Deal. Quand IAM devient émirati

Deal. Quand IAM devient émirati

Maroc Telecom a annoncé une hausse timide de son chiffre d'affaires
Abdeslam Ahizoune, président du directoire de Maroc Telecom. Crédit : Rachid Tniouni

La prise de contrôle, désormais officielle, de Maroc Telecom par Etisalat ouvre une nouvelle page pour la stratégie de l’opérateur historique. La transaction devrait renforcer le rôle d’IAM sur le continent.

La saga de Vivendi au royaume tire à sa fin avec la prise de contrôle par l’opérateur émirati Etisalat de Maroc Telecom. Après des mois de négociations, la vente de l’opérateur historique par le conglomérat français a enfin été finalisée. Vivendi a ainsi cédé ses 53% de parts à Etisalat contre 4,2 milliards d’euros. « Avec un nouvel actionnaire de référence dans le capital d’IAM, nous assisterons forcément à l’avènement d’une nouvelle stratégie même si on n’en décèle pas tous les contours pour l’instant. Ce qui est sûr, par contre, c’est qu’Etisalat est un opérateur innovant sur les gros marchés où il est présent. Il développe de nouvelles technologies en proposant des offres assez structurées. En principe, la société émiratie devrait dupliquer cette même stratégie au Maroc », affirme un spécialiste du marché des télécoms. Maroc Telecom devrait par ailleurs profiter de la mutualisation avec Etisalat au niveau de la centrale d’achat de téléphones, ce qui lui conférerait, de facto, une force de négociation assez importante. 

Une expansion tentaculaire

Etisalat est le premier opérateur télécoms du Moyen-Orient et l’une des plus grandes sociétés dans les six pays arabes du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), avec une valeur sur le marché d’environ 22 milliards de dollars et des revenus annuels de plus de 9 milliards de dollars. « Etisalat est classé 3e groupe télécoms dans la zone Mena et Afrique avec 26 milliards de dollars de capitalisation boursière. Dans la région du Golfe, c’est le 6e plus grand groupe coté en Bourse toutes catégories confondues », note un analyste économique. La compagnie émiratie est présente dans 15 pays au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. Il faut dire qu’Etisalat a démarré sa stratégie d’expansion tentaculaire à partir de 2004 lorsqu’elle a remporté la 2e licence de téléphonie mobile en Arabie Saoudite. Depuis, elle a connu une expansion rapide qui lui a conféré une position de choix parmi les opérateurs télécoms les plus dynamiques du monde. Le nombre d’abonnés à Etisalat n’a pas tardé à monter en flèche suite à l’élargissement de la présence de l’opérateur dans plusieurs pays. Leur nombre se chiffre à 141 millions en 2013 contre seulement 4 millions en 2004. Une progression vertigineuse.

Relais africain

Préalablement à la concrétisation de la prise de contrôle de Maroc Telecom par Etisalat, l’opérateur historique a signé un accord avec la compagnie émiratie en vue d’acquérir ses six filiales africaines au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Niger, en République centrafricaine et au Togo. Cet accord inclut également Prestige Telecom, qui fournit des prestations télécoms pour le compte des filiales d’Etisalat dans ces pays. La transaction, dont le coût s’élève à 650 millions de dollars, porte à la fois sur la reprise de la participation d’Etisalat dans ces opérateurs et sur le rachat par Maroc Telecom des prêts d’actionnaires. « L’acquisition des six opérateurs africains aura certainement un impact sur la situation financière de Maroc Telecom, sauf que nous ne pouvons pas l’estimer pour l’instant vu que nous ne disposons pas d’assez de données sur la situation exacte de ces six entreprises et que Maroc Telecom n’a pas donné d’informations sur l’outil de financement de cette transaction », note un analyste télécoms, qui ajoute que « la reprise des participations d’Etisalat dans les six opérateurs africains aurait été opérée dans l’objectif de renforcer encore plus le rôle d’IAM en tant qu’opérateur panafricain de référence, notamment au niveau des marchés francophones d’Afrique de l’Ouest ». Il est à noter par ailleurs que la finalisation de cet accord est assujettie à un certain nombre de conditions, dont l’approbation réglementaire des autorités des six pays où les filiales d’Etisalat sont implantées.

De plus, suite à la finalisation de la prise de contrôle de Maroc Telecom par Etisalat, une offre publique d’achat (OPA) sur les titres non détenus devrait être opérée. « En principe, l’OPA sur les titres IAM relatifs au flottant en Bourse (16,7% du capital) est réglementaire et doit se faire aussi bien à Casablanca qu’à Paris. Le prix du titre ne devrait pas s’éloigner du prix d’achat offert par Etisalat à Vivendi, soit 92 DH par action », souligne un spécialiste.

Des indicateurs au beau fixe

Côté rating, Etisalat semble bien avoir les faveurs des agences de notation. Elle est notée Aa3 par Moody, AA- par Standard & Poor’s et A + par Fitch Ratings. Ces évaluations reflètent une situation saine de ses indicateurs financiers avec une bonne performance à long terme et une dette maîtrisée. « Etisalat est l’un des groupes les plus rentables parmi les opérateurs télécoms dans le monde », relève un connaisseur du marché. La société affiche des revenus de 9 milliards de dollars en 2012 pour  un bénéfice net de 3,6 milliards. C’est cette bonne santé financière de l’opérateur émirati qui lui a permis de décrocher un financement de 3,15 milliards d’euros auprès d’un pool de 17 banques afin de couvrir une partie de l’opération d’acquisition des 53 % détenus par Vivendi dans Maroc Telecom. Cette ligne de financement est constituée de deux tranches qui pourraient être libellées soit en euros soit en dollars. La première tranche est d’un montant de 2,1 milliards d’euros pour une maturité de douze mois, alors que la deuxième représente 1,05 milliard d’euros pour une maturité de trois ans.  

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