Cristian Mungiu, palme d'or à Cannes: «Je ne fais pas de cinéma de manipulation»

Cristian Mungiu, palme d'or au Festival de Cannes 2007 et membre du jury du Festival international du film de Marrakech, nous dévoile son point de vue sur les films en compétition et sur son cinéma. 

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Le cinéaste roumain Cristian Mungiu
Le cinéaste roumain Cristian Mungiu. Crédit : Yassine Toumi

Entre deux projections, le Roumain Cristian Mungiu livre à Telquel.ma ses impressions sur le festival du film de Marrakech et le cinéma. Rencontre avec un cinéaste sincère, humble et surtout doué. Son film 4 mois, 3 semaines et 2 jours a remporté la palme d’or du Festival de Cannes en 2007, tandis qu’en 2012, Au-delà des collines a reçu − toujours à Cannes − le prix du meilleur scénario et un double prix d’interprétation pour les comédiennes Cosmina Stratan et Cristina Flutur.

Telquel.ma : Vous avez été membre du jury au festival de Cannes 2013, et vous faites partie de celui du FIFM. En quoi ces deux expériences diffèrent ?

Cristian Mungiu : La différence se trouve dans les films sélectionnés. A Cannes, il y a des films de réalisateurs confirmés, alors qu’au festival de Marrakech, nous avons la chance de découvrir de nouveaux univers, puisque les œuvres sélectionnées sont les premiers long-métrages de cinéastes méconnus. Dans ces premiers films, les réalisateurs veulent montrer ce qu’ils connaissent du cinéma… Enfin, c’est toujours fascinant de découvrir le début de la carrière d’un auteur et de pouvoir suivre son parcours.

Avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours qui traite de l’avortement et Au-delà des collines qui aborde l’obscurantisme religieux, vous dépeignez les problèmes de la société roumaine post-Ceaușescu, d’une manière sombre, qui laisse peu de place à l’espoir. Pourquoi tant de « cruauté » ? 

La réalité est crue et quand on aborde un sujet, on doit suivre la réalité. Dans ma mise en scène, j’essaie toujours de garder les scènes qui reflètent le réel, le quotidien et d’enlever toutes celles qui rentrent dans un « cinéma de manipulation ». J’essaie de faire ressortir des émotions sans rajouter de musique et sans faire un « montage d’artifice ». Tout cela pour me rapprocher plus de la réalité.

Dans vos deux derniers films, les femmes occupent une place importante. Avez-vous une inclination pour « un cinéma de femmes » ? 

Je ne cherche pas des histoires de femmes mais plutôt des histoires fortes qui me parlent dans une situation qui est importante pour moi et pour la société dans un moment précis. Dans Au-delà des collines, je raconte l’histoire de plusieurs femmes, mais le film évoque également les dérives de la religion et surtout du fanatisme religieux, la manière extrême dont quelqu’un comprend la religion.

Dans les histoires fortes, il y a toujours une victime, et dans la société assez violente d’aujourd’hui, les femmes sont davantage des victimes que les hommes. Dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours, qui traite du problème de l’avortement, c’est plus un sujet sur la liberté et sur le choix que quelqu’un peut faire dans une période compliquée de sa vie, sans que quelqu’un ne t’impose quoi que ce soit. Donc c’est plutôt un film sur le « choix » qu’une « histoire de femmes ».

Un nouveau film bientôt ?

Je suis entrain d’écrire une histoire sur une famille, dans lequel le personnage principal est un homme (rires) mais il y a aussi des femmes. Quand je fais un film, je ne partage pas les personnages entre des hommes et des femmes. Ce sont avant tout des êtres humains avec leurs sentiments et leurs pensées. J’espère que je ne suis pas sexiste quand je dis cela (rires).

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