Marcus Miller. Un géant à Essaouira

Portrait. Il fera vibrer sa basse lors de la 17e édition du Festival Gnaoua Musiques du Monde et livrera ses plus beaux morceaux, avant d’être rejoint par le maâlem Mustapha Baqbou pour une fusion.

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Photo : DR

Ce n’est pas la première fois que Miller, multi-instrumentiste de génie (avant d’être un dieu de la basse, il voue ses premières amours musicales à la clarinette), vient jouer au Maroc. Mais cette fois, Marcus Miller, tête d’affiche du Festival d’Essaouira, appréhende sa rencontre avec les Gnaoua avec le regard du néophyte et beaucoup d’humilité. Si son envie de titiller le guembri est bien là, l’immense artiste préfère la discrétion, et nous avoue avoir hâte de tenir entre ses mains cet ancêtre de la basse si chère à son cœur, « mais juste derrière la scène ». Pourtant, Miller n’a rien à prouver. Il a joué sur toutes les grandes scènes, reçu les prix les plus prestigieux et travaillé avec les plus grands musiciens du monde. Ses sessions de basse aux côtés de monuments tels qu’Eric Clapton, George Benson, Dizzy Gillespie, Joe Sample, Aretha Franklin, Jay-Z et bien d’autres resteront gravées dans la mémoire musicale et l’auront placé parmi les plus grands bassistes de notre temps.

Miles forever

Mais la plus grande rencontre de sa vie d’artiste fut sans aucun doute Miles Davis, au début des années 1980. Après avoir écumé les studios new-yorkais et joué tous les types de musique, Marcus Miller doit désormais se trouver un son et un style nouveaux pour être digne de la place offerte par le maître. Alors que 34 années séparent les deux hommes, la musique fait son œuvre, la magie opère et leur collaboration donnera naissance à Tutu (en hommage à Desmond Tutu), album au succès immédiat, produit et composé par le jeune musicien et qui fixera définitivement le style « Marcus Miller ». Après la mort de Miles Davis en 1991, il se lance dans une carrière solo. Même si le père spirituel a joué sa dernière note depuis bien longtemps maintenant, pour Miller, « Miles Davis est toujours là.  Après un concert, de temps en temps je me demande… est-ce que Miles aurait apprécié ? »

Le temps des Gnaoua

Le succès n’a jamais calmé ce travailleur acharné, constamment attelé à une multitude de projets. Insatiable explorateur, il y a deux ans, il a aussi commencé à étudier la musique gnaoua. « Un ami marocain m’a donné quelques CD et j’ai été fasciné par ce son. Il faut que j’avoue que dans le même temps, j’étais quelque peu honteux de découvrir cette musique historique seulement à ce moment-là, particulièrement en tant que bassiste afro-américain… Les racines du funk sont dans la musique gnaoua », nous confie-t-il. Si Marcus Miller reconnaît que la musique née de l’esclavage s’est émancipée et a évolué loin du sacré dans des pays comme les Etats-Unis, il se plaît à souligner que « quand nous, Afro-américains, jouons la musique du jazz et du funk, ce qui fait la différence avec les autres c’est la spiritualité qu’on peut entendre dans notre musique, même si ces styles sont séculaires. Cette spiritualité est ce qui est resté… Et c’est toujours là ». Pour Miller, l’Afrique est toujours présente dans ses inspirations, et même « de plus en plus ». « Je voudrais collaborer avec quelques artistes africains, bientôt », souffle-t-il, esquissant le rêve d’un projet sans pour autant nous le dévoiler. En attendant c’est avec un « Afro-marocain », un autre monstre sacré, du guembri cette fois-ci, que Marcus Miller partagera l’affiche à Essaouira : le maâlem Mustapha Baqbou. Et si la fusion reste imprévisible à Mogador – et c’est ce qui fait toute la magie de ce festival – Karim Ziad, co-directeur artistique, prédit un bœuf d’enfer : « Ce sont tous les deux des musiciens extraordinaires, très généreux et je sais que tous les deux veulent faire sonner la basse. Tous les ingrédients sont là pour une fusion réussie ».  Rendez-vous est pris.  

Marcus Miller fêtera les Gnaoua et son anniversaire sur la scène Moulay Hassan le 14 juin en fusion avec le mâalem Mustapha Baqbou.

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