Dix ans après la mort d'Arafat, les Palestiniens se déchirent

Les divisions palestiniennes ont éclaté au grand jour mardi à l'occasion du 10e anniversaire de la mort de Yasser Arafat, Fatah et Hamas échangeant accusations et invectives après une série d'attentats contre des cadres du Fatah à Gaza.

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Une supportrice du Fatah brandit une photo de Yasser Arafat devant l'université d'Al-Azhar à Gaza City, le 11 novembre.
Une supportrice du Fatah brandit une photo de Yasser Arafat devant l'université d'Al-Azhar à Gaza City, le 11 novembre. Crédit: AFP

Le président Mahmoud Abbas a lancé la première salve, tenant « les dirigeants du Hamas » pour responsables de ces attaques, avant d’accuser le mouvement islamiste de « détruire » la précaire réconciliation signée au printemps entre les deux rivaux historiques. Aussitôt, le Hamas a répliqué: tout cela n’est que « mensonges », « insultes » et « désinformation » alors même que « le peuple palestinien a besoin d’un président courageux », dix ans après la mort de son icône nationale.

Les célébrations autour de celui que tous appellent de son nom de guerre, Abou Ammar, devaient être l’occasion de sceller la réconciliation qui a donné naissance à un gouvernement d’union. Mais elles ont au contraire été le détonateur, faisant entrer les Palestiniens dans un nouvel épisode de disputes fratricides. A Gaza, aucune banderole ni portrait du leader défunt n’était visible et l’estrade qui devait accueillir les commémorations portait encore les stigmates de l’explosion qui l’a visée vendredi.

« Abou Ammar incarnait l’unité nationale« , se rappelle Refaat Hajaj, un trentenaire gazaoui. « On nous a privés de cet anniversaire. » Au lieu de l’unité sacrée, la bande de Gaza, où le Hamas rechigne à remettre les clés du pouvoir à l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, successeur d’Arafat et chef de son parti le Fatah, s’est réveillée mardi plus divisée que jamais. Après les explosions ayant visé vendredi les maisons et les voitures des cadres du Fatah, le Hamas avait annoncé que sa police ne pourrait pas sécuriser les célébrations qui ont, de ce fait, été annulées.

Le Fatah a accusé le Hamas. Ce dernier a condamné ces attentats et dénoncé une campagne contre lui. Et la division, qui avait déjà mené en 2007 à une quasi-guerre civile, s’est un peu plus aggravée.

Privé de sa victoire aux législatives de 2006, le Hamas avait chassé un an plus tard le Fatah de Gaza. Au printemps, les Palestiniens se sont réconciliés et le Fatah avait été autorisé, pour la première fois depuis 2007, à célébrer l’anniversaire de la mort de son chef historique à Gaza.

La mémoire d’Arafat célébrée à Ramallah

Mais l’union a fait long feu et le contraste était saisissant entre Gaza et Ramallah, la capitale de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie occupée. Des milliers de personnes y ont brandi le drapeau jaune du Fatah dans la Mouqataa où Arafat a été enterré après son décès dans un hôpital parisien le 11 novembre 2004.  « L’heure de la liberté et de l’indépendance a sonné« , proclamait un poster géant sur l’estrade où Mahmoud Abbas a prononcé son discours.

Courant novembre, les Palestiniens, qui ont obtenu en 2012 le statut d’Etat observateur à l’ONU, doivent soumettre au Conseil de sécurité un calendrier pour la fin de l’occupation israélienne. Ce texte devrait en l’état être rejeté par un veto américain. Aussi les Palestiniens ont-ils déjà prévu d’autres étapes: l’adhésion à la Cour pénale internationale qui leur permettrait de poursuivre les dirigeants israéliens pour « crimes de guerre », et la rupture des accords de coopération sécuritaire avec Israël.

Pourquoi attendre?, a lancé de sa prison israélienne Marwan Barghouthi, figure du Fatah et leader de la deuxième Intifada (2000-2005). Il faut « mettre fin immédiatement à la coopération sécuritaire » qui fait des policiers palestiniens des « supplétifs de l’occupant », a affirmé celui qui est présenté comme la principale menace pour M. Abbas si jamais il pouvait concourir à une présidentielle.  « Poursuivre le choix de la résistance globale et armée« , c’est « être fidèle à l’héritage d’Arafat« , poursuit-il dans une lettre publiée par la presse.

Sur la voie d’une nouvelle Intifada?

Le spectre d’un nouveau soulèvement se fait de plus en plus précis en Palestine: les violences, désormais ininterrompues à Jérusalem, ont gagné les villes arabes d’Israël et la Cisjordanie. Mardi, l’armée israélienne y a de nouveau tué un jeune Palestinien.

Mahmoud Abbas, qui a accusé Israël de vouloir lancer une « guerre de religion » et a à plusieurs reprises interpellé l’ONU sur la question de l’esplanade des Mosquées, n’a toutefois pas évoqué la série d’attaques menées par des Palestiniens contre des soldats, des colons et des civils israéliens.

Le ministre israélien de la Défense Moshé Yaalon a malgré tout dénoncé une « rhétorique conduisant à une dégradation de la situation« , même si, a-t-il dit, « les forces de sécurité palestiniennes tentent de calmer la situation sur le terrain et continuent de nous rencontrer« .

par Hossam Ezzedine avec Adel Zaanoun à GAZA /AFP

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