Justice. Faux Tcharmil, vrai procès

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Quatorze jeunes de Mohammedia ont été condamnés le 4 juin pour avoir tourné un clip de sensibilisation sur le phénomène Tcharmil. Un jugement qui a mis en émoi toute la ville.

Ils voulaient sensibiliser au phénomène Tcharmil, mais c’est en prison qu’ils ont fini. Les faits remontent au 24 mai dernier. Quatorze jeunes originaires du quartier populaire de Derb Marrakech, à Mohammedia, se rendent à la plage pour tourner la première partie d’un clip de rap sur le Tcharmil. Pour la deuxième partie, ils mettent le cap sur une petite forêt. Ils sont accompagnés d’un chien et l’un des jeunes exhibe un long couteau pour les besoins du clip. Un individu qui les a repérés dans les parages appelle la police. Encerclés puis conduits au siège de la sûreté nationale de Mohammedia, les jeunes sont longuement interrogés avant d’être inculpés pour constitution de bande criminelle et tournage d’une vidéo pour semer la terreur parmi la population. Pourtant, d’après leurs familles et leurs avocats, ils sont loin d’être des criminels. « Leur idée était de produire un clip qui sensibilise au phénomène et les autorités auraient dû les encourager au lieu de les jeter en prison », s’insurge Hassan Houari, père de Mohamed, l’un des jeunes prévenus, mécanicien polyvalent de son état.

Un procès expéditif

Le 2 juin, le procès des 14 jeunes s’ouvre devant le Tribunal de première instance de Mohammedia. Les lieux sont pris d’assaut par des centaines de personnes, des voisins des accusés. « Ils n’ont jamais été source de problèmes et sont appréciés de tout le quartier », témoigne une vieille voisine qui se désole de ne pas pouvoir assister au procès, l’accès à l’audience ayant été restreint. La cour refuse la liberté provisoire aux 14 prévenus et fixe la reprise du procès au 4 juin. Lors de la seconde audience, Khadija Rougani et Hassan Tass, avocats de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), passent de longues heures à contester les procès-verbaux de la police et les accusations portées contre leurs clients. Mais le verdict tombe : un à trois mois de prison ferme pour huit jeunes, et deux mois de prison avec sursis pour les six autres. « C’est un scandale ! Ces jeunes n’ont rien fait d’illégal, à moins qu’il s’agisse d’un tour de vis supplémentaire contre la liberté d’expression et de création », commente Abdellah Masdad, membre du bureau de la section locale de l’AMDH.

« J’ai failli rater mon bac »

« Certains de ces jeunes feront de la prison aux côtés de détenus de droit commun. L’Etat pourrait de ce fait faire d’eux de vrais délinquants », estime Ali Fkir, autre membre de la section locale  de l’AMDH. L’un des prévenus, un élève brillant, craignait surtout de ne pas pouvoir passer son bac le 10 juin. Finalement, ayant écopé de deux mois de prison avec sursis, il a pu se présenter aux examens. « Au début, nous pensions qu’on allait juste leur reprocher de tourner un clip sans autorisation et qu’ils s’en sortiraient avec une petite amende », affirme Hassan Houari, qui crie à l’injustice, tout comme les parents des autres jeunes. Les avocats de la défense ont porté l’affaire devant la Cour d’appel. « Nous attendons le procès en appel et j’espère que justice sera rendue à nos enfants », 
déclare le père d’un jeune condamné. Encore une fois, les abords de la Cour d’appel de Casablanca risquent d’être assaillis par les habitants du quartier Derb Marrakech qui n’arrivent pas à oublier la mésaventure de 14 jeunes pleins d’avenir.

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