Les réformes agricoles européennes inquiètent le Maroc

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La réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) a été entérinée le lundi 14 avril par la Commission Européenne. Celle-ci instaure de nouveaux prix d’entrées et cause le mécontentement des exportateurs agricoles marocains. Néanmoins, l’UE ne serait pas la seule responsable de la situation dans laquelle se trouvent les exportateurs.

La reforme de la politique agricole de  l’Union Européenne affecte le Maroc.  Les prix d’entrées qui sont les prix d’accès au marché européen seront augmentés au détriment des consommateurs européens et des exportateurs marocains. Ces derniers ne pourront plus proposer leurs produits à des prix inférieurs à ceux des producteurs européens. Les exportateurs espérant vendre des produits a moins de 90% du prix d’entrée seront lourdement sanctionnés par l’UE.

De quoi déclencher l’ire des  professionnels  du secteur. Ils ont protesté, le vendredi 11 mars, devant le siège de la délégation de l’Union Européenne (UE) à Rabat.

« Un rodéo permanent »

Ces réformes de l’Union Européenne « sont une très mauvaise surprise », estime Ahmed Ouayach, président de la confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader) qui est le plus grand groupement professionnel d’agriculteurs du royaume.  Le responsable nuance toutefois son propos en indiquant que ce « scenario s’est  répété à de nombreuses reprises au gré des adhésions des nouveaux membres dans l’Union. C’est un rodéo permanent ».

La révision de  la PAC  affecte directement l’économie marocaine. Les agriculteurs marocains qui se sont, « au prix de certaines concessions », conformés au Plan Maroc Vert (PMV) figurent parmi les victimes de cette réforme, considère le président de la Comader. Pour rappel, le PMV encourage «  la diversification des produits destinées à l’exportation ». Selon Ouayach, les emplois dans les zones rurales seront également affectés par la reforme entreprise par Bruxelles.

« Les politiques marocains, de médiocres négociateurs »

L’UE va à l’encontre des principes qu’elle a elle-même  érigée : « Dans la pratique, dès que les producteurs (ndlr : européens)  sont touchés, le libre échange est renié » explique l’économiste Najib Akesbi. Ce dernier regrette également la « mise en place de protections non tarifaires », comme les prix d’entrée,  qui « vont à l’encontre de l’accord de Marrakech (ndlr : signé en 1995 et qui marque la création de l’Organisation Mondiale du Commerce).

Bruxelles ne serait pas la seule entité à blâmer pour Akesbi. Ce dernier dénonce le gouvernement qui « a soulevé discrètement la question de la protection non tarifaire mais s’est fait immédiatement balayé par l’UE. Nos responsables sont de médiocres négociateurs et ne défendent jamais de manière sérieuse les intérêts marocains ». Quant aux exportateurs, ils ne feraient « que se plaindre du changement des prix  et obtempèrent dès que le gouvernement leur dit de se taire ».

Pour rappel, le gouvernement marocain avait exprimé, le jeudi 10 avril, « sa profonde préoccupation » suite aux réformes entamées par Bruxelles.  Rabat a appelé l’Union à trouver des « solutions concrètes »pour préserver les « acquis du Royaume ». Des discussions devraient avoir lieu entre les deux partis, le 23 avril au Maroc, à l’occasion de la visite du directeur général de la Direction Agriculture de la Commission Européenne, Jerzy Plewa.

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