un lectorat, il faut une politique du livre et que les institutions publiques y consacrent du temps et de l’argent ». Nadia Essalmi, elle, se montre plutôt optimiste : « C’est un secteur qui a de l’avenir, n’oublions pas que 50 % de la population est jeune ».  

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