Youssef Fadel : «Le livre édité au Maroc reste ici»

Smyet bak ?

Tu ne connais pas mon nom ? Omar Fadel.

Smyet mok ?

Fatima Bent Mohamed.

Nimirou d’la carte ?

Darouri??

Vous venez de recevoir le Prix Maroc du Livre pour votre dernier roman. Qu’en attendez-vous ?

Je ne sais pas si ce prix a une grande résonnance mais j’espère qu’il donnera plus de visibilité aux romans, aux nouvelles et à la poésie marocains et permettra aux lecteurs de faire plus confiance à la littérature marocaine.

Vous avez écrit pour le théâtre, le scénario et le roman. Avez-vous une préférence pour un de ces genres ?

J’ai toujours eu une préférence pour le roman. J’ai écrit pour le théâtre car j’ai grandi au sein de troupes amateur. Au fur et à mesure, je me suis autorisé à écrire pour le roman. J’ai commencé par des nouvelles, de plus en plus longues. J’ai publié mon premier roman, Les Cochons, en 1983. Aujourd’hui j’en suis à mon dixième. L’an dernier, j’ai écrit une pièce de théâtre, un scénario et un roman. C’est le scénario qui me fait vivre, le roman ne me rapportait rien, du moins jusqu’à présent !

Ta’ir azraq nader youhalliqu ma‘i est dédié aux victimes des années de plomb. Est-ce que la littérature vous permet de tenir un discours politique ?

Quand les mémoires des gens sortis des bagnes ont été publiées, à la fin des années 1990, ça a été affreux pour tout le monde. Je me suis dit qu’en tant qu’écrivain, il était impossible de ne pas donner mon propre témoignage. Je ne pouvais pas dire plus que les anciens de Tazmamart, mais je pouvais faire un roman. Cela ne venait pas d’une position politique, mais anthropologique : quand on est là, vivant, et que quelque chose d’atroce se passe à côté de nous sans qu’on s’en aperçoive, c’est terrible.

Y a-t-il des thèmes qui vous hantent ?

Oui, mais ça ne veut pas dire que je vais écrire dessus. Un roman, c’est d’abord une scène qui s’impose à nous, à un moment, une réponse… Le chômage, l’enseignement, les problèmes sociaux, la politique, cela m’inspire, mais cela ne fait pas automatiquement un sujet.

Votre roman est aussi en lice pour le Booker Prize arabe. Quelle retombée cela pourrait-il avoir au Maroc ?

Ça donne de la valeur à ce que j’ai fait. Il y a toujours un impact sur les lecteurs et sur le roman lui-même, car c’est LE prix. Avant que le livre soit sélectionné, je ne savais pas que ce prix avait autant d’écho dans tout le monde arabe.

Votre dernier roman a été publié par une maison d’édition libanaise. Pourquoi ce choix??

Editer en Orient s’est imposé tout seul. J’ai sorti Aghmat au Maroc en 1989 et les 2000 exemplaires ont été épuisés après vingt ans. J’ai sorti le dernier au Liban, l’an dernier, et les 2000 exemplaires sont déjà épuisés. Le marché y est beaucoup plus important, et les éditeurs libanais vont dans des foires. Le livre édité au Maroc reste ici, tandis que celui édité ?au Liban va partout.

Antécédents

1949 : Voit le jour à Casablanca.

1974 : Emprisonné pour sa pièce de théâtre, La guerre.

1982 : Ecrit le scénario du Coiffeur du quartier des pauvres, tourné par Mohamed Reggab.

2001 :  Reçoit le prix Grand Atlas pour Haschich (Le Fennec).

2013 : Le Grand prix Maroc du livre du roman lui est décerné pour Ta’ir azraq nader youhalliqu ma‘i  (Dar al-Adab, Liban).[/encadre]
 

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