PPS. Un congrès sous haute tension

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Nabil Benabdellah (à d.), a toutes les chances de rempiler à la tête du PPS. Crédit: R. Tniouni

Nabil Benabdellah devra batailler dur pour espérer rempiler à la tête du Parti du progrès et du socialisme. C’est donc un congrès crucial qui s’ouvrira le 30 mai à Bouznika. Enjeux.

Les camarades de feu Ali Yata se préparent pour leur 9e  congrès, prévu à Bouznika entre le 30 mai et le 1er juin, sous le thème « Le Maroc des institutions et de la justice sociale ». Ils y vont en trois groupes distincts, chacun armé de points de vue totalement différents, sur la gestion de leur parti et son avenir organisationnel, ou sur l’alliance avec un gouvernement dirigé par les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD).

Le retour de Saâdi

Saïd Saâdi avait précédemment annoncé son intention de briguer le secrétariat général du PPS, en mettant en avant une idée conductrice : sortir le parti du gouvernement car « le référentiel moderniste et l’ancrage à gauche du PPS sont à l’opposé de ceux du PJD ». Saâdi ne rate pas une occasion pour tirer sur Abdelilah Benkirane et son gouvernement, considérant même que la participation du PPS à la majorité ajoute à la confusion des citoyens et des militants et nuit au jeu politique. Le candidat Saâdi, en conflit ouvert avec l’actuel secrétaire général, Nabil Benabdallah, promet à ses camarades, s’il est élu, de retourner à l’opposition en vue de renforcer le front de gauche, et de faire triompher les valeurs de modernité et de justice sociale. Saïd Saâdi n’est pas le seul candidat à se présenter contre Nabil Benabdallah. Nouzha Skalli, membre du bureau politique et ex-ministre, vient également d’officialiser sa candidature. Elle sera de ce fait la première femme à postuler pour ce poste.

Si Nouzha Skalli ne risque pas de faire le poids face à Saâdi, qui compte sur les bases du parti dans les grandes villes comme Casablanca, Marrakech, Fès et dans l’Oriental, et sur l’appui de jeunes cadres, Mhammed Grine, en revanche, risque de créer la surprise.

Le programme Grine

 Membre du comité dirigeant, Mhammed Grine prend au sérieux sa candidature et va à la rencontre de ses camarades du parti en organisant des réunions dans les différentes délégations à travers le Maroc. « Je me présente devant le parti avec des idées nouvelles, inspirées de partis internationaux, français ou espagnols. Après la nouvelle Constitution du royaume, nous avons pour obligation de qualifier le champ politique, le renouveler et travailler à le démocratiser et le rajeunir », annonce-t-il. Concernant Saïd Saâdi et sa promesse de quitter la majorité s’il était élu secrétaire général, Grine explique qu’« il n’y a pas de coordination entre nous, chacun a ses points de vue, pas forcément les mêmes. Pour ma part, j’estime que la logique de leadership au sein des partis doit prendre fin pour céder la place à la production d’idées. Quant à quitter le gouvernement ou non, cela reste un avis personnel qui n’implique pas les organes décisionnels du parti. La décision appartient donc à ces organes et non au secrétaire général ou à tel candidat. Donc, seul le comité central peut décider après le congrès ».

Dernière ligne droite

Si Saïd Saâdi, Abdellatif Oualalou et Mhammed Grine ont déjà annoncé leur candidature pour le 9e congrès, en attendant la confirmation de celle de Nouzha Skalli, l’actuel secrétaire général n’a pas encore dévoilé ses intentions. Mais, selon plusieurs sources, Nabil Benabdallah conserve ses chances intactes de briguer un nouveau mandat, avec l’appui des ministres PPS du gouvernement, de la majorité des membres du bureau politique ainsi que des députés PPS aux deux chambres du parlement.

Sur les préparatifs du congrès, Rachid Roukbane, membre du bureau politique et président du groupe PPS à la première chambre, confie que « deux comités de préparation (sur cinq, ndlr) ont fini leurs travaux, il s’agit du comité du rapport politique dirigé par Khalid Naciri et Nouzha Skalli, et du comité du rapport économique que dirige Omar Fassi Fihri. Les deux documents ont été approuvés à l’unanimité. Les trois autres comités sont sur le point de boucler leurs travaux : le comité du règlement fondamental et le règlement du congrès, le comité de la communication et le comité de la logistique. De même et dès cette semaine, seront lancées les sélections des congressistes dans les différentes délégations ».

Quant au nombre de participants au 9e congrès et sur les modalités de leur sélection au niveau des régions, Rachid Roukbane explique que le parti n’a pas encore fixé de quota, mais il pense que « le chiffre tournerait autour de 600 et peut-être un peu moins ». Malgré le compte à rebours de la séance d’ouverture, ce qui pousse certains camarades à l’étonnement et laisse la porte ouverte à toutes les suppositions.

Nabil Benabdallah est sans doute confronté à une étape difficile et compliquée, car il doit faire le bilan de son mandat de quatre ans à la tête du PPS, période durant laquelle la formation a essuyé les critiques à cause de sa participation au gouvernement de Abdelilah Benkirane. En revanche, le secrétaire général mise sur son équipe ministérielle et sur ses députés pour neutraliser la colère des opposants en défendant le bilan du gouvernement.