Affaires. Les stars de la tournée africaine

La dernière visite royale dans quatre pays subsahariens a été marquée par la signature d’un nombre record de 87 conventions. En quoi consistent-elles ? A qui profitent-elles ?

Samedi 8 mars, Mohammed VI a achevé la tournée africaine qui l’a mené du Mali au Gabon en passant par la Côte d’Ivoire et la Guinée. Durant ce périple de 20 jours, tout le Maroc officiel a été mobilisé. Outre ses proches conseillers, plusieurs ministres ainsi qu’une soixantaine d’hommes d’affaires et de patrons d’organismes publics étaient dans les valises du souverain. Leur rôle était de préparer et de ratifier des conventions qui allaient être signées sous le 
regard bienveillant de Mohammed VI et qui traduisent le renforcement de la coopération entre le royaume et ces pays africains.

Parmi les six ministres qui ont signé pas moins de 31 conventions, le locataire du département de l’Agriculture et de la Pêche se détache largement du lot.

Akhannouch en vedette

Aziz Akhannouch a apposé son autographe sur pas moins de 12 conventions. La plupart sont d’ordre protocolaire et concernent par exemple la coopération dans le domaine de l’élevage, la création de comités mixtes pour la pêche maritime, la formation du personnel du ministère de l’Agriculture en Guinée. D’autres devraient néanmoins aboutir à des résultats concrets comme l’accord pour la réalisation d’un point de débarquement au port d’Abidjan, ou encore le projet de construction d’un village de pêcheurs à Locodjro (Abidjan). En plus de ces conventions d’ordre administratif, Akhannouch a également été aux côtés de Mostafa Terrab, le patron de l’OCP, pour ratifier trois projets agricoles pilotes qui répondent aux besoins de la Guinée.

Le mémorandum le plus concret reste sans doute la signature de l’accord de construction de deux unités de production d’engrais. Un projet qui devrait coûter 2 milliards de dollars que devraient se partager le Maroc et le Gabon. « Dans le continent le plus concerné par la sécurité alimentaire, il est normal que le Maroc fasse valoir son principal atout, notamment son expertise en matière agricole et particulièrement la fertilisation des sols », explique un analyste économique.

Le patron de l’OCP représentait également la Fondation Mohammed VI pour le développement durable, qui a multiplié les dons dans les pays visités. Le plus important est sans doute l’accord pour la construction à Bamako d’une clinique périnatale pour la bagatelle de 105 millions de dirhams. Une signature durant laquelle El Hossein El Ouardi est resté hors jeu. Le ministre de la Santé a dû se contenter de deux conventions de jumelage entre les CHU de Rabat et Casablanca et ceux de Bamako. Ses collègues au gouvernement ont également été confinés aux seconds rôles : ils ont ratifié des accords symboliques de coopération. De même, Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie et du Commerce, n’a signé que 6 conventions, et Mohamed Boussaïd, argentier du royaume, a ratifié 5 protocoles basiques de protection des investissements.

Trio de banquiers

Pourtant, dans le domaine financier, la visite royale a été riche en accords. Les trois plus grands banquiers du royaume ont signé des partenariats à tour de bras. A leur tête Mohamed Benchaâboun, PDG de la Banque centrale populaire, a signé 10 conventions entre sa banque et différents organismes et ministères des pays visités. Le plus parlant est sans doute la convention de financement de 50 millions de dollars pour divers projets en Côte d’Ivoire. Dans le même pays, Othman Benjelloun, à travers Bank of Africa Côte d’Ivoire (filiale de son groupe BMCE Bank), a signé un accord de conseil pour assister la république dans l’émission d’un emprunt obligataire de 500 millions de dollars sur le marché international des capitaux. Idem pour Mohamed El Kettani, PDG d’Attijariwafa bank, dont les filiales africaines devraient mobiliser des fonds pour le compte des gouvernements des pays visités, comme la participation au financement du Plan Gabon émergent. Le patron d’Attijariwafa n’est pas le seul de la galaxie SNI à avoir fait de bonnes affaires durant cette tournée africaine. Son collègue Abdelaziz Abarro, PDG de Managem, a aussi signé des accords avec les plus importantes sociétés minières publiques de Côte d’Ivoire et de Guinée.

Des affaires en béton

La visite royale en Afrique a aussi été une aubaine pour les nababs de l’immobilier. Anas Sefrioui, PDG d’Addoha, a ainsi ratifié deux conventions avec les gouvernements du Mali et du Gabon et lancé la construction d’une cimenterie, d’une usine de fabrication de sacs de ciment mais aussi de deux programmes immobiliers d’envergure. Le businessman marocain, qui pèse 10 milliards de dirhams selon le classement de Forbes, a également eu l’honneur d’une visite royale de deux de ses chantiers en Côte d’Ivoire et au Gabon. Un privilège auquel a aussi eu droit son concurrent Nafekh Lazrak du groupe Alliances, pour son programme qui avoisine les 2 milliards de dirhams en Côte d’Ivoire. Dans ce même pays, sa société immobilière a lancé la construction de 14 000 logements.

Le groupe Palmeraie, de son côté, un autre géant de l’immobilier, vient de se lancer dans l’aventure africaine en ratifiant des conventions d’investissement dans deux des pays visités. C’est le cas aussi d’autres entreprises du pays, comme le groupe Unimer de Saïd Alj qui a signé pour l’implantation d’une usine en Côte d’Ivoire. C’est sûr l’Afrique semble devenir un véritable eldorado pour les entrepreneurs marocains. Mais il faudra attendre de longues années avant de récolter les fruits de ces investissements.

Top 5 des signataires

Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et de la Pêche : 12 conventions

Mohamed Benchaâboun, PDG de la Banque Populaire : 10 conventions

Abdelaziz Rabbah, ministre de l’Equipement et du Transport : 8 conventions

Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie et du Commerce : 6 conventions

Mohamed Boussaïd, ministre des Finances : 5 conventions[/encadre]
 

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